Robert Krassault
7 Juillet 2004
Le ministre d'Etat, ministre des Transports, Innocent Anaky Kobena, devra, à jamais, adopter un profil bas. Pour la énième fois, le directeur général du Port autonome d'Abidjan, Marcel Gossio, vient de lui clouer le bec. Et avec lui, la Banque mondiale.
Quel deal lie Mamadou Dia, le directeur des opérations pour la Côte d'Ivoire de la Banque mondiale et Anaky Kobena Innocent, ministre d'Etat, ministre des Transports du gouvernement de Réconciliation nationale ?
Le premier cité, après avoir dénoncé le 8 janvier 2004 le manque de transparence qui a entouré la concession du terminal à conteneurs de Vridi au groupe français Bolloré par la direction générale du Port autonome d'Abidjan (PAA), est en train d'apporter de l'eau au moulin du ministre ivoirien des Transports.
Dans une lettre au gouvernement, le 23 juin dernier, M. Dia a indiqué que les conclusions de l'examen d'évaluation des rapports des experts font état de 300 milliards de FCFA de préjudice pour l'Etat de Côte d'Ivoire sur 15 ans. Ce qui représente une perte de 22 milliards de FCFA par an. La Banque mondiale rappelle qu'il s'agit d'une initiative du ministre ivoirien des Infrastructures économiques d'alors, M. Patrick Achi. Et que dans ce cadre, le comité de pilotage en charge du processus de privatisation du terminal avait confié à des cabinets indépendants la réalisation d'études d'évaluation technique et financière. Afin de déterminer la valeur du terminal comme on détermine celle d'une voiture à l'argus avant de la vendre.
Dès que la lettre de la Banque mondiale est arrivée sur son bureau que M. Anaky l'a aussitôt fait diffuser par les journaux qui lui sont proches. Oubliant que le 3 juin dernier, il nous avait promis la primeur des résultats de ses démarches auprès de sources crédibles pour donner la preuve des révélations qu'il avait faites le 27 mai dernier, devant la presse.
Ce jour-là, Anaky avait annoncé que la SETV, qui a désormais la gestion et l'exploitation du terminal à conteneurs de Vridi, réaliserait quelque 200 milliards de FCFA de chiffre d'affaires et un bénéfice net de 80 milliards par an. Il en avait conclu qu'il s'agissait d'un crime économique. Et qu'en conséquence, la convention de concession signée entre le directeur général du PAA et la SETV doit être purement et simplement annulée. Anaky Kobena avait pris soin d'indiquer qu'il s'agissait-là d'estimations rapides effectuées par ses services.
La lettre de Mamadou Dia montre clairement que le ministre ivoirien n'a jamais eu une autre source d'information que celle de la Banque mondiale. Mais bien malheureux là encore, il vient d'être démontré que la source d'information, donc la Banque mondiale elle-même, fait des affirmations qui ne reposent que sur du faux. La mise au point du Port autonome d'Abidjan du 26 juin dernier est une gifle qui ne dit pas son nom.
Au sujet de l'évaluation technique et financière du terminal à conteneurs voici ce que révèle M. Marcel Gossio : "A ce jour, les rapports de l'évaluation technique et financière du terminal à conteneurs de Vridi commanditée par le ministre d'Etat, ministre des Infrastructures économiques, M. Achi Patrick, ne sont pas portés à la connaissance du Port autonome d'Abidjan qui doute d'ailleurs de l'existence des rapports en question".
Marcel Gossio révèle qu'aucun rapport de ce type, à sa connaissance, n'a fait l'objet de discussion au cours d'une quelconque réunion de comité de pilotage. Citant en référence la réponse de M. Patrick Achi à la Banque mondiale, la lettre n° 0408/ME-MIE (CAB) TJ du 11 mars 2004, M. Gossio rappelle que celui-ci n'a pu avoir les rapports des études d'évaluation qu'il avait commises. Mieux, il appuie pour dire que le PAA, qui assure d'ailleurs le secrétariat du comité de pilotage, confirme qu'aucune réunion ne s'est tenue depuis cette date. Ce qui accroît son doute sur l'existence de ce rapport. Précise-t-il ailleurs. M. Marcel Gossio va plus loin. Il émet des hypothèses. Il se dit qu'au cas où ce document existerait, il n'a jamais été discuté en réunion du comité de pilotage. Et encore moins, il n'a été validé.
Comme pour dire à M. Dia qu'il s'est planté.
M. Gossio dénonce aussi la mauvaise lecture faite par la Banque mondiale sur la liberté tarifaire au Port d'Abidjan. "Cette affirmation : "le concessionnaire fixe et modifie les tarifs librement en l'absence de tarif plafond" traduit de la part de la Banque une mauvaise lecture, une volonté délibérée de nuire à l'économie ivoirienne, ou une méconnaissance de la convention de concession signée le 23 octobre 2003 qui stipule clairement en son article 225 que par dérogation aux articles 22. 3 et 22.4, " pendant la période transitoire seulement, et pour les seuls trafics à destination ou en provenance de la Côte d'Ivoire, les tarifs pratiqués par le concessionnaire au titre des services devront préalablement à leur entrée en vigueur avoir été approuvés par le PAA".
Aussi conformément à la convention par son article 22. 8, les tarifs applicables au démarrage de la gestion du terminal par la SETV sont ceux de la FEDERMAR approuvés par le PAA le 6 juin 2002". La précision est de taille. Comme pour dire que dans tous les contrats passés par la Côte d'Ivoire, les concessionnaires ont toujours obtenu le principe de la liberté tarifaire même si cette liberté reste cadrée.
S'agissant de la redevance à 40 millions d'Euro (26,2 milliards de FCFA), le PAA lance le défi à la Banque mondiale de donner une liste de terminaux à travers le monde où pour le même trafic, et pour le même type d'activités concédées, l'autorité portuaire perçoit plus de 40 millions d'Euro. " A titre de comparaison, le Port de Manzanillo à Panama qui traite un trafic de 1 672 000 de TEU (données de 2002) et qui réalise toutes les opérations y compris le bord à quai et la livraison à domicile, verse à l'autorité portuaire une redevance de l'ordre de 30 millions de dollars (soit environ 25 millions d'Euro) soit environ 16,4 milliards de F CFA)". A-t-il fait savoir.
Pour ne pas dire à Anaky et à Dia "Messieurs, vous êtes des menteurs !". Parce que la SETV n'exerce que les seules opérations de manutention bord, de manutention sur le parc et le stockage des conteneurs. Les activités de transit, comme l'écrit M. Gossio, de transit et de livraison sont exercées par les autres manutentionnaires et transitaires du port d'Abidjan.
Comme on le voit Anaky et la Banque mondiale dont le dessein est désormais avoué sont hors-jeu. Ils gagneraient à se taire définitivement pour ne pas discréditer les institutions qu'ils incarnent.
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