Thiéry Gervais Gango
22 Juillet 2004
music review
La guitare est d'une langueur presqu'irrésistible. Douce, elle ruisselle comme de l'eau de source.
Acoustique, elle survole ces plages de désert, de sable et de verdure qui défilent quand elle chante "Kuna", titre de "Soki", le premier album solo qu'elle vient de mettre sur le marché euro-africain du disque. Ici, elle chante dans un Lingala et un registre qui rappelle fortement Pascal Lokua Kanza. Là, on dirait Sally Nyolo lorsque, soudain, la langue Eton surgit au détour de la musique roots et les arrangements de bonne portée. C'est une déesse gracieuse et majestueuse. Une reine au sourire ravissant. La nouvelle diva de la chanson camerounaise comme le monde de la musique afro-caribéenne vient de le proclamer. Un espoir dont la voix porte jusqu'aux rivières de la réjouissance. Sur l'écran de TV5, au cours du dernier rendez-vous de l'émission "Stars parade". Sur Rfi où Amobé Mevegue lui a déroulé le tapis rouge il y a deux semaines. A Paris où elle va d'émission en émission. Et de spectacle en spectacle. A Dakar où elle va se produire au mois d'août prochain. Au Canada où elle sera bientôt la reine d'un festival de musiques du monde. Mais pas encore dans ce Cameroun berceau de ses ancêtres où elle formule le voeu de se rendre, en triomphe, avec un album qui est dans tous les hits.
Elle, c'est Queen Eteme. Née Delphine Etémé un jour de l'année 1973 à Obala dans le Centre-Sud camerounais. Non loin de chez Sally Nyolo. Et, un peu comme Sally, bercée par la voix d'une grand-mère et d'une tante qui chantaient dans la pure tradition africaine, à l'occasion des deuils et mariages. Elle, c'est la petite chanteuse qui est passée, comme choriste, par la rigoureuse école de Manu Dibango et collaboré, un moment, avec son compatriote Gino Sitson. Ses biographies non officielles indiquent avec émotion "son travail auprès de la regrettée Carole Fredericks, que le grand public français a découvert avec Fredericks Goldman Jones". Fanny Tell parle de l'influence d'un grand-père mélomane pour expliquer l'amour pour la musique de la jeune Delphine qui quitte le pays à l'âge de 16 ans. Pour cette France où elle rêvait de faire des études de musique. Cette France qui la découvre en se souvenant que sa nouvelle reine black s'était déjà distinguée comme l'une des meilleures solistes alors qu'elle ne faisait que commencer dans une chorale de gospel composée de 100 chanteurs. En faisant remarquer, comme le note Fanny Tell, "une voix d'alto magnifique [et une] forte personnalité, dotée d'un charisme exceptionnel".
Son talent en fait un recours que s'offre et continue de s'offrir Paris. Sur les scènes et en studio. Chez Manu Dibango et avec Gino Siston comme susmentionné. Mais aussi avec Arielle Dombasle, les G'Squad, Wes Madiko, Tilt Key, Geoffrey Oryema, Cheb Mami Et, de manière particulière, la rencontre décisive, en 1998, avec Carole Frédericks. A l'époque Delphine, devenu, Queen, doute sur le chemin de l'ascension annoncée. Elle est complexée parce qu'elle n'a pas appris à écrire la musique dans ce Paris où presque tout le monde est passé par le conservatoire. "Carole m'a rassurée, elle m'a dit avec son accent si particulier : ce qui compte ma chérie, c'est de donner ta joie de vivre. C'est ton âme que le public doit sentir. Dans le milieu de la variété, c'était l'époque des boy's/girl's bands et des produits formatés. Les chanteuses étaient choisies pour leur physique plus que pour leur voix, et je me sentais assez mal à l'aise dans ce milieu où je ne trouvais pas ma place", confie-t-elle avec une marque de gratitude.
Les conseils sont décisifs. L'apport de Manu Dibango qui la prend par la suite dans son orchestre aussi. La petite perle travaille sans relâche (Eric Tavelli, professeur de chant de Lâam, Zazie ) sa voix si particulière, "capable de passer de la basse au soprano". Voix charmante. Irrésistible sur le premier album, "Soki". Une première sortie qui fait l'apologie de l'amour, de l'amitié et de l'espoir. Avec une bonne touche de gospel et de blues chantés en Lingala, Anglais, Français, Eton, Bassa. Avec une grâce qui rappelle Beti Beti. Avec une authentique tendresse. Un feeling qui rend son discours universel. D'autant plus universel que la musique, tout en puisant à la source camerounaise, va de rivage en rivage dans le choix de cette pluralité de souffles qui la porte.
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