La Presse (Tunis)

4 Juillet 2004

Tunisie: Courses - Les affections tendineuses chez le cheval : le talon d'Achille du coursier !

Courses - Les affections tendineuses chez le cheval

Les pathologies tendineuses et ligamentaires restent, et de beaucoup, la première cause de mise sur la touche ou même de réforme des compétiteurs des différentes disciplines.

Les lésions ne sont toutefois pas les mêmes de l'une à l'autre. Ainsi pour le plat : «tendon fléchisseur superficiel du doigt ou perforé, secondairement muscle inter osseux ou ligament suspenseur du boulet»; l'obstacle: «Tendon perforé, ligament suspenseur du boulet et ligaments sésamoïdiens distaux dans le paturon»; le trot : «Ligament suspenseur du boulet, tendon perforé sur les membres antérieurs et ligament suspenseur du boulet sur les postérieurs».

Rappelons ce qui différencie le ligament et le tendon : le ligament est une corde qui s'attache sur deux éléments osseux. Tandis que le tendon est, en fait, une extrémité d'un muscle, attaché d'un seul côté à la paroi osseuse. Néanmoins, dans la structure même, il n'y a pas de grande différence anatomique. Il existe une certaine élasticité des tendons comme des ligaments, avec toutefois plus d'élasticité du tendon puisqu'il est l'aboutissement d'un muscle et qu'il supporte davantage les mouvements de traction et de relâchement. La tendinite apparaît donc omme le point de rupture de ce seuil d'élasticité. Ceci étant également valable pour le ligament; on dira alors desmite pour sa «tendinite».

Mais il ne faut pas pour autant en déduire que les tendonc et les ligaments du cheval sont des tissus fragiles: si les soucis apparaissent fréquemment, cela tient bien plus aux exigences infernales de l'entraînement. L'homme impose des contraintes à une anatomie qui n'est pas faite pour cela. Les chevaux de course allant de plus en plus vite, les problèmes tendineux sont extrêmement fréquents, voire quasiment impossibles à éviter. A tel point que les entraîneurs finissent par accepter avec fatalisme l'accident tendineux ou ligamentaire.

Qu'est-ce-qu'une tendinite ? Comme l'indique son nom, la tendinite se situe au niveau des tendons du cheval. Les tendons ont une structure fibreuse (blanchâtre) à laquelle est relié un muscle provoquant le mouvement des articulations. Les tendons sont rattachés à l'extrémité de l'os. C'est une partie de l'anatomie du cheval qui est extrêmement sollicitée. Il arrive parfois qu'une partie ou la totalité des fibres composant le tendon se rompe, c'est ce que l'on appelle alors la tendinite qui selon le degré de rupture sera plus ou moins grave. La tendinite peut également être dite chronique lorsque, par exemple, elle se poursuit dans le temps.

Elle sera dite également de claquage lors d'une rupture du tendon.

Comment la repérer ? Il n'est pas toujours aisé de reprérer une tendinite au premier coup d'oeil. Ce n'est pas parce que votre cheval boîte, que son membre est chaud ou demeure d'une sensibilité particulière, qu'il s'agit forcément d'une tendinite. Par exemple, le cheval atteint de ce mal ne boitille pas toujours, s'il est endurant à la douleur ou si les lésions du tendon sont infimes. Cependant, la tendinite se décèle facilement par un examen quotidien des membres. Il est vrai que la plupart du temps le membre est chaud, gonflé et fait boîter votre cheval. Mais il est important de compléter votre diagnostic par une personne compétente (moniteur, propriétaire, ) ou soit par un vétérinaire afin que celui-ci puisse établir, au moyen notamment d'une échographie, l'état de gravité de la tendinite et de sa localisation précise.

A quoi est-elle due ? Les causes d'une tendinite sont dues essentiellement à une surcharge de travail mais elles peuvent trouver ses origines notamment dans :

- une mauvaise ferrure : celle-ci va solliciter davantage les membres du cheval. La ferrure, c'est comme une chaussure. Imaginez-vous courir un 10 km en petits talons.

- un mauvais aplomb : si l'aplomb de votre cheval n'est pas corrigé, il fragilisera ses tendons, parce que soumis à rude épreuve.

