Fraternité Matin (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Dr Amichia Magloire(secrétaire général du Synacass-CI) : pourquoi les médecins ont récusé le guide thérapeutique 2004

Elvis Kodjo

17 Juillet 2004


Abidjan — Le Syndicat national des cadres supérieurs de la Santé (SYNACASS-CI) a obtenu la suspension du dernier guide thérapeutique mis en oeuvre par la Mutuelle générale des fonctionnaires et agents de l'état.

Qu'est-ce qui suscite votre ire au sujet du nouveau guide thérapeutique MUGEF-CI au point de décider de suspendre la signature des bons de mutuelle ?

Au niveau du SYNACASS-CI, nous disons que le guide thérapeutique 2004 a été mal ficelé et il présente des tares en son sein. Le premier problème qu'il pose, c'est une entrave à notre liberté de prescription. Nous demandons donc à la MUGEF-CI de revoir ce point. Deuxièmement, il pose un problème d'information vis-à-vis du mutualiste. Nous jugeons que le mutualiste n'est pas suffisamment informé sur ce guide thérapeutique. L'information a été donnée aux médecins et aux pharmaciens, mais pas aux mutualistes. Nous pensons que la Mutuelle devrait prendre son temps pour informer de façon aussi largement que possible tous les mutualistes.

Le troisième problème qu'il pose, c'est que nous ne sommes pas conventionnés avec la Mutuelle. C'est vrai que nous ne faisons plus partie de la Mutuelle, mais il n'existe pas de convention entre la MUGEF-CI et les médecins. Il en existe une entre la MUGEF-CI et l'Etat de Côte d'Ivoire, entre la MUGEFCI et les assurances privées, entre la MUGEF-CI et les pharmaciens du privé, mais il n'existe pas de convention entre la MUGEF-CI et les médecins. Nous pensons qu'il est grand temps que la Mutuelle conventionne les médecins.

Nous disons, en conclusion, qu'il faut réviser le guide thérapeutique de fond en comble. Avec ce nouveau guide thérapeutique, il y a des maladies qui ne seront plus traitées, ou du moins, des médicaments pour traiter certaines maladies ne sont plus pris en charge par la Mutuelle. Nous disons que ça pose un problème de santé publique. Nous demandons donc à la Mutuelle de faire asseoir tout le monde : les médecins, les pharmaciens du privé, les entreprises pharmaceutiques, l'Etat de Côte d'Ivoire, le SYNACASS-CI, et discuter à afin de sauver ce bel instrument de solidarité. Voilà ce que nous avons demandé à la Mutuelle.

Qu'est-ce qui explique votre revirement, alors qu'il se dit que vous avez participé à la réunion de validation de ce guide ?

Il faut que dans ce pays, on apprenne à se dire la vérité. Est-ce que mettre son nom sur une liste de présence veut dire accepter tout ce qui se dit pendant cette réunion ? Effectivement, la MUGEF-CI nous a invités à deux séances de travail à Grand-Bassam. Il était convenu de se revoir après les recommandations faites pour voir si ces recommandations ont été acceptées ou pas. A notre grande surprise, le guide thérapeutique a été mis en route. Nous avons interpellé la MUGEF-CI pour lui dire " Attention, ça va poser problème ". Nous n'avons pas été entendus. Nous avons menacé de ne plus signer les bons de mutuelle ; nous nous sommes rencontrés le 15 juin, nous avons convenu d'une convention ensemble. Nous avons dit : " le problème qui se pose maintenant, c'est un problème entre mutualistes". Nous ne faisons plus partie de la Mutuelle, celle-ci doit donc gérer ses problèmes avec ses adhérents.

Aujourd'hui, nous apprenons que ce guide a été suspendu, selon les dires du Président du Conseil d'administration. C'est à l'honneur de la Direction et même des mutualistes que les incompréhensions, que tout ce qui n'est pas clair soit dit et que nous repartions tous dans de bonnes conditions.

Ce guide fait une part assez belle aux médicaments génériques. Il semble que c'est cela votre problème en réalité

J'apprécie bien cette question parce qu'il y a beaucoup de désinformation qui est faite. Il faut que les Ivoiriens apprennent à se dire la vérité. Dans le guide 2003, il y avait des médicaments génériques. Dans le guide 2004, il y aussi des médicaments génériques.

Depuis 1990, la politique de santé, en ce qui concerne les médicaments en Côte d'Ivoire, ce sont les médicaments génériques. Aucun médecin Côte d'Ivoire ne peut dire qu'il est contre les génériques. Il faudrait que la population le sache. Le problème que pose le guide 2004 n'est pas au niveau des génériques. C'est un problème de prix de référence.

Comment a été établi ce prix de référence ? Sur quelle base ? C'est à ce sujet que nous voudrions dire comme le politique, " asseyons-nous et discutons ". Tout le monde est pour le générique, ce n'est donc pas un problème de générique et poser le problème de cette façon constitue une désinformation.

