1 Juillet 2004
billet
L'Afrique accuse, par rapport au reste du monde, singulièrement au monde euro-américain, un retard technique, scientifique, politique et économique terrible. Un retard qui fait trembler d'effroi, les patriotes, quand on compare le rythme ahurissant des progrès réalisés par le Nord à la lenteur et à l'insignifiance des évolutions des nations africaines, toutes configurations et tendances culturelles, géographiques et politiques confondues.
Edem Kodjo, ancien secrétaire général de l'OUA et ancien Premier ministre du Togo, dans un livre récent, vient d'attirer l'attention sur ce mal qu'il est urgent d'éradiquer. Avant lui, ce qui n'altère en rien son mérite, d'autres Africains, dont le président Abdoulaye Wade, avaient dénoncé ce mal récurrent. L'on se souvient encore de l'audience qu'a connue son livre "Un Destin pour l'Afrique". Est-ce à dire que les nations africaines n'en ont pas conscience ?
Non, que pas ! Mais elles ont aujourd'hui la nette conscience que leur état actuel avait été pensé, réfléchi et pourrait-on dire exécuté sciemment par le colonisateur qui tenait à ne faire de l'Afrique qu'un continent tout bon à exporter des matières premières.
Comment comprendre, en effet, l'acharnement mis par la France qui, aujourd'hui, construit avec constance, détermination et foi une Europe unie de 450 millions de consommateurs, à détruire, avant de nous accorder les indépendances nationales entre guillemets. Les grandes fédérations unies intégrées et solidaires politiquement et administrativement que nous constituions sous le régime colonial ? C'est l'évidence que l'on ne construit pas des économies viables, donc des nations viables, avec des pays aux marchés de 5 à 10 millions de consommateurs. D'où les efforts énormes déployés ici, en Afrique de l'Ouest, en dépit des égoïsmes nationaux, à mettre sur pied l'UEMOA (Union économique et monétaire de l'Afrique de l'Ouest) et la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest). Si l'UEMOA, avec sa monnaie unique adossée à un compte des opérations gérées par Paris, dispose d'un franc CFA convertible en toutes monnaies étrangères - dollars et euros comprises - est bien articulée en ce qui concerne sa politique monétaire et ses échanges avec ses partenaires commerciaux internes et externes, il n'en est pas de même des autres nations au sein de la CEDEAO, singulièrement les nations dont les monnaies non convertibles, constituent un obstacle majeur aux échanges à l'intérieur de la communauté. Donc à l'objectif politique fondamental d'intégration qui est le nôtre, en ce début de 3e millénaire.
Comme l'Europe, l'Afrique en général et l'Afrique de l'Ouest en particulier a conscience de la nécessité de construire une nation de deux à trois cent millions d'habitants et de consommateurs, partageant la même destinée, aptes à restituer à l'Afrique mère la place que l'impérialisme européen lui a arrachée depuis la traite négrière au quinzième siècle à la colonisation directe du continent à partir du dix huitième siècle.
Les politiques, qui ne manquent ni de vision, ni de générosité, ont proclamé avec l'OUA d'abord et aujourd'hui avec l'Union africaine, leur volonté de s'unir par l'intégration harmonieuse de leurs différentes composantes. L'instrument pour réussir cette vision est le NEPAD, salué par tous les partenaires et bailleurs de fonds euro-américano-asiatiques les premiers comme une contribution éminente et positive de l'Afrique dans la prise en main de sa destinée. Elle n'a qu'un siècle pour le réussir, ce 21e siècle. Ce n'est ni trop long, ni trop court. La certitude de la réussite, ne doit pas exclure l'obligation de mesure et de réserves et le refus de tomber dans le piège de l'euphorie intellectuelle et de l'enthousiasme gratuit.
Mais la pensée demeure toujours accaparée par l'objectif final qui est l'intégration. D'où l'importance, au sein de la CEDEAO, où siègent le Nigéria, le Ghana, le Cap-Vert, la Sierra Léone, le Libéria avec des monnaies non seulement différentes les unes des autres, mais aussi différentes du franc CFA qui a cours au sein de l'UEMOA.
C'est pour réussir l'harmonisation de ces monnaies et l'émission à terme, d'une monnaie unique à la zone CEDEAO, que s'est tenue à Dakar, le 16 juin dernier, autour de Monsieur Charles Konan Banny, gouverneur de la Banque centrale des Etats de l'UEMOA, une réunion des gouverneurs des autres Banques centrales membres de la CEDEAO.
Le projet grandiose et difficile en soi qui les réunissait, tout satisfaisant qu'il était sur le plan intellectuel et politique pour les africanistes que nous sommes, n'en était pas moins parsemé d'obstacles et d'embûches qui rendront difficile sa réalisation. Mais non impossible.
Décidé depuis 1987, c'est-à-dire près d'une vingtaine d'années par les chefs d'Etat de la CEDEAO, il tarde à avancer. Les experts entre les mains desquelles il se trouve et auxquels les chefs d'Etat ont confié la tâche de lui trouver une solution acceptable pour tous, tous les ans, se réunissent et se penchent, consciencieusement sur le dossier.
L'ambition, une zone monétaire unique à terme, une banque centrale unique, une monnaie unique, est seule à même de conduire à l'intégration politique tant souhaitée. La difficulté réside essentiellement dans la non convergence réunie des économies des pays membres. Il faut donc éviter et combattre les centres de divergences que constituent la non harmonisation des règles de gestion macro-économique, l'inexistence d'outils statistiques comparables, fiables et disponibles pour permettre le contrôle des économies convergentes.
Des progrès, nous assure-t-on, ont été réalisés pour obtenir une monnaie unique crédible, sur le plan monétaire ainsi que pour la réalisation de la convergence des économies, des instruments statistiques et des règles de gestion, autant en vigueur au sein de l'UEMOA qu'à l'intérieur de la seconde zone monétaire constituée par les Etats anglophones tels le Nigéria, le Ghana, la Sierra Léone et le Libéria, l'Etat lusophone du Cap-Vert.
Les experts sont satisfaits, tout au moins en partie, des résultats de leurs travaux.
Ils n'en recommandent pas moins, avec insistance, aux chefs d'Etat et ministres des Economies et des Finances d'améliorer la qualité des économies et d'accélérer les réformes en matière de règles de gestion statistiques.
La balle est désormais dans le camp des chefs d'Etat de la CEDEAO et par delà ces responsables politiques de notre sous-région, dans le camp de l'Union africaine. La réussite du NEPAD en dépend.
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