- un mauvais usage des allures : galoper sur du bitume, trotter sur un sol caillouteux vont fatiguer rapidement les tendons, car les membres sont les premiers amortisseurs chez le cheval.

- une glissade : en marchant sur un terrain glissant, l'équidé peut se rompre ou se déchirer les tendons en se rattrapant parce que ses membres ne lui offrent pas la souplesse nécessaire pour encaisser le traumatisme.

- un coup ou un choc : le cheval peut de lui-même se donner un coup et rompre ainsi ses fibres tendineuses. Par exemple, il peut toucher un antérieur par un postérieur. L'équidé peut également se prendre le membre dans la longe (ou prise de longe) et se sectionner plus ou moins gravement les tendons

Sur le plan théorique et physique, l'origine de tous les problèmes ligamentaires ou tendineux chez les athlètes qui pratiquent le sport à haut niveau peut s'expliquer par l'application de la formule (F:1/2Mv2): la force est également à la moitié de la masse multipliée par la vitesse au carré.

Si la force exercée sur les tendons est proportionnelle au carré de la vitesse, cela signifie, chez le cheval, qu'une vitesse légèrement supérieure va augmenter de manière considérable les tensions qui agissent sur ses tendons et ses ligaments. Dès lors, le danger est proche : claquage, tendinite et récidives en tout genre

Comment soigner ou éviter ces affections tendineuses? Pourquoi ces pathologies sont-elles si difficiles à soigner et les traitements ne sont-ils pas toujours convaincants ?

Grâce aux moyens d'investigation modernes: tels que la radiographie, l'échographie, la scintigraphie, le scanner, l'IRM et éventuellement la thermographie, la connaissance de ces pathologies tendineuses a bien évidemment beaucoup progressé. Sans oublier l'oeil du vétérinaire très spécialisé, qui est encore et surtout indispensable à ce type de problèmes. L'idéal étant de s'apercevoir du phénomène avant la boiterie: lorsque celle-ci apparaît, la pathologie est déjà bien trop avancée.

Dans le cas d'un étirement par exemple la scintigraphie est alors un outil de diagnostic extraordinaire. Cet examen est aujourd'hui la meilleure façon de détecter précocement la boiterie, puisque l'image montre le point précis de l'inflammation. Il faut également compter sur le sens de l'observation de l'entraîneur, qui remarque une dissymétrie dans la locomotion d'un cheval. Cette observation est capitale, parce c'est le petit signal d'alarme, qui va déclencher ensuite des recherches plus approfondies, de la part du praticien. Il est rare qu'un pur-sang fasse sa carrière sans être confronté à un problème ligamentaire ou tendineux. Un poulain peut avoir une aptitude extraordinaire à la course, mais avoir un boulet ou des aplombs défectueux: la mécanique va mal se faire, les ligaments vont travailler à contresens. On risque l'accident. L'idéal serait d'avoir un cheval qui a génétiquement l'aptitude à la compétition, une morphologie et une qualité de tissus parfaits. Or, même si ce cheval existait, il n'en demeure pas moins qu'il y a une limite dans la résistance des tissus par rapport à l'effort, et donc à la vitesse.

La vraie question est finalement de limiter le plus possible les dégâts, et de faire en sorte que les chevaux de course vivent le mieux possible leur vie de sportifs de haut niveau qu'on leur impose. Il faut aussi garder à l'esprit le fait qu'ils sont encore bien jeunes et leur croissance n'étant pas encore accomplie.

De loin, le claquage est la pathologie tendineuse la plus courante et aussi la plus spectaculaire chez le cheval. En réalité, il ne s'agit pas d'une rupture du tendon, comme il peut y avoir des ruptures du talon d'Achille chez l'homme. Les claquages sont des étirements, qui entraînent des zones de nécroses, qui deviennent progressivement inflammatoires, douloureuses, avec un épaississement très visible du tendon. L'accident se produit lorsque le muscle est tétanisé par l'effort, qu'il a perdu sa souplesse, et que le tendon doit supporter, à lui seul, un étirement qu'il n'arrive plus à assumer.

