Neïla RhaÏm
12 Juillet 2004
Médecine traditionnelle en Afrique, en Asie ou en Amérique Latine ; médecines alternatives ou complémentaires ou encore naturelles en Europe et en Amérique du Nord.
Toutes ces thérapeutiques ont en commun de viser le bien-être physique, psychique et spirituel et de ne pas faire partie de la médecine allopathique. Les plus anciennes reposent sur des croyances millénaires antérieures à l'avènement de la biomédecine occidentale, ce qui, semble-t-il, est la principale raison de leur vitalité actuelle. Mieux : quelle que soit l'appellation qu'on leur donne et malgré l'hostilité et la méfiance dont fait souvent preuve à leur égard la médecine officielle, ces thérapeutiques gagnent chaque jour du terrain.
Une approche de la santé différente
Quelles sont les raisons de cette prodigieuse progression ? Faut-il n'y voir, comme le clament les adversaires des médecines non conventionnelles, qu'un phénomène de mode sur fond d'attrait pour l'irrationnel ? En tout cas, cette explication ne concerne pas les pays pauvres, où le recours à ce genre de soins est essentiellement dicté par des raisons économiques et où le problème qui se pose est d'assurer des soins à la majorité de la population. D'un autre côté, le droit au pluralisme thérapeutique n'est sans doute pas seul à expliquer l'engouement des Américains du Nord et des Européens, pas plus d'ailleurs que la vogue des gourous. Ces médecines, affirment leurs fidèles, représentent tout ce que la médecine officielle n'est pas, c'est-à-dire une approche globale, attentive et humble de la santé, qui, à aucun moment, ne sépare la dimension physique de la composante psychologique ou spirituelle. Les résultats d'une telle approche sont souvent spectaculaires. Pourquoi chercher plus loin ? Selon le rapport de l'OMS sur les médecines traditionnelles, un Français sur deux a eu l'occasion de faire appel aux médecines alternatives, 70% des Canadiens ont eu recours au moins une fois à ces médecines et 90% des Allemands prennent un remède naturel à un moment ou à un autre de leur vie. Au Royaume-Uni, les dépenses annuelles consacrées à la médecine alternative représenteraient 230 millions de dollars. Selon une enquête menée en 1998 par l'Université de Stanford aux Etats-Unis, 69% des Américains utilisent des méthodes thérapeutiques non conventionnelles et 56% souhaitent que les stratégies thérapeutiques incluent les médecines alternatives.
En Chine, les préparations traditionnelles à base de plantes représentent entre 30 et 50% de la consommation totale de médicaments.
L'Allemagne en tête
De plus en plus de médecins recourent à des formations en acupuncture, en homéopathie, en phytothérapie, etc. Toujours selon l'OMS, entre 1995 et 2000, le nombre de médecins allemands ayant suivi une formation spéciale en médecine naturelle a quasiment doublé. Aux Etats-Unis, selon des chiffres de 1997 de l'Office of Alternative Medicine, 80% des étudiants en médecine souhaitent une formation en médecine alternative, ainsi que 70% des médecins de famille.
On peut dire que d'importantes avancées ont été réalisées par ces médecins dans la quasi-totalité des pays d'Europe occidentale : l'Allemagne est dans le peloton de tête. L'exercice des non-médecins y est, en effet, admis depuis 125 ans. Depuis 1939, le statut de heilpraktiker réglemente l'exercice des naturopathes, acupuncteurs, chiropraticiens, etc. Une loi autorise le remboursement de l'ensemble des médecines alternatives. Au Royaume-Uni et en Irlande, en vertu du droit coutumier, toute personne non médecin peut pratiquer une thérapie, à condition de ne pas prétendre au titre de docteur en médecine. En Belgique, aux Pays-Bas, au Danemark, en Norvège et dans d'autres pays européens, le loi établit un statut des médecines non conventionnelles. Même la France reconnaît désormais l'ostéopathie et la chiropractie.
Une résolution de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe consacrée aux médecines non conventionnelles préconise une formation des médecins allopathes aux thérapies alternatives et complémentaires dans les facultés et invite les Etats membres à encourager la reconnaissance officielle de ces médecines dans les facultés et leur pratique dans les hôpitaux.
Aux USA, dès 1992, les autorités fédérales ont créé un bureau des médecines alternatives chargé d'effectuer des recherches sur ces médecines. Des universités de médecine naturelle ont été créées et les plus grandes facultés de médecine (Harvard, Stanford, Georgetown) ont des cycles de médecine non conventionnelle. Au Canada, une importante étape a été franchie pour la promotion des médecines naturelles avec la création d'une chaire à l'Université Laval.
Enfin, la première stratégie globale de l'OMS pour les médecines traditionnelles et parallèles, publiée en 2002, insiste sur l'urgence de l'élaboration de politiques nationales d'évaluation et de réglementation des pratiques et produits traditionnels dans les pays pauvres en vue de leur intégration dans les systèmes de santé existants, afin d'assurer la pérennité des savoirs et de la biodiversité.
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