Par : Propos rassemblés par Amadou DIOUF
3 Juillet 2004
En matière de pédophilie, il ne doit pas y avoir de prescription. Telle est la réplique du leader de Jëf jëf à ceux qui rappellent que l'affaire compromettant Pape Samba Mbour est vieille de plus de trente ans.
Et Talla Sylla, invité hier de notre rédaction, de rappeler que l'ex-chef de cabinet du président Wade a commis un viol sur la personne d'une fille qui n'avait même pas 10 ans au moment des faits et que, pour lui, dans le meilleur des cas, il est un malade. Le leader de Jëf jëf est, en outre, revenu sur le traitement par la justice de l'agression dont il avait été victime.
Pape Samba Mboup vient de démissionner. Et vous êtes à l'origine de cette démission pour avoir remué le passé compromettant de l'ex-ministre, chef de cabinet du président de la République. Que ressentez-vous ?
Je rends d'abord grâce à Dieu et j'estime que s'il y a eu victoire, c'est la victoire de la République. Le seul souci qui nous a animé dans cette affaire, c'est de veiller sur cette République qui est notre richesse principale. Il était donc nécessaire d'assainir les institutions du Sénégal. Et je pense qu'en procédant ainsi, on arrivera demain à créer de nouvelles conditions de sorte que, que le Jëf jël soit au pouvoir ou un autre parti, l'on sache que l'on ne peut plus faire n'importe quoi. Au moins, ce sera quelque chose de gagné pour le pays.
Pape Samba Mboup parle d'une histoire vieille d'au moins 35 ans. Pourquoi avoir attendu si longtemps pour remuer le couteau dans la plaie ?
Il y a d'abord le contexte de ma déclaration. C'était au lendemain des attaques dont nous avions été l'objet de la part du président de la République qui, depuis Kaolack, a désigné des traîtres avec tout ce que le terme comporte comme charges négatives. Normalement, les traîtres ne méritent que la mort. Nous avons été ainsi jetés à la vindicte populaire. Alors, nous avons estimé qu'il fallait dire au président de la République qu'il avait une conception restrictive et partiale de la trahision. Et nous lui avait répondu que lui-même s'était rendu coupable d'un certain nombre de faits qui, de notre point de vue, était constitutif d'une haute trahison. Ce sont ces faits que nous étions en train d'énumérer, et c'est au cours de cela que nous avons dit que le président a nommé comme proche collaborateur et en lui conférant un rang de mnistre quelqu'un qui, dans le passé, a eu à violer une petite fille. Pour le reste, ce qui nous intéressait, c'était de savoir si le président de la République était au courant ou pas, au moment de le nommer. Et la deuxième question était de savoir, à partir du moment où il était au courant de cette histoire, s'il allait le limoger. Pour nous, les faits étaient avérés, c'était clair dans notre tête. Mais si, comme le souhaite Pape Samba Mboup, le président venait à considérer que c'est une vieille affaire qui ne mérite pas d'être reposée, nous nous porterons en faux. Dans ce type de crime, pour nous, il ne doit pas y avoir de prescription. Il s'agit quand même de viol sur la personne d'une fille qui n'a même pas 10 ans. Ce qui fait que, dans le meilleur des cas, le criminel est un malade.
Mais, au moment de faire vos révélations, avez-vous pensé au traumatisme que cette affaire pouvait provoquer chez les enfants de Pape Samba Mboup et la famille de la victime ?
