Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Soins après avortement au niveau communautaire : le district de Sokone Balise la voie

MaÏmouna Gueye

8 Juillet 2004


Les résultats obtenus par le projet sont si encourageants que les populations bénéficiaires et les professionnels de la santé ont publiquement exprimé leur satisfaction en soulignant que «Sokone est un bon modèle à suivre pour ceux qui veulent appliquer les SAA.

Parfois, on mettait quatre heures avant de trouver un piroguier pour évacuer les malades. Mais, depuis que le projet d'extension des Soins après avortement (SAA) a doté notre poste de santé d'une pirogue et d'une mobylette, en moins d'une heure, on peut évacuer d'urgence les malades ». Ce témoignage, décliné avec fierté et sur un ton empreint d'espoir pour manifester le désir de pérenniser une telle action, est de Mbaye Diaw, infirmier chef de poste (Icp) de Baria, une localité enclavée située à 35 km du district de Sokone, dans la région de Fatick. Devant la grande assemblée qui a pris part, la semaine dernière, à l'évaluation, à Sokone même, du projet d'extension des SAA et de la planification familiale aux niveaux primaire et communautaire, Mbaye Diaw a tenu à partager le vécu de nombreuses femmes qui éprouvaient beaucoup de difficultés à accéder à des soins de qualité, notamment dans le domaine de la santé de la reproduction. Pour cette raison, il ne s'est pas empêché de qualifier les initiateurs du projet de «sauveurs». Poursuivant, il indique : «le projet est venu au moment où on en avait le plus besoin ».

Dans le même village, lance Aminata Coly Sène, Icp : « avant l'arrivée de la charrette, je ne savais pas quoi faire pour une évacuation d'urgence. Il m'arrivait de pleurer, craignant d'assister, faute de moyens, à la perte d'une vie humaine». C'est d'ailleurs pour amoindrir les risques encourus par les femmes, notamment lors de l'accouchement et suite à des avortements, lesquels augmentent notoirement la mortalité maternelle estimée à plus de 510 décès sur 100 000 naissances vivantes au Sénégal, que l'initiative fut prise, en 1998, d'étendre les SAA aux niveaux primaire et communautaire. Et c'est le district de Sokone (situé à 47 Km de Kaolack, avec une population de 101 523 habitants, 14 postes de santé, 24 cases de santé fonctionnelles sur un total de 33) qui a été choisi pour abriter le projet-pilote réalisé par l'Ong IntraHealth International grâce à un financement de l'Usaid, en collaboration avec le ministère de la Santé à travers son Programme national de santé reproductive. Justifiant le choix d'intervenir dans un domaine spécifique de la santé à savoir les Soins après avortement, Laura Hoemeke, directrice régionale pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre de l'Ong IntraHealth International, indique qu'un tel engagement s'explique par la «part importante de l'avortement et de ses complications dans la morbidité et la mortalité maternelle». En effet, d'après les estimations de l'Organisation mondiale de la Santé, les avortements contribueraient à près de 13 % dans la mortalité maternelle. Un constat corroboré par d'autres études menées dans certains établissements sanitaires et qui révèlent que les complications liées aux avortements occupent une place importante dans les motifs de consultation au niveau des services d'urgence des maternités. « En fait, entre 30 et 50 % des femmes qui se présentent aux services d'urgence dans les maternités viennent suite à un avortement », soutient la directrice régionale d'IntraHealth International.

Promouvoir l'implication de la communauté Malgré tout, la prise en charge des complications est peu présente dans les politiques de santé. A cela s'ajoute l'accès limité des femmes à des services de qualité, notamment en milieu rural où l'organisation du système de référence, ainsi que les coûts liés à l'évacuation des malades viennent se greffer à ce qui devrait être la seule contrainte majeure : l'accès à des services de qualité. D'où une réelle volonté d'inverser cette tendance, avec la mise en oeuvre par le ministère de la Santé d'un programme de décentralisation des SAA du niveau central au niveau le plus bas de la pyramide sanitaire. C'est dans ce sens qu'il faut comprendre l'intervention du Projet Prime II de l'Ong IntraHealth International aux niveaux primaire et secondaire dont la phase test est expérimentée à Sokone. Les éléments essentiels du projet d'extension des SAA et de la planification dans le district de Sokone résident dans le traitement d'urgence des complications liées à l'avortement, la mise en oeuvre de la planification après avortement couplée à l'offre d'autres services de la santé de la reproduction, au counselling et à l'interaction entre les clientes et les prestataires, ainsi qu'à l'implication des communautés pour qu'elles puissent s'approprier au finish le projet qui est le leur. A terme, il devrait permettre, explique Mme Ndoye née Khar Camara, coordonnatrice du projet, d'améliorer la performance des prestataires aux niveaux primaire et communautaire et dans les structures de références, de renforcer les systèmes de référence et de contre référence entre les postes de santé, les cases de santé et le centre de santé, et de promouvoir l'implication de la communauté dans la gestion des urgences et dans l'utilisation des services. De tels objectifs étaient nécessaires, surtout quand les populations des localités ciblées dans le district de Sokone étaient confrontées à une insuffisance des médicaments d'urgence dans les postes et cases de santé, à une irrégularité des supervisions devant être effectuées par le personnel sanitaire, à l'inexistence d'activités d'information, éducation et communication (Iec) dans les cases de santé et au manque de système communautaire de prise en charge des urgences. Pour combattre ces maux, l'intervention du Projet Prime II d'IntraHealth International a fait de la formation en SAA et en planification familiale (PF) des Icp, sages-femmes et prestataires exerçant en milieu rural, l'épine dorsale de ses activités.

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