Fraternité Matin (Abidjan)
Michel Koffi
2 Juillet 2004
Abidjan — Le roman analyse, la poésie est plus apte à exprimer le ressentiment et le théâtre, à corriger les moeurs par le rire, dit-on. Il fallait, sans doute, faire un choix.
Diégou Bailly sort Monoko-Zohi, une pièce de théâtre dont le titre n'est pas sans évoquer les évènements tragiques vécus par les habitants de cette localité, du même nom, dans la crise que nous traversons et qui perdure. Monoko-Zohi ? C'est l'évocation d'un lieu, témoin des affrontements sanglants, sans pitié, entre rebelles et loyalistes. Qui ne s'en souvient donc pas ?
Insensé qui croira donc que ce dont il parle dans ce théâtre ne parle pas de nous. Les cinq tableaux de cette pièce interrogent l'actualité ivoirienne. Ici, s'expriment, à travers les dialogues, à échelle réduite à la superficie de Monoko-Zohi, l'épaisseur de nos problèmes : la question des étrangers " les gens venus d'ailleurs "(P.II), les problèmes fonciers : " il n'existe plus dans le terroir un seul lopin qui n'ait été acheté par des gens venus d'ailleurs", (idem), l'école : " (y) aller pour devenir comme ces jeunes abrutis qui se battent à la machette passent leurs journées à réciter, comme des perroquets les slogans de leurs maîtres à penser ? Cette école-là me donne la nausée " (P.14),etc. L'espace de cette tragédie, Monoko-Zohi résume, en somme, les questions qui traversent la société ivoirienne, les contradictions d'une société à la recherche de son équilibre ; elle qui, pendant longtemps, dans certaines localités accueillantes, a vécu en harmonie avec les accueillis. L'histoire est simple et complexe. Parce qu'elle engage des communautés de destin condamnées à vivre ensemble (?) et à affronter, dans leurs différences, l'adversité. Un mystérieux vieillard arrive au crépuscule à Monoko-Zohi, un village habité par des hommes de toutes origines et de toutes religions. La nuit même de son arrivée, le vieillard commet l'adultère avec l'épouse de son hôte. De cette union, naîtra un enfant prénommé To-Wassi-To ( On ne provoque jamais la guerre Appelez-la, elle répond sans délai). Le lendemain de la visite du vieillard, le village est attaqué par une horde d'ogres Finalement, la solidarité de ce village CEDEAO ou ONU, aura raison de cette force aveugle. La pièce se termine sur un rideau qui s'ouvre à nouveau. Une autre histoire à écrire, qui portera en elle, sans doute, les leçons du passé.
Sans tomber dans le vérisme, disons que les personnages sont si typés, si représentatifs d'une communauté qu'ils rejouent nos tragiques éburnéennes. Chacun d'eux, à l'image du narrateur (omniprésent), des notables, de l'énigmatique vieillard, est porteur d'un message qui dit les sentiments et comportements divers face à la guerre. Des idées qui folâtrent dans l'air du temps.
Il y a, au-dessus d'eux, la forte figure de Tra Lou, la diseuse de paroles belles et profondes, symbole de courage, d'héroïsme et d'affirmation de soi ; figure féminine de la victoire.
Après Secret d'Etat, roman, CEDA, 1985, La restauration du multipartisme ou la double mort d'Houphouet-Boigny, essai, Paris, Harmattan, 1994, La fille du silence roman, Abidjan, NEI, Passerelle, 1997 et La traversée du guerrier, Abidjan, CEDA, 2004, Grand prix Bernard Dadié, au Salon international du livre d'Abidjan(SILA 2004), Diégou Bailly fait son entrée dans un nouveau genre : le théâtre. A la fois philosophie sur le temps, sur la mort, Dieu, réflexion brûlante sur des sujets brûlants, cette pièce fiction décrochée de la réalité, nous plonge au coeur de nos tragédies actuelles, de cette crise qui balafre ce pays. Alors, pourquoi le Théâtre ? Sans doute pour supporter le tragique présent. Et nous donner cette belle leçon de patriotisme que nous enseignent les personnages de cette oeuvre : quand la Nation (ici Monoko-Zohi) est en péril, doivent tomber les préjugés.
Diégou Bailly, Monoko-Zohi, Théâtre, 64p., PUCI, Avril 2004.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2004 Fraternité Matin. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.