Dans cette affaire, la seule victime c'est la personne qui a été violée. C'est le président de la République qui devait prendre ses responsabilités parce qu'il dispose d'un certain nombre d'instruments qui lui permettent de savoir quelle est la moralité des personnes qui sont proposées à la nomination. Soit, il a eu de bonnes informations sur M. Pape Samba Mboup et il l'a malgré tout nommé, soit il ne les avait pas eues. Mais même dans ce cas, au moins lui, Pape Samba Mboup, savait ce qu'il avait fait. Et c'était à lui, non seulement de préserver la République, mais de protéger également sa propre famille. Parce que s'il n'avait pas été au sommet de l'Etat et s'il n'avait pas, non plus, était à la tête d'un certain nombre d'agitations que nous avons connues ces derniers temps dans l'affaire Moussa Tine, il est clair qu'il ne serait pas aujourd'hui au-devant de la scène. Pour ce qui nous concerne, nous n'avons rien à nous reprocher par rapport à ce dossier. Nous pensons que s'il y a au sein de l'appareil d'Etat, des pédophiles, des violeurs d'enfant ou des violeurs tout court, qu'ils aient violé des personnes ou la Constitution - c'est exactement la même chose - il faut faire en sorte d'assainir nos institutions pour permettre à notre pays de se remettre sur les rails.
N'avez-vous pas voulu simplement vous venger de Pape Samba Mboup qui aura eu le tort d'avoir voulu traîner devant la justice Moussa Tine ?
Non, absolument pas.
Mais pourquoi avoir attendu aujourd'hui pour faire vos révélations ?
Je n'étais pas au courant de ce passé de M. Pape Samba Mboup. Vous vous imaginez bien que si je l'avais su avant, j'en aurais déjà parlé. Quand je suis convaincu de quelque chose et que ceci est pour le bien du pays, je n'hésite pas une seule seconde. Même si ce n'est pas bien pour notre parti, a fortiori pour ma propre personne. Il est vrai que c'est quand il y a eu l'affaire Moussa Tine que quelqu'un m'a approché pour me dire que Pape Samba Mboup devrait se garder de demander qu'on lave son honneur.
Qui vous a approché ?
Non, je ne vais pas vous le dire. Mais je vais vous dire que c'est à partir de ce moment-là que moi j'ai été informé.
Wal Fadjri : On soupçonne au niveau de la présidence de la République que votre source puisse être Idrissa Seck. Qu'en est-il exactement ?
Talla Sylla : Non, ce n'est pas vrai. En réalité, ce qui devrait intéresser les gens de la présidence de la République, c'est moins de savoir qui a informé Talla Sylla que si les faits sont avérés ou pas, pour ensuite prendre une décision. C'est ça qui est important pour les Sénégalais. Ce qu'il y a c'est qu'après avoir entendu les questionnements de Moussa Tine, quelqu'un a estimé que ces propos étaient de nature à souiller son honneur. Il a alors usé des droits que lui accorde la République en tant que citoyen et a essayé de traduire Moussa Tine en justice pour laver son honneur. Si on lui reconnaît ce droit-là, a fortiori nous qui demandons que l'honneur de nos institutions et l'image de l'Etat du Sénégal soient lavés. Un pédophile est au sommet de l'Etat et fait partie des plus proches collaborateurs du président de la République. Si cela n'est pas de nature à souiller l'image du Sénégal, je me demande qu'est-ce qui peut le faire. Nous avons pris nos responsabilités quand nous avons été informés de cela. Je pense qu'il y a quand même quelque chose qui devrait poser problème. Moussa Tine s'interroge sur la présence de cet individu à l'hôpital Principale dans la nuit du 5 au 6 octobre 2003, il est traîné en justice. Et depuis des mois, cela occupe le devant de la scène. Je suis allé à Thiès où j'ai dit : "J'accuse le président de la République d'avoir commandité la tentative d'assassinat perpétrée contre ma personne dans la nuit du 5 au 6 octobre à Dakar." Et ce n'étaient pas des questionnements, rien ne s'est passé. C'est à ce niveau que se situe le problème.
Il paraît que l'on a tenté depuis Paris d'acheter votre silence. Est-ce que vous le confirmez ?
Oui, mais je ne suis ni corrompu ni corruptible.
On vous a proposé combien ?
100 millions de francs Cfa.