Les pathologies ligamentaires prennent une importance croissante

C'est par exemple le cas du ligament capsulaire du boulet qui entoure celui-ci comme une gaine. A chaque foulée de galop ou de trot, ce gros ligament est sans cesse étiré et comprimé; le fait d'être ainsi constamment sollicité peut entraîner ce que l'on appelle la capsulite du boulet. Concrètement, la pathologie est moins spectaculaire qu'un claquage et l'animal ne rentre pas à l'écurie raide boiteux: c'est pourquoi le problème peut passer plus ou moins inaperçu. Pourtant, cette capsulite du boulet est une lésion grave et assez répandue. La subtilité de ces pathologies réside dans le fait que les tendons et les ligaments sont des tissus mous et qu'ils s'attachent à l'os: il y a donc un passage progressif de l'un à l'autre. C'est ici que se concentrent les problèmes: cette zone d'insertion est particulièrement sensible et fragile. Indépendamment des tendinites classiques, ces pathologies d'insertion constituent, aujourd'hui, la première cause des problèmes tendineux chez le cheval de course.

Elles concernent essentiellement les membres, mais on peut également les retrouver au niveau du bassin ou des vertèbres; bien entendu, cela peut justifier certains problèmes de dos. Au niveau des vertèbres, une pathologie d'insertion fait aussi mal qu'une fracture, si ce n'est davantage! Là encore, la pathologie intervertébrale est un domaine que l'on commence seulement à mieux connaître.

Les différents traitements

Quels sont les traitements possibles pour ces affections de l'appareil locomoteur ?

De façon générale, il convient de diminuer l'activité du cheval, de le mettre au repos. Au niveau local, d'appliquer du froid sitôt l'apparition du mal et de faire appel à un vétérinaire spécialisé qui renseignera le propriétaire du cheval sur l'état de gravité ou non de la blessure et lui fournira un traitement adapté.

Il y a évidemment la pratique traditionnelle, sinon ancestrale, des topiques : blister, feux liquides, vésicatoires. Le principe est de provoquer une inflammation du tendon ou du ligament lésé, de manière volontaire, pour l'aider à cicatriser plus rapidement grâce à une augmentation de la circulation sanguine.

Il y a d'abord les liniments excitants ou rubéfiants qui ont pour but de maintenir ou de soutenir l'inflammation puis les «blister», les feux liquides et les vésicatoires pour recréer et développer l'inflammation.

Ces préparations sont généralement à base d'essence de térébenthine, de huile de croton, de biodure de mercure, de poudre de cantharide

On a cru longtemps à leur efficacité, mais jusqu'à preuve du contraire, elle n'a encore jamais été médicalement démontrée. Les spécialistes ont du mal à savoir, si c'est le repos imposé ou cette méthode qui favorise la récupération du cheval atteint.

Toujours dans le cadre des méthodes traditionnelles, la technique des feux avait de nombreux adeptes. Mais la cautérisation par un fer porté au rouge, au delà de son caractère douloureux et un peu barbare, provoque des brûlures superficielles et laisse après guérison de vilaines cicatrices. On lui préfère désormais les feux en pointe parce que avec les petites pointes on traverse la peau et on cautérise dans le tendon ou le ligament, d'où une plus grande efficacité.

Une technique plus récente le «splitting» ou «styletting» consiste à dilacérer en plusieurs points la fibre tendineuse. On fait de petites entailles dans le tendon, ce qui entraîne une augmentation de la circulation sanguine et active la cicatrisation. Les résultats sont assez satisfaisants, bien qu'il faille nuancer les choses, dans la mesure où les tissus reconstruits ne sont jamais aussi solides que le tissu initial globalement le tendon ou le ligament est reconstruit, mais il perd de son élasticité.

La technique de «la fibre de carbone» avait suscité de grands espoirs il y a une vingtaine d'années, mais la méthode est semble-t-il passée de mode. Elle consistait à déposer une fibre de carbone dans le tendon, qui intervenait comme support autour duquel les fibres tendineuses allaient se reconstruire. Les résultats immédiats étaient plutôt encourageants, mais avec le recul on a constaté souvent des récidives, non pas au niveau des fibres de carbone, mais aux extrémités de l'implant. On s'est aperçu qu'il y avait des zones fragiles de part et d'autre de la fibre de carbone.

Il y a quatre ans, on entendait beaucoup parler des techniques physiques, comme le laser ou les ultrasons. Que peut-on en dire aujourd'hui ? Il semblerait que ces deux méthodes aient fait leur temps, la joie des fabricants et bien peu leurs preuves.

