Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Peinture : ces toiles qui dévoilent les galeries

Dorine Ekwè

8 Juillet 2004


De plus en plus d'artistes exposent leurs travaux dans la rue.

Carrefour de l'Eglise Orthodoxe à Yaoundé. Un petit vent frais souffle en procurant un peu de bien-être aux piétons. Le rire des uns, le vrombissement des moteurs des véhicules et autres engins qui viennent à passer par là, ne réussit pas à troubler la quiétude que l'on observe en ces lieux. Dans son atelier d'environ quatre mètres sur cinq niché dans la verdure, Paul Awassumé en profite pour plonger dans le travail. Et finaliser la toile sur laquelle il travaille depuis quelques temps déjà. Un tableau représentant des formes fines de femmes, tenant chacune un bagage sur la tête.

Au dehors, les toiles accrochées ici et là, séduisent les passants. Les couleurs chaudes et pastels qui constituent l'essentiel des tons utilisés par cet artiste, laissent très peu indifférent. Le jeune homme corpulent à peine âgé de 30 ans qui a installé son atelier dans ces lieux depuis environ trois ans, explique son choix : " Moi je fais de l'art commercial. C'est cet art qui me permet de vivre. Pour cela, je ne compte pas travailler dans les galeries où on n'est jamais fixé sur rien. Les propriétaires veulent absolument gagner et ainsi, lorsque vous évaluez une toile à environ 150.000F Cfa, eux, la taxent à 300.000 pour que l'on se divise les gains à la fin de l'exposition. Les prix ne sont pas affichés, et on ne sait plus exactement sur quelle base sont fixés les prix " Une opinion que, quelques kilomètres plus loin, Mpacko, de son nom d'artiste, soutient. Présentant cette raison comme celle qui a le plus influencé son choix d'exposer en plein air, à travailler et à vendre ses toiles tout seul, sans intermédiaire.

Valeur

Si le phénomène de "peintre de rue " tend à prendre de l'ampleur dans les différents carrefours et autres lieux de grande affluence de la ville de Yaoundé, le phénomène n'est pas né d'hier. Selon Mpacko qui se présente comme l'un des précurseurs du mouvement avec 15 ans de carrière au carrefour de la chambre de Commerce de Yaoundé, c'est davantage l'absence de galerie, à cette époque qui l'a poussé à s'installer dans la rue. Au fil du temps, la clientèle se faisant plus constante pour des toiles allant de 15.000 F Cfa à 100.000 F Cfa et plus, il a fini par y prendre goût. Installant définitivement ses quartiers à cet endroit où, chaque jour, on peut observer des tableaux variant dans les tons et les styles qu'il accroche.

Pour ces artistes de plus en plus tentés par le souffle du plein air, il n'est pas question d'y voir, comme l'on est souvent amenés à le faire, un manque de créativité ou encore une absence de prise en compte professionnelle. Paul Awassumé raconte : " je me définis dès le départ comme étant un artiste commercial. Mais il faut que les gens sachent bien faire la différence. Nous venons nous installer à l'extérieur parce que nous pouvons mieux contrôler notre activité, et en vivre. On compte, sur le bout des doigts, les personnes qui font uniquement un travail de galerie, et qui vivent, sans peine, de leur art. J'ai un lieu calme où je peux me permettre de créer des toiles abstraites, réalistes et autres. L'essentiel pour moi, est de faire un travail de qualité."

Et très souvent, ces toiles n'ont rien à envier aux peintres " mieux établis dans les circuits des expositions groupées ou sur commande dans les galeries et autres lieux d'exposition reconnus ", ajoute Ntedé Olinga dont les ateliers sont situés au carrefour Mvog-Mbi à Yaoundé. Pour eux, la participation à tel festival et autres rencontres internationales entre peintres, n'est pas une priorité, l'essentiel étant ici, de vendre le plus de toiles possible, " c'est comme cela que le nom circule, et que l'on peut se faire le maximum de clients ". Dans les ateliers, les Cv attendent que de nouveaux collectionneurs intéressés par leur travail viennent le leur proposer. Alors que celui de Mpacko marque son passage dans les grandes galeries du pays tant à Douala qu'à Yaoundé, on retrouve plutôt Paul Awassumé dans une exposition privée en Suède, justement organisée par l'un de ses principaux collectionneurs.

Liens Pertinents

Si dans la plupart des cas, les peintres se plaignent du manque de solidarité et d'entraide dans le milieu, ils essaient, autant que faire se peut, de venir en aide aux jeunes artistes qui désirent se lancer dans le mouvement. Alors, très souvent, dans la plupart des ateliers situés au bord de la rue, un volet formation a été mis sur pied. Plus pour les retombées financières que par pure philanthropie. La formation d'un élève pouvant aller jusqu'à 200.000 F Cfa pour six mois de formation. Et on devine que, d'ici quelques années, ils viendront se joindre à leurs " maîtres " et tous les autres peintres qui exercent au carrefour Elig-Essono, à Bastos, au quartier Omnisport ou encore à l'avenue Germaine. Et d'ici là, on imagine la création d'une Rue du trésor sur le modèle de la Québécoise où sont regroupés des peintres de tout bord, et qui, chaque année, voit des milliers de touristes venus de part le monde pour se laisser prendre à la folie déclenchée par cette multitude de couleurs.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2004 Le Quotidien Mutations. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Cameroun

Rubriques