Libération (Casablanca)

Maroc: Festival d'Agadir signes et culture Timitar ; les clés d'un succès musical

M'bark Chbani

18 Juillet 2004


Durant cinq jours, la ville d'Agadir a vibré au rythme de son festival «Signes et Culture Timitar» organisé, du 07 au 11 juillet 2004, par la wilaya d'Agadir et la Région Souss Massa-Draâ.

Cette nouvelle expérience intervient après plusieurs tentatives sans lendemain ( Fête de l'Orange, Foire d'Agadir, Festival des Arts Populaires, etc.) ou tout simplement abandonnées après quelques années d'organisation ( Festival des arts populaires africains ).

Après le Festival des musiques populaires et nomades dont le concept n'a pas du tout convaincu l'an dernier, la région a adopté une nouvelle approche cette année avec l'arrivée du nouveau président, M. Aziz Akhennouch . Conséquence immédiate : adoption d'un nouveau concept pour le nouveau-né qui s'appelle désormais : «Festival d'Agadir Signes et Culture Timitar» ; le thème choisi pour la première édition étant: «Les artistes amazighs accueillent les musiques du monde» . C'est ce qui explique une programmation à la fois locale, nationale et internationale .

Sur les trois sites du festival: place Al Amal, Théâtre de Verdure et terrain Bijaouane (ancien stade municipal du front de mer), on a vu défiler durant cinq soirées, artistes amazighs et artistes internationaux . Idir et Izenzaren Iggut Abdelhadi ont donné le ton lors d'une soirée d'ouverture inoubliable présidée par SAR le Prince Moulay Rachid . Dès lors, on savait que cette fois-ci allait être la bonne, d'autant plus que les organisateurs avaient mis toutes les chances de leur côté.

En plaçant un enfant de la cité à la tête de la direction artistique, en l'occurrence, M .Brahim El Mazned, un jeune passionné des musiques du Maroc et du monde, qui ne parle pas beaucoup, mais qui a acquis durant quinze années de pratique du métier, une grande expérience en matière d'organisation de concerts et autres, ici et ailleurs, chose que beaucoup ignorent .

C'est donc «cet oiseau rare» et qui était pourtant à portée de la main que les organisateurs du festival ont fini par dénicher.Il suffit tout simplement de les sortir de l'anonymat tout en leur offrant les mêmes chances de succès offertes à leurs pairs venus d'ailleurs. D'ailleurs, en réponse à une question à ce sujet lors de la conférence de presse qui a précédé la cérémonie d'ouverture du festival, M. Aziz Akhennouch, président du Conseil régional a été on ne peut plus clair là-dessus en disant: «Nous avons choisi M. El Mazned pour sa compétence». Et ceux qui méconnaissaient ce professionnel du spectacle ont fini par le découvrir lors de ce festival .Quelle autre preuve peut-on fournir, si ce n'est que tous les artistes programmés étaient au rendez-vous, les horaires étaient respectés, la qualité était là et le public aussi? Que pouvait -on espérer de plus?

Quant à la technique, le comité de pilotage a confié le travail à des professionnels qui connaissent parfaitement leur métier et qui disposent de tout le matériel nécessaire . Côté son et lumière, il n'y avait donc rien à dire . Et comme il nous l'avait promis avant le festival, le directeur artistique a tenu parole en offrant à tout le monde les mêmes conditions techniques accordées ailleurs aux artistes.

Donc, c'est pour la première fois, qu'on a vraiment senti qu'Agadir avait enfin son festival. Chaque soir, les Gadiris sortaient en famille pour aller voir les spectacles.La place Al Amal accueillait tous publics.Au Théâtre de Verdure, l'ambiance était plutôt familiale .Tout le monde y venait en famille même les organisateurs parce qu'on pouvait le faire dans de bonnes conditions. Quant au terrain Bijaouane, il accueillait chaque soir son public surtout jeune. On vivait des moments de joie immense dans une excellente ambiance.

D'ailleurs, le public gadiri en particulier et soussi en général, en vrai connaisseur, ne s'y était pas trompé. En effet, les trois sites du festival étaient tous les soirs archi-combles. Et malgré cela, tout cela se passait dans le calme et la discipline. A la fin de la soirée d'ouverture, des touristes étrangers ont été surpris de voir les 15 000 spectateurs qui s'étaient rassemblés sur la place Al Amal pour le concert d'Idir et d'Izenzaren Iggut Abdelhadi, quitter celle-ci à en moins d'un quart d'heure dans le calme et sans bousculade pour aller au Théâtre de Verdure où se produisaient Batoul Al Marouani, Nahawa Doumbia et Rayssa Fatima Tabâmrant, avant de terminer la soirée au terrain Bijaouane par les concerts des frères Akkaf, Inerzaf et Ojos de Brujo.

