Philippe Bama
23 Juillet 2004
Le jeudi 15 jeudi 2004 à l'amphi IV de l'UFR/LAC à l'université de Ouagadougou, a eu lieu la soutenance de la thèse de doctorat unique en lettres (option linguistique) de M. Diarra Luc, conseiller au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération régionale ; un travail de longue haleine qui avait pour thème : "Endogénéité lexicale du français au Burkina Faso, fondements linguistiques et sociologiques, perspectives didactiques et lexicographiques".
L'intérêt de l'étude était d'établir à partir d'une approche linguistique et sociolinguistique, les fondements de l'existence d'une norme endogène du français au Burkina Faso ; c'est-à-dire la façon dont les Burkinabè s'expriment en français. Autrement dit comment cette langue, qui assure de loin la première fonction communication au Burkina Faso, est-elle parlée par les uns et autres ? En effet, le français selon docteur Diarra Luc, une fois hors de l'Hexagone, connaît des particularités qui n'échappent pas à l'observateur averti sur les plans lexical, syntaxique, sémantique, prosodique... ; et cela parce que transplanté dans des communautés linguistiques qui avaient déjà leurs propres langues auxquelles il s'est superposé. Pour le travail abattu sous la direction du professeur Nikièma Norbert et du docteur Batiana André, tous du département de linguistique, deux questions principales ont guidé la recherche : qu'est-ce qui permet d'affirmer qu'il existe une norme endogène dans le lexique du français au Burkina Faso ? Et que faut-il alors envisager aux niveaux didactique et lexicographique ? Pour répondre à ce deux interrogations, le travail a d'abord consisté en une collecte de particularités lexicales aux fins de constituer un corpus et ensuite il a fallu élaborer deux questionnaires pour d'enquête dans les villes de Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Banfora et Fada.
Quel français enseigner au Burkina ?
Le Docteur Diarra fait remarquer que les attitudes de ceux qui utilisent le français révèlent une "insécurité linguistique" qui habite le locuteur (y compris l'enseignant) ; un phénomène qui est le résultat de la coexistence d'une norme endogène mal discernée et d'une autre exogène, qui jouit cependant d'un prestige chez le locuteur. Dès lors, il apparaît nécessaire de tenir compte de la norme endogène pour un enseignement mieux adapté à nos réalités et partant plus efficace. Et une prise en compte de cette réalité ne signifie aucunement que l'on enseignera un français "dévalué". Mieux, une nouvelle approche de la didactique du français en prenant en compte la norme propre au Burkina revient entre autres choses à rapprocher la langue de l'usage. Et le tout pour un enseignement mieux adapté et partant plus efficace pour toutes communications entre les populations, tout en préservant l'intercompréhension dans l'espace francophone et la préservation de la qualité du français. Un travail pour lequel le docteur a bénéficié d'un soutien de l'agence universitaire de la francophonie à travers une bourse de recherche au Canada ; c'est la mention très honorable plus félicitations du jury qui lui a été décernée.
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