Pape Khouma, rapporteur général du Conseil régional de Dakar
1 Juillet 2004
Décidément Professeur, vous avez réussi à nous habituer de vos sorties tonitruantes à chaque fois que le président de la République entre en communion avec le peuple.
Avant hier, lorsque les populations du Fouta l'ont accueilli triomphalement vous avez parlé d'une Direction politique unifier (Dpu), hier lorsqu'il a célébré l'an 4 de l'Alternance avec sa nouvelle majorité, vous avez brandi la menace de la dislocation de la Cap 21; aujourd'hui avec les grandes mobilisations de Taïf, Fatick, Kaolack et enfin pour accueillir Sa Majesté le roi Mohamed VI, vous demandez à l'opposition durcir le ton.
En fait, que voulez-vous professeur? Il faut rappeler que durant les années de braises, l'opposition sénégalaise était fort diversifiée et ne s'entendait pas sur les problèmes d'approche, d'orientation de méthode donc d'idéologie. Cette situation valut à Maître Wade d'avoir souvent été à la fois le fédérateur, mais aussi pour certains, le «gêneur» de l'opposition jusqu'au rendez-vous de l'an 2000. Le réalisme politique avait atteint son paroxysme et, jamais dans l'histoire politique du Sénégal, une exigence politique ne prit pareille ampleur. Il fallait se débarrasser du Ps et de Abdou Diouf. Le Pds était l'alternative, fort de ce constat, toute l'opposition était dans l'obligation d'accompagner Wade dans sa marche bleu pour ne pas rater «les pas de l'histoire».
Ce rappel me semble fondamental, il permet de comprendre les raisons du mariage Pds/Cap 21, de démontrer surtout son espérance de vie. Ce mariage post-alternance était fondé sur la raison et non sur l'amour. En realpolitik, je dirais qu'elle devait tout simplement être conjoncturelle et non durable, car toute coalition durable s'articule autour d'un idéal programmatique. Tel n'est pas ici le cas contrairement à l'union pour la Majorité présidentielle (Ump) en France, où toutes les composantes sont d'obédience libérale, ce qui semble être la source d'inspiration des défenseurs-promoteurs de la politique unifiée. Il faut refuser que l'alternance reste sous l'emprise de coalition et «sous-coalitions» (Pôle de gauche , Aile radicale, Mag, etc.).
En tout état de cause, le peuple doit demeurer le seul juge. Il doit user souverainement de son pouvoir d'approuver ou de censurer. L'alternance dépend de lui, dès l'instant que les instruments démocratiques sont mis à sa disposition par la volonté politique du Président Wade.
Le Pds du président Wade bénéficie d'une majorité parlementaire de 89 députés à l'Assemblée nationale. Depuis le 19 mars une nouvelle majorité politique qui ne cesse de se renforcer en se consolidant. Après quatre années de «diplomatie politique», le Pds doit reprendre les rênes du pouvoir parce qu'à lui seul, il peut donner au président Wade les moyens d'assurer une visibilité ainsi qu'une lisibilité de l'action gouvernementale. C'est pourquoi nous avions à l'époque réclamé un gouvernement de type libéral articulé autour des principes de solidarité et d'efficacité. Plus qu'une exigence, il s'agit d'un impératif, car il est désormais établi, qu'on peut gagner avec ses alliées, mais on gouverne toujours avec ses hommes.
Honorable Professeur, Les alliances électorales se créent et se disloquent en fonction des enjeux politiques, des alliances de gouvernement n'existent que parce qu'elles s'imposent soit pour conforter une majorité fragile - ce qui n'est pas le cas du Sénégal - soit pour partager le pouvoir comme la fameuse cohabitation à la française. Le Pds et son secrétaire générale national sont à l'abri d'un tel schéma, du fait d'une forte majorité au niveau de toutes les stations électives. Demain, le peuple ne demandera pas comptes à la Cap 21, mais au président Wade et son parti. «Ngur, diabar ak alale, ken du ko bok» (le pouvoir, la femme et la fortune ne se partage pas), mon Professeur.
L'alternance a quatre ans, c'est-à-dire à tout d'un enfant de cet âge. Nous avons montré une certaine fierté lors de la naissance du bébé arc-en-ciel qu'est l'Alternance. Ceci est fort compréhensible si nous sommes tous d'avis que Wade est le père.
Nous devons le comprendre si comme tout père, fier de sa progéniture, il en parle avec fierté. Dans l'ensemble, l'enfant est en bonne santé et plein de vie. Il marche et court. Admettons que ses premiers pas ont été périlleux. Il fait encore la culbute pour bien des obstacles. Il saisit des objets attrayants et pleure quand il ne peut pas les avoir immédiatement. Il a encore des problèmes de coordination et en même de temps des maux de ventre. Toutefois, tout cela fait partie des problèmes naturels de croissance.
La constitution de l'enfant est excellente et devrait lui assurer un futur sain et heureux. L'enfant a aussi beaucoup de succès auprès de ses voisins; ils lui caressent la tête et sont aux petits soins. Ils lui offrent des bonbons et des babioles qui ne lui font probablement aucun bien. A tout prendre, c'est un enfant normal et bien équilibré. Néanmoins, nous constatons que des tensions existent entre ses parents. C'est la vérité. Ils sont des forces politiques que tout oppose idéologiquement. Leur mariage n'a jamais été un mariage d'amour. Ils ont des passés politiques très différents. Un objectif commun et des circonstances ont forcé leur union en 2000. Le mariage était le seul moyen de mettre au monde le bébé Alternance, lui assuré une légitimité ainsi qu'un environnement sûr lors des premiers apprentissages. Aujourd'hui, les parents doivent avoir le courage de se séparer. Honorable Professeur le divorce à l'amiable s'impose.
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