Et il en a été ainsi pendant toute la durée du festival .En assistant massivement au festival, le public gadiri a largement contribué au succès de cette première édition.Son apport aura été donc déterminant.Et les artistes qui l'on tout de suite remarqué n'ont pas manqué de le remercier pour son accueil très chaleureux.

Autre gage de réussite du Festival Timitar, la présence quasi permanente des organisateurs et particulièrement le wali, M. Mohamed Ali Ghannam et le président du Conseil Régional, M. Aziz Akhennouch .A les voir à l'oeuvre ensemble, on ne peut que les féliciter pour avoir su créer tant de synergie autour de cet événement culturel, artistique et économique régional qui a marqué le début de la saison estivale à Agadir .

M.Jalal Bernoussi, le directeur du Festival, quant à lui, n'a dû pousser un soupir de soulagement qu'à l'issue du dernier concert du festival donné au terrain Bijaouane par le groupe Oudaden qui a fait chanter et danser le public jusqu'à deux heures du matin. M. Bernoussi avait l'oeil à tout, et la discrétion de ses interventions et leur efficacité, n'avaient d'égales que sa simplicité, son humilité et sa gentillesse.

La réussite d'un événement de cette dimension ne saurait être l'affaire d'une seule personne . Il y a toujours des soldats qui travaillent dans l'ombre loin des feux des projecteurs . A ceux-là, nous voudrions rendre un vibrant hommage en particulier, aux jeunes artistes et techniciens locaux de la régie plateau et à d'autres jeunes gadiris qui ont participé à cette belle aventure.

Il ne faut pas oublier aussi l'apport de la Commune urbaine d'Agadir, du CRT, de l'A.I.H.A., de l'ONMT et des différents sponsors .

Les forces de l'ordre, la protection civile, Santé publique et Croissant Rouge Marocain étaient également à pied d'oeuvre pour toute la durée du festival.

Certes, le Festival d'Agadir Signes et Culture Timitar a remporté le succès escompté. Et malgré cette réussite, il demeure néanmoins perfectible de l'avis même des organisateurs.Aussi, et à l'instar des autres festivals, il est question de créer une structure permanente pour gérer cet événement annuel dont la deuxième édition est prévue du 02 au 07 juillet 2005.

Cette année, les premiers responsables de la wilaya et de la Région étaient en première ligne pour assurer le succès attendu .L'année prochaine, il appartiendra à la nouvelle structure qui pourrait être une association ou une fondation du Festival d'Agadir d'assurer le relais toujours avec le soutien, bien sûr, de la wilaya et de la Région Souss Massa Drâa et de tous les autres partenaires.

D'autre part, d'aucuns souhaiteraient qu'il y ait également un programme culturel en plus du Festival Off, très réussi d'ailleurs, qui a permis aux associations locales d'organiser plusieurs activités (exposition de peinture, de photographie, foire exposition, sport, poésie, création, théâtre amazigh, cinéma, musique, humour, etc).

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Si techniquement lumière et son étaient parfaits, on aurait aimé que la régie ne soit pas placée juste en face de la scène.Si celle-ci n'a pas gêné au Théâtre de Verdure, il n'en a pas été de même au terrain Bijaouane et surtout à la place Al Amal.En dégageant le devant de la scène, on permettrait au public de se rapprocher davantage de cette dernière et de pouvoir ainsi communier avec les artistes.Cette proximité est absolument nécessaire lors des concerts. Par ailleurs, au Théâtre de Verdure les artistes étaient placés presqu'au fond de la scène.Là encore, on aurait dû les rapprocher davantage du public, d'autant plus que les gradins sont loin de la scène.

On a aussi raté une occasion en or de promotion du produit «Agadir» et du festival .En effet, le noir a dominé sur tous les plateaux, alors qu'on aurait dû prévoir au moins un décor de fond qui apparaîtrait sur toutes les images de télévision et les photos de presse au lieu de ces rideaux noirs qui donnaient plutôt un air triste à la scène.Heureusement que la plupart des artistes n'avaient pas opté pour des tenues de scène en noir.

Au plan de la communication, on déplore l'absence de rencontres avec les artistes et de communiqués comme promis lors de la conférence de presse.De plus, le centre de presse disposait d'un nombre très limité de PC (trois en tout, dont deux seulement connectés à Internet ) et pas de scanner.

Agadir a donc réussi son premier Festival Timitar 2004 .Vive le Festival Timitar 2005.

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