C'était pour que vous ne vous attaquiez plus au chef de l'Etat, ou quoi ?
Non, c'était beaucoup plus raffiné que ça.
Pouvez-vous être plus précis ?
Les jours qui ont précédé mon agression, des gens m'avaient approché pour que j'attaque Idrissa Seck. Ils pensaient qu'Idrissa Seck était mon ennemi juré parce qu'on a eu à s'opposer au sein du Pds d'abord où nous animions deux tendances opposées. Ensuite à Thiès, lors des élections de 2001 où il dirigeait la liste de la mouvance présidentielle, j'avais l'honneur de diriger celle de l'opposition. Et cette confrontation électorale a pu les amener à penser qu'Idrissa Seck était mon ennemi personnel et qu'en me donnant des informations sur lui, j'aillais sauter sur l'occasion et l'attaquer. Je les ai envoyé promener et c'est par la suite que j'ai compris qu'en réalité, le projet de ces gens était de faire d'une pierre deux coups : m'éliminer physiquement et le coller à Idrissa Seck. Je ne les ai pas suivis parce que je n'ai pas d'ennemis personnels. Ensuite, je ne suis l'instrument de personne. Je ne l'ai jamais été et je ne le serai jamais.
Qui sont ces gens qui vous ont approché ?
Ce sont des proches de Wade et je ne peux pas en dire plus.
Quelle est la nature de vos relations avec Idrissa Seck ?
Mais je n'entretiens aucune relation avec lui. Quand nous étions dans un même parti politique, chaque fois qu'il posait des actes que j'estimais condamnables et regrettables, je les avais condamnés et regrettés publiquement. Par la suite, quand il est devenu Premier ministre, il se faisait moins voir. Peut-être qu'il avait des conseillers qui lui disaient de ne pas attaquer l'opposition. Nous, non plus, nous ne l'avons pas attaqué. Remontez aussi loin que vous voudrez, vous verrez que je n'ai pas habitude d'attaquer les Premiers ministres parce que notre système est présidentiel. C'est le président qui est la clé de voûte des institutions. Ni Habib Thiam, ni Moustapha Niasse, ni Mame Madior Boye n'ont eu à faire l'objet d'une quelconque attaque de notre part.
Wal Fadjri : Sur quoi vous fondez-vous pour accuser le chef de l'Etat d'être le commanditaire de l'agression dont vous avez été victime ?
Talla Sylla : D'abord, je dispose d'informations. Dès mon audition par les gendarmes, j'ai accusé le président Abdoulaye Wade sur procès-verbal. Vous voyez donc que la déclaration que j'avais faite à Thiès n'était pas nouvelle. Elle pouvait l'être pour l'opinion et cette dernière a pu en avoir échos lorsque j'étais à l'hôpital. J'avais pu enlever mon masque et j'avais parlé à partir d'un téléphone portable à une radio de la place en disant que j'avais porté plainte contre "X" parce que c'est la formule, mais j'aurais aimé porter plainte contre "W". Parce qu'il y a eu des éléments qui ont précédé mon agression. Par la suite, nous avons vu que le travail fait par les gendarmes, qui ont travaillé avec beaucoup de profressionnalisme et de rigueur, a clairement indiqué qui sont les coupables. Et ces coupables sont logés dans l'entourage du président de la République du Sénégal.
Qui sont-ils ces coupables ?
Les gendarmes ont demandé au procureur de poursuivre feu Ismaïla Mbaye, Baye Moussé Bâ dit Bro et Assane Diop pour tentative de meurtre sur la personne de Talla Sylla. Ce sont les gendarmes qui l'ont écrit confirmant les éléments dont nous disposions à l'époque. Nous estimons qu'aujourd'hui, cette affaire dite affaire Talla Sylla, bien qu'elle porte mon nom, est celle du Sénégal. Au-delà du fait de la personne qu'on a tenté d'assassiner, se trouve un homme politique, membre d'un parti, un élément de l'opposition. Mais ce que les gens devraient retenir, c'est qu'on a essayé d'assassiner un citoyen sénégalais qui exprimait ses opinions et ses positions sur le pays. Alors qu'il y a un arsenal juridique et un certain nombre de moyens qui permettent à ceux qui dirigent ce pays de se faire respecter.
