Amine Echikr
30 Juin 2004
C'est dans la nuit du mardi 11 novembre que les députés ont voté une disposition de la loi de finances 2004 qui interdit l'importation de boissons alcoolisées.
L'article de loi introduit par le député Kadri Miloud a été adopté par 108 voix, 83 contre et 11 abstentions. Un vote qui n'a été précédé d'aucun débat. Pis, les députés favorables à l'interdiction, appartenant dans leur majorité aux formations islamistes, MSP et MRN, interpellaient leurs pairs par des «vous n'allez pas voter contre l'Islam en plein mois de Ramadhan». Une ambiance qui se voulait bon enfant mais qui a eu des conséquences incalculables sur les négociations avec les partenaires étrangers et les organisations internationales. Le plus étonné a été le ministre des Finances, Abdelatif Benachenhou, qui n'a pu cacher sa déception. «Cette mesure est en contradiction avec les engagements de l'Algérie sur le plan international», s'était-il exclamé. Il tentera même une explication pour ceux qui avaient voté l'article de loi : «Les accords avec l'Organisation mondiale du commerce ne reconnaissent pas l'interdiction des importations.» En fait, le risque pour l'Algérie était de se voir interdire toute production sur son sol de boissons alcoolisées. En effet, à l'OMC, un pays peut interdire l'importation d'un produit donné à condition que l'interdiction soit étendue à la production à l'intérieur des frontières. Une mesure qui verrait la fermeture de l'ONCV, de GBA et autres producteurs privés. Ces fermetures auraient entraîné immédiatement la perte de milliers d'emplois et un manque à gagner fiscal important. Les spéculations ont alors couru sur un éventuel rejet de cet article par le Conseil de la nation. Il n'en fut rien.
La crise du FLN, le mois de Ramadhan aidant, la disposition fut adoptée par les sénateurs puis promulguée par le président de la République. Seule certitude, son annulation sera effective à l'occasion du vote d'une hypothétique loi de finances complémentaire. Pourtant, les ministres en charge des finances et du commerce sont persuadés que cette mesure d'interdiction ne peut faire long feu. Il se trouvera même des parlementaires qui s'engageront à lever l'interdiction dès que l'occasion se présentera. Il s'agit en fait de certains parlementaires qui venaient tout juste d'adopter son interdiction. L'ambiance religieuse du mois de Ramadhan 2003 a donné une certaine ivresse à nos parlementaires, écrivait alors un confrère. L'euphorie des parlementaires passée, il restait à mettre cette disposition de loi en application. Un débat sémantique a eu lieu. Le code des douanes différenciant les vins et les spiritueux le débat se place sur ce qui est, dans les faits, interdit par la loi de finances. Ce qui est sûr et constaté dans les magasins qui vendent les vins et spiritueux, c'est qu'aucun produit ne manque sur les étals. Importation illégale accompagnée d'un manque à gagner pour le Trésor public ou inapplicabilité de la disposition de loi, seuls les prix ont augmenté. Les vapeurs de thé à la menthe du mois de Ramadhan seront levées bientôt, affirment plusieurs sources.
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