R->Guy Modeste Dzudié
6 Juillet 2004
Dschang — "Le conseil d'administration a décidé de mettre un terme au mandat de Pierre Nzefa comme directeur de la Caplame à cause de l'incompatibilité qui règne entre la majorité du personnel et lui.
Le conseil a également décidé de mettre un terme aux fonctions de monsieur Joseph Wamba comme directeur général adjoint de notre coopérative, à cause de sa passivité notoire pendant la crise récente entre la direction et le personnel. Les administrateurs leurs ont accordé un mois pour libérer leurs maisons de fonction et leurs ont demandé de mettre à la disposition du président du conseil d'administration " Michel Kenfack, Ndlr " tous les documents de l'entreprise qu'ils détiennent ainsi que leurs véhicules de fonction. En plus, le conseil a donné mandat au président du conseil d'administration pour qu'il commette un audit qui va contrôler la gestion de la Caplame pendant les vingt dernières années. Enfin, un comité provisoire de gestion de six membres a été désigné pour la conduite des affaires courantes de la Caplame".
C'est en jubilant que Joseph Zebazé, chef du service Education et Formation à la Coopérative agricole des planteurs de la Menoua( Caplame) et, par ailleurs, chef de file des employés contestataires de cette organisation, répétait ces résolutions du conseil d'administration à l'endroit de ses collègues ou de toute personne intéressée par la crise qui a secoué cette structure pendant plus d'une semaine. Un mouvement de contestation porté sur la place publique depuis le jeudi 24 juin dernier à Dschang, jour où les employés de la Caplame sont descendus dans les rues de Dschang pour crier leur exaspération."18 mois sans salaires, 20 ans sans avancement, 10 ans d'arriérés dus aux planteurs". Interpellé par un mémorandum qui lui a été adressé le 29 juin dernier par les contestataires,Michel Kenfack, le président de son Conseil d'administration a convoqué, pour le vendredi 2 juillet dernier, une session extraordinaire de cet organe délibérant .
La crise
Pour Justifier l'opportunité de leur démarche, les employés mécontents notaient ceci ."Dans l'intérêt supérieur de la Caplame , nous nous sommes tus pendant longtemps et la goutte d'eau qui a fait déborder le vase est la braderie ouverte de notre seul espoir, le café en stock".Selon ces derniers, la direction de la Caplame venait de vendre plus 219 tonnes de café en stock à un prix de 190Fcfa le Kg .Un montant qu'il ont estimé "minable", le prix pratiqué au port de Douala étant de 695 fcfa au moment de cette transaction. Multipliant calculs et comparaisons, ils en ont déduit "un manque à gagner de 100 000 0000 Fcfa". Pierre Nzefa, le Directeur général de la Caplame, était aussi accusé d' "utilisation abusive des biens de l'entreprise à des fins personnelles" et de mener "des investissements hasardeux et non rentables".
Reconnaissant que la Caplame est confrontée à de nombreuses difficultés financières, un cadre proche de l'incriminé nous a confié que cette tension de trésorerie est due à la mévente des produits déposés par les planteurs de cette coopérative agricole.
Dans le même sens, il a ajouté que l'Union centrale des coopératives agricoles de l'ouest (Uccao) doit plus de 3 milliards à la Caplame. Parmi les débiteurs défaillants de cette structure, il y a également plusieurs banques en liquidation notamment l'ex-Méridien - Biao et le Crédit Agricole. Il est attendu près de 700 millions du liquidateur de la première citée. Pour ce proche collaborateurs de Pierre Nzefa, un recouvrement de ces créances, ne serait-ce qu'à hauteur de 2 milliards , permettrait à la Caplame d'honorer ses engagements en vers son personnel, les planteurs , les prestataires de services, les banques créancières, à l'instar de l' Afriland First Bank, et la Caisse nationale de prévoyance sociale(Cnps) qui, pour l'instant, ne verse ni allocations familiales, ni pension de retraite aux employés de la Caplame.
En prélude à la session extraordinaire du conseil d'administration de cette coopérative, les contestataires ont officiellement convenu de "rester calmes et vigilants".
Cependant, le jour même de la rencontre des administrateurs, certains d'entre eux ont manifesté devant la Caplame avec des pancartes. Il a fallu l'intervention du Sous-préfet de Dschang, Abraham Chékem, venu avec des gendarmes, pour que le calme s'installe. D'où le début de ce conseil de crise autour de 13 heures, avec 3 heures de retard, en présence du préfet Awana Ateba du département de la Menoua. Une épreuve pénible pour Pierre Nzefa, qui, en dépit de la précarité de son état de santé, a tenu à défendre sa gestion. Avant de quitter définitivement la tête de la Caplame, après 35 années de règne.
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