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Soudan: Le Congrès s'apprête à déclarer qu'un génocide a bien lieu au Darfour

Bruce Greenberg

14 Juillet 2004


Washington, DC — Déclarant que la crise humanitaire au Darfour constitue un exemple irréfutable de génocide, M. Sam Brownback (sénateur républicain du Kansas) a annoncé, le 13 juillet, que le Sénat allait procéder immédiatement à l'étude d'un projet de résolution condamnant le gouvernement soudanais et préconisant une intervention de la communauté internationale.

"Ce projet de résolution exige que l'Organisation des Nations unies et la communauté internationale prennent des mesures décisives. Le Soudan sera averti qu'il risque d'être mis au ban de la communauté internationale", a déclaré M. Brownback lors de la conférence de presse qu'il a donnée ce jour-là.

Les Etats-Unis, a-t-il dit, ont donné au gouvernement soudanais, il y a deux semaines, un délai suffisant pour qu'il prenne immédiatement des mesures en vue de désarmer les milices arabes djandjawids, d'assurer la sécurité de milliers de personnes déplacées ainsi que de donner au personnel des organismes de secours libre accès aux zones sinistrées. "A ce jour, rien n'a changé, a-t-il fait remarquer. Les deux semaines se sont écoulées."

Le gouvernement soudanais continue de nier que le Darfour fasse l'objet d'une forme quelconque d'épuration ethnique, même si des sources dignes de foi dans cette région continuent de prétendre le contraire. "Les réfugiés sont harcelés, et le personnel des organismes caritatifs étrangers n'a toujours pas accès aux zones où la situation est critique. Pendant que le monde débat ce qu'il convient de faire, des habitants du Darfour meurent."

M. Brownback a établi un parallèle entre le génocide rwandais il y a dix ans et ce qui se passe au Darfour. "Si le monde a attendu que 800.000 personnes périssent pour déclarer qu'un génocide avait bien eu lieu au Rwanda, a-t-il dit, il a aujourd'hui la possibilité de faire cesser les massacres au Darfour dès maintenant."

M. Brownback était accompagné de MM. Jon Corzine (sénateur démocrate du New Jersey), Donald Payne (représentant démocrate du New Jersey), Frank Wolf (représentant républicain de la Virginie), Tom Tancredo (représentant républicain du Colorado) et des membres de l'association des parlementaires noirs. Le projet de résolution du Sénat est semblable à celui soumis récemment par M. Payne à la Chambre des représentants.

"Il est temps que le Congrès agisse, que les Etats-Unis agissent, a dit M. Corzine. Plus de 30.000 personnes sont mortes. Il faut que cela cesse."

M. Brownback et M. Payne se sont récemment rendus au Darfour, et M.

Payne a fait état, lors de la conférence de presse, de tentatives faites par le gouvernement soudanais pour étouffer l'affaire.

"Nous avons vu, a-t-il dit, les pouvoirs publics et les milices djandjawids coopérer à de multiples reprises pour lancer des attaques contre des villageois. La police de Khartoum a tué des étudiants qui manifestaient pendant la visite officielle du secrétaire général de l'ONU, M. Kofi Annan. Des policiers ont empêché, à l'aide de fouets, des personnes de s'approcher de M. Annan et du secrétaire d'Etat, M.

Colin Powell, alors qu'ils visitaient des camps de réfugiés.

"Nous savons qu'il s'agit d'un gouvernement qui doit rendre des comptes. Nous devons faire de cette question une affaire pour laquelle le monde entier doit se joindre à nous."

De son côté, M. Wolf a déclaré que le problème fondamental n'était pas tant la livraison des médicaments et des vivres nécessaires, mais le droit de 1 million de personnes déplacées de rentrer dans leurs foyers. "Il nous faut suivre de près cette affaire et faire appel à des médecins légistes pour conserver les preuves susceptibles d'être utiles à l'avenir en cas de poursuites judiciaires pour crimes de guerre", a-t-il dit.

M. Wolf s'est déclaré d'avis que l'ONU devait envoyer, comme l'Union africaine, des observateurs chargés de suivre la situation sur le terrain.

"Lorsque Sam (Brownback) et moi étions au Soudan, des femmes nous ont indiqué qu'elles avaient été violées par des miliciens et que ceux-ci leur avaient dit que c'était parce qu'elles étaient noires. Une femme nous a déclaré qu'elle avait été violée pour donner naissance à un bébé de peau plus claire."

Le président de l'association qui regroupe 39 parlementaires afro-américains, M. Elijah Cummings, a quant à lui déclaré: "Les Etats-Unis ont l'obligation d'agir. Si nous n'agissons pas dès aujourd'hui, nous laissons la possibilité qu'un plus grand nombre de femmes soient violées et qu'un plus grand nombre d'enfants deviennent orphelins. Cela nous touche tous. (...) Il s'agit d'une question humanitaire. Notre monde est très petit, et nous sommes tous concernés."

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