Fraternité Matin (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Les grandes décisions ont horreur des atmosphères enfiévrées : Accra, la dernière chance?.

Michel Koffi

20 Juillet 2004


opinion

Abidjan — Seuls craquent ceux qui croient qu'il s'agit d'une partie de plaisir.

Dans dix jours, ou il fera jour ; couleur éclatante d'un jour nouveau, ou le temps prendra celle qui perdure, depuis le déclenchement en septembre 2002 de la rébellion armée, qui contrôle la moitié nord du pays. Temps gris. Temps de toutes les fureurs. Temps de toutes les indignations. Temps de tous les élans. Temps de toutes les peurs, qui renferment assurément ce que nous avons perdu : la paix. La paix avec nous-mêmes, la paix avec les voisins.

Que le Chef de l'Etat, Laurent Gbagbo, qui ne s'accorde nul répit, en ces temps pas si bons, parcoure le monde entier - presque - , à la recherche de ce bien le plus précieux, cela doit se comprendre. Comme un impératif majeur. Celui de donner à son peuple, ce dont il a le plus besoin, ce " préalable à tout développement " : la paix.

Nul sacrifice donc n'est plus grand que celui consacré à la recherche patiente, malgré les hoquets, de cette denrée cultivée depuis des lustres par les Ivoiriens. Qui ont, hélas, empruntant les chemins farouches de l'histoire, cessé de la cultiver, de l'entretenir comme la prunelle de leurs yeux.

Hier donc, le président ivoirien s'est encore donné le temps d'aller rencontrer à Rabat (Maroc) son homologue gabonais Omar Bongo Ondimba. Sans être dans le secret des dieux, le sujet de cette rencontre, avant Accra, est évident comme Noël en décembre : la crise ivoirienne. Quel message fort lui dira le président Bongo qui a été reçu le 11 juillet dernier, à Paris, par le président français Jacques Chirac ? Quel autre message de la même densité son homologue ivoirien lui dira, en retour ? Ce énième rendez-vous est capital. Il préfigure ce que sera Accra. Bongo-Gbagbo, ce n'est guère, nous semble-t-il, un mini-mini-sommet. C'est le sommet lui-même, d'où partiront toutes les décisions importantes. C'est-à-dire le mini-sommet avant la lettre. Un tournant décisif. Car il est bon, avant ce type de rencontre, que le médiateur de la " dernière chance " échange, sur une terre neutre, avec son homologue leurs lectures de la situation. Loin des passions de tous ordres, de tous les camps. Les grandes décisions ont horreur des atmosphères enfiévrées. Accra ne viendrait donc que pour entériner ce que Rabat en secret a préparé. Comme elle est donc grosse l'attente de ces millions d'Ivoiriens ! Temps de toutes les attentes que ce mini-sommet à Accra ( Ghana) le 29 juillet. Y seront toutes les parties ivoiriennes, de même que l'ex-rébellion, des Chefs d'Etat ouest-africains, l'Union africaine (UA) et l'Organisation des Nations unies ( ONU). ! Accra, la dernière chance, après le réglage de Rabat? Pourquoi ne pas y croire. Surtout que depuis quatre mois, l'Accord de Marcoussis ( France), signé en janvier 2003, est " quasiment au point mort ". Et que l'atmosphère politique, ici même, à l'intérieur des partis politiques, n'est guère reluisante. En témoignent les palabres tribalisés Ibrahim Coulibaly (IB)- Soro Guillaume et celle, récente, du député Kabran Appiah. Une sortie fracassante et parricide -. Récemment blâmé par son parti, le PIT, le bouillant parlementaire a dénoncé les bizarreries de son groupe politique. Ses griefs contre ses blâmeurs : culte de la personnalité, refus de la contradiction, etc. Mieux ou pire, c'est selon : " L'honneur du premier secrétaire général n'est rien du tout dans une organisation de gauche. Si on est militant de gauche, on ne doit pas parler de l'honneur d'un individu mais de tout le monde ". Pour " l'élève ", en somme, le Maître ne mérite pas de figurer dans l'arène politique. Il est candidat aux charges de premier secrétaire national et revendique les 2/3 des sections. Samedi dernier, à l'AG du collectif des sections PIT, " l'enfant " a parlé sec. Contre son " père ". Sans y mettre la forme et la manière. En attendant les 13- 14 Août, date du Congrès, j'imagine déjà la fureur des disciples du Maître. Toi, aussi Appiah !

L'UDPCI de feu Robert Gueï, lui, a maille à partir avec sa jeunesse. Après le "combat " des dignitaires qui n'est pas prêt de finir. Le PDCI surfe, le RDR attend son " bravetchê ". En attendant Accra III, réunis au sein du G7, ils font aussi leur voyage. Cotonou, Tripoli, etc., à la recherche de la paix. Pendant ce temps, les débats enfiévrés de l'Assemblée nationale réchauffent l'atmosphère. Et rendent le chemin qui devra conduire à la paix, si long, si long

Cette si longue crise nous aura appris une chose : le retour à la paix qu'on a perdue est un long voyage d'endurance, fait de patience à toute épreuve. Seuls craquent ceux qui croient qu'il s'agit d'une partie de plaisir.

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