Il existe aujourd'hui une toute nouvelle génération de techniques, qui pourrait être intéressante : les «choc waves», qui sont des pulsations pneumatiques, appliquées sur la lésion. On a l'impression que ces ondes de choc viennent détruire les petites terminaisons nerveuses, par exemple, au niveau des enthésiophytes. Il n'est pas sûr que ce phénomène guérisse les lésions, mais force est de constater que cela les stabilise parce qu'elles deviennent insensibles.

Les résultats sont encourageants, surtout pour les pathologies d'insertion.

Les praticiens s'orientent beaucoup, aujourd'hui, vers des méthodes d'infiltration de substances dans les tendons. Ces substances, comme le glycoamino-glycan (molécule soufrée, qui entre dans la composition naturelle des tissus cartilagineux et tendineux), sollicitent la fabrication des fibro-blastes, c'est-à-dire des cellules tendineuses.

Aujourd'hui, ces techniques par injection locale sont les plus en vogue pour guérir les lésions. Mais est-ce vraiment la solution miracle ?

Une rééducation progressive et spontanée

Les remèdes sont nombreux, mais il n'y a pas à vrai dire de miracle. Hélas, comme pour l'être humain, un tendon ne cicatrisera jamais dans son intégralité, il restera toujours fragile. C'est pour cela, qu'il vous faudra sans cesse apporter une attention particulière au cheval convalescent.

Par ailleurs, on s'aperçoit aujourd'hui qu'il est inutile de laisser exagérément un cheval au repos, mais que, au contraire, c'est l'exercice qui sollicite la réparation. La particularité d'une bonne convalescence est de s'assurer que les forces exercées sur les fibres tendineuses leur donnent une bonne orientation cicatricielle. La rééducation chez le cheval, après un accident tendineux, n'est pas un terme approprié au cheval parce que l'on n'oblige jamais un cheval à faire un mouvement précis Au paddock, l'animal se rééduque spontanément. Ceci est particulièrement vrai après une tendinite : lorsque la phase inflammatoire est passée, on constate de plus en plus que l'exercice modéré facilite la bonne cicatrisation des fibres.

Il convient de mettre le cheval au pré le plus vite possible, puis reprendre doucement le travail, avec des sorties au pas, au trot, voire au petit galop de chasse, cela reste la solution la meilleure.

Au niveau de la prévention des problèmes tendineux, la maréchalerie orthopédique a un rôle très important à jouer.

Comme on a pu le voir, l'évolution de ce type de mal est difficile à influencer de façon médicale ou chirurgicale. Le traitement orthopédique paraît souvent à la fois plus pragmatique et efficace. Il s'agit du parage et de la ferrure. Surtout en phase aiguë, il convient de diminuer l'activité du cheval ou de le mettre au repos, en convalescence, ou en prévention, d'utiliser des bandages souples assurant la contension des tendons et, accessoirement, le soutien du boulet. Les contrôles échographiques sont recommandables toutes les trois semaines pour adapter le retour à l'activité du cheval à l'évolution de son mal.

De même, pour prévenir et guérir, il faut s'interroger sur les méthodes d'entraînement. A cet effet, il semble que l'«interval training» est une technique excellente, lorsqu'elle est bien menée, pour ménager les tendons et les ligaments des chevaux. De même, il faut être vigilant quant à la qualité des sols : les terrains profonds en sable prédisposent aux pathologies ligamentaires et tendineuses. Le pied a du mal à rester stable : moins le pied est stable, et plus les tendons travaillent. Il est évident que celui qui entraîne sur du gazon tout neuf, ou sur le sable de plage après la marée, évite bien des soucis à ses chevaux.

Il existe des précautions et des soins qui permettent d'éviter la survenue d'une tendinite ou de la résorber : penser à travailler régulièrement son cheval afin qu'il puisse acquérir une condition physique apte aux efforts qu'on lui demande, s'adapter aux sols afin de ne pas épuiser les membres pour un rien, vérifier quotidiennement l'état des membres, les doucher après un travail important, poser des bandes de travail au repos afin de prévenir les tendinites ou si les membres sont déjà fragilisés

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