Pourquoi ils n'en ont pas usé d'autant qu'une semaine avant mon agression, le 5 octobre, le procureur de la République avait fait une sortie mémorable rappelant aux uns et aux autres qu'il y avait des dispositions pertinentes du Code pénal et qu'il n'alllait plus tolérer des attaques contre les institutions et contre le président de la République et qu'il allait sévir désormais. Si vraiment dans mes propos, il y avait quelque chose qui pouvait être de nature à discréditer les institutions, à offenser le président de la République ou qui pouvait être constitutif d'une diffusion de fausses nouvelles, il y avait là matière à agir. Au moins que l'affaire soit réglée au niveau de la justice. Un pays démocratique qui se respecte, ne peut fonctionner que sur cette base-là. Quelqu'un peut estimer qu'on lui a fait du tort, c'est dans son droit d'essayer d'obtenir réparation au niveau de la justice. Je crois s'il avait eu cette démarche, on l'aurait respecté.
Quand en 1998-1999, j'ai été arrêté et que j'ai dû faire six mois de prison pour offense au chef de l'Etat et diffusion de fausse nouvelle, notre parti n'a pas organisé la moindre manifestation pour demander ma libération. Nous avons dit que nous avons été arrêtés dans des conditions prévues par le Code de procédure pénal. Tant qu'on respecte les dispositions de ce code, nous ne devons pas réagir. Nous avions dit que nous pouvions seulement dénoncer ce que nous considérions en tant que politique comme une entrave à la liberté d'expression, mais qu'il ne fallait pas chercher à mettre la pression sur la justice. Et on a respecté cela pendant tout le temps que j'étais en prison parce que, pour nous, il faut respecter les institutions. Pourtant, quand j'ai été en prison, des gens ont essayé de me libérer, mais j'ai refusé. C'est même Jean-Paul Dias qu'on avait envoyé et, devant le régisseur de l'époque, il m'a proposé une libération que j'ai refusée.
Les révélations que vous avez faites ont abouti à la démission de Pape Samba Mboup. Est-ce que l'on peut s'attendre à d'autres portant sur le président de la République lui-même parce que le boulet est très proche de lui ?
Nous avons clairement, par l'intermédiaire de notre député, Moussa Tine, et c'est peut-être pour cette raison qu'il est en train d'être inquiété, introduit au niveau de l'Assemblée nationale une demande pour que le président de la République soit traduit devant la Haute Cour de justice. Et nous avions bien argumenté notre démarche. Quelle est la suite qui a été réservée à cette affaire au niveau de l'Assemblée nationale ? La conférence des présidents s'est réunie et a décidé de ne pas examiner l'affaire et a outrepassé ainsi ses prérogatives. Nous avions été pourtant clair. Nous avions dit, à propos de l'avion présidentiel, que le chef de l'Etat n'a pas dit la vérité aux Sénégalais. Toujours sur cette même affaire, le président de la République a violé les règles d'utilisation des deniers publics. Lui-même reconnaissait, dans une interview accordée à Jeune Afrique l'Intelligent, que la réfection de l'avion n'était pas prévue dans le budget.
