L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Prévisions MCB : "La croissance économique chutera à 4,8 %"

Stéphane Saminaden

23 Juillet 2004


Port Louis — La production sucrière sera inférieure à la moyenne, la zone franche se contracte et le tourisme est quasi stagnant. La MCB se voit contrainte de revoir ses estimations.

La banque estime que le taux de chômage à juin 2004 devrait être de 10,6 % selon les dernières statistiques.

Le calcul est à refaire. Car les perspectives se dégradent dans les principaux piliers de l'économie. Ainsi, la Mauritius Commercial Bank (MCB) révise notablement ses prévisions de croissance économique. Alors que la banque avait prévu un taux de croissance de 5, 5 %, elle estime désormais que la croissance du Produit intérieur brut (PIB) sera de 4,8 %.

C'est ce qui ressort du dernier Economic Outlook de la MCB publié hier. La baisse est donc significative, représentant 70 points de base.

Les principaux secteurs économiques marquent le pas bien qu'une reprise économique plus robuste que prévue est notée au niveau mondial. La production sucrière sera inférieure à la normale, la situation dans la zone franche est de plus en plus difficile et le tourisme est quasi stagnant.

Malgré le bénéfice d'un effet statistique attribuable aux contre-performances de ces deux dernières années, la croissance sera de 4,8 % seulement et de 4,6 % en excluant le sucre. Le taux de croissance a été de 4,4 % en 2003.

Dans son analyse sectorielle, la MCB a travaillé sur la base d'une récolte sucrière de 590 000 tonnes, selon la première estimation officielle du Crop Monitoring Committee. Ce chiffre est inférieur à la moyenne de 620 000 tonnes mais une production de 600 000 tonnes demeure possible.

Pertes d'emploi

La MCB prend aussi note de la proposition de la commission européenne concernant une baisse du prix du sucre. Même s'il y a résistance face à cette proposition, une baisse de prix semble inévitable et cela exacerbera la difficulté financière de l'industrie sucrière dans le sillage du Sugar Sector Strategic Plan. "Le secteur sucrier et l'économie en général en seront affaiblis étant donné que les efforts de restructuration ne devraient pas payer de dividendes dans le moyen terme", soutient la MCB.

Au niveau de la zone franche, les analystes de la banque prévoient une contraction marginale de l'ordre de 0,5 % à 1 % tandis qu'en avril, ils avaient estimé qu'au pire ce secteur stagnerait avec une croissance zéro. En fait, la situation s'est assombrie pour la zone franche après un premier trimestre encourageant. Trimestre dans lequel les exportations avaient augmenté comparativement à celui de 2003.

Mais les choses n'ont pas duré. L'activité dans ce secteur demeure morose comme le témoigne les pertes d'emplois persistantes. Ceci est une indication que la phase de rationalisation est loin d'être terminée, constate le Chief Economist de la MCB, Gilbert Gnany.

L'incertitude persiste sur l'avantage comparatif découlant de l'accès préférentiel sur les marchés américain et européen. Toute la mesure de l'impact réel de l'abolition des quotas en janvier 2005 doit encore être évaluée et le fait que Maurice n'ait pas obtenu de dérogation pour l'importation de matières premières sous l'African Growth and Opportunity Act (Agoa) III n'est pas de bon augure.

D'un autre côté, il est peu probable que les mesures annoncées dans le budget concernant la zone franche aient un réel effet pour revitaliser le secteur.

Prévision "irréaliste"

Les perspectives ne sont guère meilleures concernant l'industrie touristique. La croissance du nombre de touristes a été de 0,1 % seulement au cours des cinq premiers mois de l'année. Avec un tel faux départ, la prévision officielle d'une croissance de 5,4 % cette année semble "irréaliste", estime la MCB. Elle prévoit ainsi un taux de croissance de moins de 3 %.

Surtout quand aucun développement positif concernant le marketing et la politique d'accès aérien n'est prévisible dans le court terme. "En effet, l'augmentation du budget de promotion est jugée insatisfaisante si l'on tient en compte la dépréciation de la roupie tandis que l'efficacité de l'Air Access Policy Unit annoncée ne s'est pas encore manifestée", ajoute la MCB.

Les analystes trouvent aussi que l'introduction d'un Tourist Arrival Fee peut peser sur les perspectives de ce secteur et plus particulièrement sur les marchés régionaux.

Tenant compte d'une croissance économique inférieure aux prévisions, la MCB a légèrement révisé à la baisse - à moins de 7 % - le taux de croissance du secteur bancaire. L'excès de liquidité au niveau des banques commerciales n'arrange pas les choses.

Au niveau de l'inflation, les analystes de la banque prévoient une légère remontée due à la hausse des prix du ciment, des produits pétroliers et du pain. Sauf changements majeurs, l'inflation devrait s'élever à 4,5 % pour dé-cembre 2004 contre 3,9 % en juin dernier.

STATISTIQUES

Le chômage préoccupe toujours

La MCB s'inquiète du taux du chômage. Le processus de rationalisation dans la zone franche et l'incapacité des autres secteurs à compenser les pertes d'emploi impliquent que la création nette d'emplois sera insuffisante face à la croissance de la main-d'oeuvre. Le nombre de chômeurs enregistrés a augmenté de 17,2 % entre décembre 2002 et décembre 2003. Quelque 900 travailleurs ont perdu leur emploi dans la zone franche au cours du premier trimestre 2004. "La forte augmentation du nombre de personnes qui se sont enregistrées comme chômeur depuis plus de trois ans est préoccupante. C'est peut-être une indication d'une croissance du chômage de longue durée qui pourrait avoir des implications négatives sur la productivité et contribuer au syndrome de l'hystérie", commente la MCB. La banque estime que le taux de chômage à juin 2004 devrait être de 10,6 % sur la base des dernières statistiques officielles. Contre 10,2 % en 2003. Toutefois, la MCB s'attend à ce que ce taux soit révisé après l'adoption d'une nouvelle base de calcul dans laquelle le "Multi-Purpose Household Survey" sera la principale référence. "Peu importe l'approche utilisée, le taux de chômage maintient sa tendance à la hausse ", ajoute la MCB. Les analystes plaident pour des réformes substantielles. Il faut accroître la productivité pour annuler l'impact négatif de la hausse du coût unitaire de la main-d'oeuvre. En parallèle à ces réformes, il faut déployer tous les efforts pour dynamiser l'investissement comme le souligne le budget. Les mesures annoncées à ce sujet auront probablement un effet somme toute limité. Les autorités le reconnaissent d'ailleurs implicitement car les révisions officielles indiquent une hausse marginale du taux de formation de capital brut qui passerait de 22,5 % à 23 % pour les exercices 2005-06 et 2006-07 respectivement.

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