Synthèse De Mamadou Diouf
16 Juillet 2004
L'Etat et le mouvement sportif vont lentement mais sûrement vers un nouveau partenariat.
L'atelier national de lancement de la politique sectorielle des sports qui a réuni mardi et mercredi derniers au stade Léopold Sédar Senghor les agents du ministère des Sports, les partenaires, les collectivités locales, les autres acteurs du sport (CNOSS, fédérations et groupements sportifs) et les sociétés est parti pour sceller cette entente. Les participants répartis autour de quatre commissions (cadre réglementaire, infrastructures, formation et encadrement, modernisation et financement) ont proposé les nouveaux contours que doit épouser le sport sénégalais ces dix prochaines années. En attendant la validation de ces propositions après les autres ateliers nationaux, rencontres régionales et autres tables rondes qui seront tenues d'ici à fin de l'année, nous vous faisons ici l'économie des principales propositions.
Cadre réglementaire
La Charte du Sport matérialisée par la loi N° 8459 du 23 mai 1984 qui, après la Constitution, compose le texte de base du sport national et le décret 76.040 du 16 janvier 1976 fixant les obligations particulières auxquelles sont soumises à but d'éducation scolaire et sportive les associations à caractère culturel, ont été passés en revue.
Concernant la Charte, ses faiblesses sont à chercher dans l'absence de texte d'application, son ancienneté et, par conséquent, son inadéquation avec les réalités du monde moderne et du sport international. Le flou qui entoure le contenu de la délégation de pouvoir et l'absence de corrélation de celle-ci avec la délégation de moyens financiers ont été notés. Pour ce qui est de la cogestion, il faut l'élargir au-delà de la simple cooptation.
Pour la cooptation par le ministère des Sports de certains membres des comités directeurs des fédérations, les acteurs du sport ne sont pas contre car pratiquée dans certaines fédérations internationales. Seulement, ils proposent la réorganisation de cette cooptation par la mise à la disposition des fédérations de personnes ressources ayant certaines compétences techniques. Les cooptés doivent êtres désignés avant les assemblées générales des fédérations et élus aux cours de celles-ci.
Des mandats de 2 ans ont été proposés pour les bureaux de fédération pour leur permettre de mener à bien les tâches qui leur ont été confiées. Le renforcement de l'option pour le professionnalisme, la protection des pratiquants par l'intégration de dispositions relatives à la lutte contre le dopage et l'obligation d'assurer les pratiquants font partie des suggestions.
Des organes comme le conseil national du sport doivent jouer leurs rôles. Le retrait de texte comme le décret 76.040 et son remplacement par un autre a été préconisé. L'élaboration de nouveaux textes pour les nouvelles filières de formation a été proposée. La systématisation des modes de fonctionnement des structures (vote, mandat) fait partie des propositions sans compter définition des statuts des stades.
Infrastructures
Le diagnostic porté sur les infrastructures sportives au Sénégal fait état de déficit dans la plupart des régions du pays (manque de piscines régionales), de la nécessité pour les disciplines émergentes et/ou jeunes comme la pêche sportive, la chasse et le tir, le tir à l'arc, le rugby, le sport auto-moto de disposer du soutien de la tutelle pour l'acquisition d'infrastructures. L'absence de salles fermées pour abriter des compétitions de hand-ball est un exemple. La réalisation des grands projets d'infrastructures sportives (arène nationale de lutte, hippodrome national, palais des sports, boulodrome national) fait partie des urgences. La gestion des réserves foncières destinées aux équipements sportifs pose problème par le non-respect par certains promoteurs immobiliers du code de l'urbanisme qui leur fait obligation de réserver des terrains de sport et équipements socioculturels. Le manque de réaction des pouvoirs publics devant cette situation et la désaffectation et le détournement de certaines réserves foncières comme celles du stade Léopold Sédar Senghor ont été déplorés. La sur-utilisation des stades a été identifiée comme première cause de la dégradation des infrastructures sportives et l'utilisation du gazon artificiel a été conseillée. La création d'une structure de contrôle des infrastructures sportives privées pour les obliger à se conformer aux normes de sécurité, et celle qui est au niveau de chaque stade national et régional d'un centre médico-sportif font partie des propositions retenues. Pour le financement de la construction des infrastructures sportives, l'exploration des possibilités offertes par l'Agence de développement municipal (ADM) et l'Agetip, et l'instauration d'un partenariat avec la coopération décentralisée et l'Association nationale des conseillers ruraux (ANCR) font partie des propositions. Pour l'optimisation des investissements et la rentabilisation des mesures comme l'adoption d'un texte réglementaire permettant aux stades nationaux de disposer d'un régime de recettes leur permettant de générer des ressources additionnelles, la création de complexes sportifs comprenant outre le stade, un centre d'hébergement, une salle de spectacle polyvalente, une salle pour les activités socioculturelles devrait être la nouvelle orientation. La "mutualisation" des espaces sportifs (partage d'un même stade par des disciplines) peut être une solution pour résorber le déficit.