Pourtant, il a puisé au moins 10 milliards 500 millions dans ces mystérieux fonds qu'il appelle fonds résiduels du ministère de l'Equipement, donc des fonds publics, sans passer par l'Assemblée nationale, sans passer par le vote d'une loi de finance rectificative. Il a donc violé la loi. Or il avait juré, lors de sa prestation de serment, d'observer comme de faire observer scrupuleusement les dispositions de la Constitution et des lois. Pour nous, ceci est constitutif d'une haute trahision. L'autre élément c'est que quand il dépensait ces milliards pour le confort de l'avion, c'était dans un contexte où le bateau Le Joola était en réparation. Et Le Joola n'avait besoin que d'un demi-milliard pour la réparation de son second moteur, pour être en mesure de naviguer à nouveau. Alors, comment peut-on comprendre ce qui s'est passé par la suite ? Que le chef de l'Etat mobilise plus de trente fois plus que la somme qui était nécessaire pour permettre à ce bateau de naviguer, de jouer son rôle dans l'économie du pays, dans le tourisme... Pour nous, ceci était aussi constitutif d'une haute trahision. S'y ajoute l'affaire Me Babacar Sèye. Wade avait été accusé et les Sénégalais sont restés jusqu'ici troublés par rapport à cette affaire. Wade arrive au
Ce qui devait aller dans le sens de ses propres intérêts puisqu'il avait là, l'opportunité de laver son image, celle du Sénégal. Non seulement, il n'ouvre pas le dossier Me Sèye, mais il va grâcier ceux qui étaient emprisonnés. Je pense que si on pense que ces gens ne sont pas coupables en rouvrant le procès, on leur permet de se blanchir de façon légale sans violer quoique ce soit. On ne le fait pas, on les libère. Or, dans les normes, les crimes de sang ne sont pas concernés par la grâce. Au surplus, des centaines de millions ont été donnés à la famille de Me Sèye pour qu'elle se taise et qu'elle ne demande plus la réouverture du procès. N'importe quel citoyen peut s'appuyer sur ces éléments pour dire que le président de la République a violé les devoirs de sa charge. Il ne peut pas se fonder sur le principe selon lequel il est le chef de l'Etat et que, par conséquent, il peut grâcier n'importe qui. Je crois qu'au-delà de ça, il y a un esprit. Et ce dernier devait au moins l'amener à respecter la mémoire de Me Sèye, mais également respecter cette République parce que sinon, demain, n'importe quel serviteur de l'Etat peut être en danger.
Vous aviez déclaré, toujours sur l'affaire Me Sèye, que "Wade sait que je sais". Qu'est-ce que vous savez et que vous cachez à l'opinion ?
J'ai été très clair. J'ai dit que chaque chose à son temps. J'ai dis à Bargny le 19 mars dernier que le problème du Sénégal n'était plus un problème de taux de croissance ou d'incompétence au sein de l'Etat. Mais que le problème du Sénégal, c'est que le pays est dirigé par un criminel. A partir du moment où ils ne veulent pas pousser plus loin cette affaire, j'attends. De toutes les façons, quand un jour, je serai placé dans les conditions de dire ce que j'ai à dire, je le ferai. Par rapport à la tentative d'assassinat sur ma personne, on vu que le dossier confectionné par les gendarmes a été falsifié au niveau même de la justice. Des gens ont volé des témoignages accablants. Des pièces importantes ont été retirées du dossier. Qui en a les moyens sinon ceux qui sont au sommet de l'Etat ? Instruit par cette affaire, nous ne dirons pas quelles sont nos possibilités et quelles sont nos armes. Mais, demain que ça soit par rapport à mon affaire ou à une autre, si nous sommes devant un tribunal, si nous avons quelque chose à dire, nous le dirons parce qu'à partir de ce moment-là, personne ne pourra retirer quoi que ce soit.
Tout cela ne sent-il pas un parfum de chantage ?