Quid donc du code des affections, cette autre innovation du guide 2004 ?

Il faut revoir le guide de fond en comble. La MUGEF-CI a accepté qu'on révise le guide à la signature du protocole d'accord, le 15 juin 2004. Il faudrait effectivement qu'on le révise. Cette question fait partie de l'ensemble des problèmes qu'il faudrait régler pour que le mutualiste soit protégé. Il y a une relation entre le médecin et le client (le mutualiste). Nous sommes tenus de lui donner les meilleurs soins, de lui donner les meilleurs médicaments, en notre libre conscience. Nous sommes donc là pour garantir aussi les soins. C'est pourquoi nous demandons que le guide soit revu, à tous les niveaux.

Il se murmure que les médecins souhaitent être payés pour leur intervention sur les bons MUGEF-CI. Est-ce ce que vous traduisez par " nous voulons être conventionnées" ?

Il ne faut pas qu'on résume tout à de l'argent. Notre code de déontologie nous dit qu'il faut prescrire les médicaments sur une ordonnance. On ne nous a jamais dit à l'école qu'il faut prescrire les médicaments sur un bon de mutuelle, même si ces bons de mutuelle font office d'ordonnance. Il faudrait donc une convention -cette convention-là n'est pas forcément pécuniaire- qui lie la MUGEF-CI et les médecins. Vous savez que tous les médecins n'ont pas un code à la MUGEF-CI et que si vous êtes reçu par un médecin X qui n'a pas de code à la Mutuelle, vous êtes obligé d'aller chercher dans l'hôpital un autre médecin qui a un code pour qu'il puisse mettre ces médicaments sur le bon. Mais la responsabilité civile et pénale, incombe à qui ? A celui qui l'a consulté ou bien à celui qui a mis les médicaments sur le bon ? Voilà pourquoi nous demandons à la Mutuelle de signer une convention pour que tous ces problèmes-là soient réglés une bonne fois pour toutes afin que le patient n'ait pas peur d'aller rencontrer un médecin sous prétexte que ce médecin n'a pas de code à la Mutuelle.

Je ne voudrais pas qu'on résume tout à de l'argent, parce que ce n'est pas vrai.

Un mois après la signature du protocole d'accord, les choses évoluent-elles dans le sens que vous souhaitez ?

En notre sein, nous avons mis en place deux commissions, l'une pour recueillir les avis des camarades sur le contenu de la convention de partenariat et l'autre pour réviser le guide thérapeutique de fond en comble. Depuis le 17 juin, ces deux commissions travaillent d'arrache-pied. Nous comptons rencontrer la MUGEF-CI dans le courant du mois d'août pour lui proposer le premier jet de nos propositions. En tout état de cause, nous disons que nous ne sommes pas contre les mutualistes, ni contre la direction de la MUGEF-CI. Nous posons un problème concret de protection de la santé du mutualiste. On nous a taxés d'être contre la direction de la Mutuelle, d'être des revanchards parce que nous sommes sortis de la Mutuelle. Il n'en est rien. Nous sommes des hommes honnêtes, des hommes conscients et c'est dans ce sens-là que nous menons notre lutte.

Pour le profane, expliquez-nous par un cas pratique ce qu'est la notion de prix de référence et l'impact qu'il peut avoir sur les soins à donner au mutualiste

Le prix de référence n'a pas un impact sur la prescription en tant que telle. Il a un impact sur le pouvoir d'achat du mutualiste. Pour une maladie donnée, supposons que le prix de référence soit de 100F. Cela voudrait dire que sur 100F, la Mutuelle paye 70F et le malade 30 F. Si le médecin ne prescrit pas le médicament qui coûte 100F, mais 500 F plutôt, la Mutuelle s'autorise à ne payer toujours que 70F. 430 F seront payés par le Mutualiste. Vous voyez que nous sommes loin du rapport 70% - 30% qui fonde la MUGEF-CI. Le gap financier est supporté par le mutualiste. Nous disons " attention, le pouvoir d'achat de nos fonctionnaires est déjà très bas ; il ne faut pas les accabler davantage". Nous pensons qu'on peut trouver d'autres voies, étudier ensemble d'autres pistes de solution pour que cet instrument de solidarité demeure.

Les génériques n'ont-ils pas l'avantage de pouvoir garantir des prix de référence relativement bas ?

Il ne faut pas mettre en rapport prix de référence et génériques. Il y a des médicaments qui sont seuls dans leur gamme et auxquels on a donné un prix de référence. C'est pour cela que nous nous demandons sur quelle base a été calculé ce prix de référence. Il faut que tout le monde le sache : les laboratoires pharmaceutiques, les médecins, les pharmaciens du privé, les mutualistes.

Pour un médicament donné, il y a 30 ou 40 génériques. Dans ce lot, on choisit un seul comme référence alors que les prix des génériques ne sont pas uniformes. Il y a incontestablement une incongruité à résoudre.

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