Pour l'administration, la gestion et la maintenance des infrastructures sportives, des mesures d'accompagnement comme la formation de personnel spécialisé (dans l'entretien et la maintenance par exemple) ont été préconisées. La concertation et la bonne communication sur les compétences transférées entre l'Etat et les collectivités locales, l'incitation de ces dernières et les sociétés nationales et le privé à investir dans les infrastructures font partie des recommandations. Comme la décentralisation du budget consolidé d'investissement.
Modernisation et financement
Le constat établi sur le financement du sport sénégalais fait apparaître de sérieux dysfonctionnements. Parmi ceux-ci, un cadre réglementaire inadapté, un cadre de contrôle inefficace, un déséquilibre réel entre la part de l'Etat, principal bailleur de fonds du sport sénégalais, et les autres acteurs. Dans un contexte politique et économique marqué par la décentralisation et la libéralisation, les membres de la commission sont d'avis que les collectivités locales ne devraient plus réduire leur participation au financement du sport par des subventions aux associations sportives et culturelles et le parrainage de certaines activités. Les associations sportives et culturelles victimes d'un contexte législatif et réglementaire inadapté ont des difficultés à générer des ressources. L'absence d'une doctrine en matière de sponsoring, aggravée par un espace audiovisuel marqué par le monopole de la RTS, ne milite pas en faveur d'un bon marketing du produit sportif. La faible part du sport dans le budget de l'Etat du Sénégal (-1 %), la timidité de l'intervention du secteur privé, l'absence de contrôle efficace dans la gestion des associations sportives et aussi le déséquilibre entre d'une part le sport de haut niveau qui mobilise la quasi-totalité du budget et le sport de masse et d'autre part le football et les autres disciplines ont aussi été évoqués. Pour un développement durable du sport sénégalais, la mise en oeuvre de moyens comme l'organisation de la participation du privé par des mesures incitatives, notamment dans le domaine de la fiscalité, la signature de convention entre la RTS et le mouvement sportif, la multiplication des chaînes de télévision pour une meilleure vente du spectacle sportif, par une diversification de la demande, l'amélioration de la qualité du produit sportif est proposée entre autres réformes. La mise en place d'une doctrine de transfert des joueurs pour un plus grand profit de leurs clubs et de leurs fédérations, et de convention de contrat entre l'Etat et les collectivités locales ou les privés pour une gestion privée des infrastructures sportives, d'un crédit sportif pour le financement des manifestations sportives et l'harmonisation des actions de l'Etat et des collectives locales figurent parmi les propositions.
S'agissant de la modernisation, la commission demande le respect des textes régissant le sport, de dégager le profil du dirigeant sportif, une refonte des textes pour permettre aux clubs de s'adonner à des activités économiques et de mettre en place, de manière progressive, le professionnalisme.
L'encouragement à la mise en place de centres de formation de jeunes sportifs, de lycée sport-études, la promotion du statut de sportif non amateur d'abord et professionnel à moyen terme, la redéfinition des prérogatives du ministère, des fédérations et groupements sportifs pour une meilleure articulation des actions font partie des recommandations.
Dans nos prochaines éditions, nous reviendrons sur les propositions de la commission formation et encadrement.
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