Mais je ne fais chanter personne. Ce ne sont pas là mes méthodes. J'ai toujours dit que je n'attaque personne la nuit et dans le dos, ça au moins il faut nous le reconnaître. Tout ce que je dis, je le dis publiquement. J'ai dit publiquement que Wade est un criminel. Et je pense que la personne qu'il faut interpeller, c'est bien Me Wade. Nous savons de quoi nous parlons et nous avons toujours pris nos responsabilités. Nous savons qu'en disant certaines choses, nous risquons la prison ou d'aller à l'hôpital, d'être sur un fauteuil à vie ou d'aller au cimetière. Mais, nous avons pris nos responsabilités parce que je ne reconnais qu'une peur, c'est celle de vivre un jour de trop.
Mais Talla Sylla ne cherche-t-il pas coûte que coûte à aller en prison en accusant de la sorte le chef de l'Etat ?
Pourquoi ? A quelle fin ? Qu'est-ce que je peux encore prouver de ce point de vue ? Je ne sais combien de fois j'ai connu les commissariats et la prison depuis ma tendre enfance. Pourquoi aller en prison ? Le parti a besoin de moi. Idem pour la famille et les amis. Je pense qu'en étant libre, je peux régler un certain nombre de problèmes dont je ne pourrai pas m'occuper en prison. Mais quand je dois prendre mes responsabilités, je le fais et je n'ai peur de rien.
Lorsque vous étiez député, vous aviez la tribune indiquée pour poser vos revendications. Vous démissionnez pour maintenant étaler vos protestations dans la rue. Qu'est-ce que vous voulez au juste ?
Talla Sylla : A l'Assemblée nationale, j'étais vice-président, j'avais un rang de ministre et un très bon traitement. J'ai quitté l'Assemblée nationale parce que je ne vois pas la liberté d'être député quand on n'a pas la liberté de se comporter en député. Quand un député en session budgétaire ne peut pas prendre la parole pour poser des questions au ministre des Finances sur le budget qu'il est venu présenter, je me demande qu'est-ce qu'il fait à l'Assemblée nationale. Et le plus grave dans cette affaire, c'est que ce n'est pas le ministre des Finances qui avait refusé de me répondre, mais c'étaient mes propres collègues députés, censés représenter le peuple, qui s'étaient dressés pour m'interdire de poser des questions au nom du peuple.
A partir de ce moment, j'ai estimé qu'il y avait une forfaiture par rapport au peuple. Mais en démissionnant, je savais que le scrutin au Sénégal n'était pas uninominal. Le scrutin est un scrutin de liste. D'ailleurs, si j'avais démissionné du Jëf jël à l'époque, j'allais perdre mon mandat. Je savais alors qu'en démissionnant à titre personnel, le mandat n'était pas en cause. Je savais également que la personne devant me remplacer à l'Assemblée nationale était en mesure de jouer le rôle que l'on attendait du Jëf jël, qu'elle avait les moyens d'être un excellent député. En passant, je répondrai sur le système de rotation dont on a fait allusion à l'époque. Mais si c'était le cas, j'aurais attendu la fin de la première année. J'ai démissionné au bout de sept mois et en pleine session budgétaire, tout en sachant que la personne qui allait me remplacer, n'allait même pas pouvoir assister à la session budgétaire. C'est parce que ces gens étaient en désarroi et ne pouvaient pas expliquer ce qu'ils avaient fait au sein de l'hémicycle.
Les problèmes qui vous ont fait partir de l'hémicycle ont-ils été résolus pour que Moussa Tine y reste ?
Au moins, on a constaté quel depuis que j'ai quitté l'Assemblée nationale, jamais quelqu'un n'a essayé de faire taire Moussa Tine. L'autre élément est que le Jëf jël est toujours présent à l'Assemblée nationale et je suis beaucoup plus libre pour m'occuper du parti, pour aller à la rencontre du peuple sénégalais. Je dispose également de plus de temps pour travailler sur notre projet que nous allons proposer aux Sénégalais. Alors que quand j'étais à l'Assemblée nationale, comme je n'avais jamais été en retard et que je n'avais jamais été absent, je passais le plus clair de mon temps dans cette institution au détriment du parti, de ma famille et de mes amis. (A suivre)
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