Mbagnick Kharachi Diagne
13 Juillet 2004
Les vendeurs de journaux de la place ont vécu difficilement "la journée sans presse " décrétée par les éditeurs et patrons de la presse privée, pour exiger la libération de Madiambal Diagne.
Ce dépositaire de journaux installé à quelques encablures du cinéma « El Mansour » lorgne discrètement les passants à travers ses verres de correction. Inquiet, troublé, exaspéré, il donne l'impression d'avoir perdu son angoisse. Comme un élève malheureux rongeant son porte-plume devant un problème, Harouna se livre à une méditation transcendantale. Ce matin, il n'y a que « le Soleil », « Scoop », « Wal Fadjri » et « Le Messager », à vendre. Nous dévisageant comme pour nous soupeser l'âme, il adopte un comportement exécrable à notre égard. Il a même le dédain de répondre à nos questions. Histoire de nous faire comprendre, de manière désagréable, que notre présence dans sa zone d'intervention est incongrue. Nous constatons cependant que son épouse est plus sociable et serviable. Avec toute une grâce ondulante, elle nous entretient des problèmes auxquels ils sont quotidiennement confrontés dans le cadre de la vente des journaux : « nous sommes originaires de Galoya (dans le département de Podor). C'est grâce à la vente des quotidiens de la place que nous arrivons à subvenir aux besoins de nos enfants. Depuis ce matin, nos clients n'arrêtent pas de nous demander le « Populaire », l'« Actuel », l'« Observateur », le « Matin » et plusieurs autres quotidiens. Nous nous demandons pourquoi ils ont organisé cette journée sans presse. Ce débrayage ne devait pas nous concerner. Nous ne savons même pas de quoi il s'agit. Ce qui nous intéresse, c'est la dépense quotidienne. Notre manque à gagner s'élèvera, à coup sûr, à 5.000 F.CFA. C'est ce qui a rendu malade mon mari. Ceux qui ont organisé cette grève pouvaient bien revendiquer sans pour autant nous causer des préjudices. Ce kiosque à journaux est la prunelle de nos yeux », répète-t-elle, les dents serrées, en nous regardant les yeux dans les yeux.
Un autre dépositaire de journaux opérant à « Usine Niary Tally » nous tient le même langage : « Nous n'avons rien contre les grévistes. Ils ont le devoir de marquer leur solidarité avec leur confrère Madiambal Diagne placé sous mandat de dépôt pour des raisons que nous, en tant que simples vendeurs incultes, nous ignorons. Mais ils pouvaient au moins penser à nous. Le pauvre Sénégalais qui gagne 10 à 20 F.CFA, s'il arrive à vendre un journal, sera forcément malheureux, si on lui enlève le pain de la bouche. La bataille des grands ne doit pas concerner les petits. Dans cette situation, ce sont les vendeurs de journaux qui paieront les pots cassés. Il ne nous reste qu'à prier Dieu Le Tout Puissant et le Miséricordieux, pour que cette journée sans presse ne se renouvelle pas. Sinon nous allons encore subir les conséquences les plus désastreuses de ce bras de fer qui oppose les journalistes aux pouvoirs publics ».
À trois cents mètres de la Cité des Eaux, une autre vendeuse de journaux, du nom de Rokhaya Sow, arrive néanmoins à garder son calme et sa sérénité. Même si elle reconnaît qu'elle ne gagnera pas grand-chose aujourd'hui, elle parvient quand bien même, à dédramatiser la situation. Estimant qu'elle n'y peut rien, elle soutient avec un sourire innocent que c'est une chose qui devait arriver : « Autant nous avons la possibilité de vendre de nombreux journaux et autant nous avons la chance de tirer notre épingle du jeu. Mais si jamais un titre nous manque, ça fausse tous nos calculs. Mais il y a des choses qui arrivent toujours au moment où on s'y attend le moins. Ainsi va la vie. Nous devons nous en remettre à Dieu et analyser la situation avec une certaine philosophie. Car, dans la vie, il y a des périodes de haut et de bas. Ce n'est pas tous les jours qu'on arrive à faire de bonnes affaires », a-t-elle conclu, en étalant le dernier « Wal Fadjri » bi en à plat pour le proposer à un client qui se bouscule pour l'acheter.
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