Alioune Badara Diallo
14 Juillet 2004
L'atmosphère tendue depuis vendredi dernier entre la presse indépendante et le pouvoir fait de plus en plus place au réalisme et au souci de respecter le trépied républicain. D'un côté comme de l'autre, on semble chercher une solution qui ne diminuera en rien le pouvoir de la justice, duquel dépend l'affranchissement du directeur de publication du Quotidien.
Les éditeurs de presse étaient hier devant le Premier ministre pour discuter de l'éventuelle libération du directeur de publication du Quotidien, Madiambal Diagne auquel le Doyen des juges a décerné vendredi dernier un mandat de dépôt sur la base de l'article 80 du Code pénal. D'emblée, Macky Sall et les sept membres du Comité de coordination pour la libération de Madiambal Diagne ont reconnu et réaffirmé que force doit rester à la République ; c'est-à-dire que le principe de la séparation des pouvoirs exécutif, judiciaire et législatif ne doit pas être entachée même dans "l'affaire" Madiambal Diagne. Mais, soucieux d'un climat social que toutes les parties ont intérêt à voir apaisé, il y a eu des concessions de part et d'autre, suite à la "facilitation" de la Rencontre africaine des droits de l'homme (Raddho) et de quelques autres personnes ressources dont Tidiane Kassé de l'institut Panos et l'ancien directeur général du "Soleil", Bara Diouf.
Ainsi le Premier ministre a pris sur lui l'engagement de mettre en contact son directeur de cabinet, Me Alioune Badara Cissé, avec les conseillers de Madiambal Diagne pour qu'ils trouvent ensemble la bonne formule pour vider le contentieux qui oppose l'Exécutif à la presse indépendante. Cependant, soucieux de ne pas ébranler le trépied sur lequel repose la République, les deux parties ont implicitement convenu que même dans le cas d'une libération provisoire de l'incriminé, celui-ci devra d'abord être entendu sur le fond du dossier. On lui reproche d'avoir signé un article qui peut susciter des troubles dans le pays.
La rencontre a duré plus d'une heure. Elle rappelle à bien des égards la démarche des chefs religieux de la région de Kaolack vers les autorités coloniales d'alors. Ne voulant plus du gouverneur de ce cercle, ceux-ci étaient allés voir le gouverneur général. Le porte-parole de la circonstance, Mame Cheikh Anta Mbacké, dit au gouverneur général qu'ils voulaient acheter la tête de celui qu'ils ne supportaient plus pour en faire un talisman qui serait bénéfique à leur région et au pays. Le gouverneur général leur répondit qu'il y avait plus facile, à savoir faire rentrer en France l'administrateur en question. Ce que fondamentalement les religieux voulaient. Ils acceptèrent, et il tint sa promesse.
Rappelons qu'il y avait devant Macky Sall, Mamadou Biaye et Aminatou Mohamed Diop du Quotidien, Sidy Lamine Niasse du Groupe Wal Fadjri, Abdoulaye Bamba Diallo de Nouvel Horizon, Alioune Fall du Matin, Yakham Mbaye du Groupe Com 7, Mamadou Omar Ndiaye du Témoin et porte-parole du comité. Ces responsables de presse se retrouveront d'ailleurs dans l'après-midi au siège du Quotidien pour peaufiner leur plan d'actions.
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