Baba Coulibaly Nicolas
24 Juillet 2004
Depuis le 29 juin 2004, les crédits 2004 des services déconcentrés et les projets des collectivités décentralisées (Conseils généraux et communes) situés dans les zones ex-assiégées sont gelés.
Devant le mécontentement des Conseillers généraux, le Directeur de l'Economie M. Oussou Kouassy, dans une interview accordée le 17 juillet dernier à un confrère, est revenu à la charge, indiquant que «tous leurs crédits ne seront pas suspendus. Nous envisageons, a-t-il rappelé, seulement de suspendre les crédits de fonctionnement et de geler certains programmes».
Selon lui, on ne pourrait garder indéfiniment des crédits «oisifs» qui pourraient être utilisés autrement. «On ne saurait avoir un territoire fiscal coupé en deux et des dépenses qui s'étendent sur l'ensemble du territoire», justifie-t-il. En clair, le ministère de l'Economie et des Finances explique le gel des crédits de 2004 par le fait que ceux octroyés en 2003 sont restés inutilisés. Pourtant, toutes ces zones qui sont concernées par la mesure de suspension ont reçu leur budget à la fin de l'année, plus précisément en décembre 2003. Certains Conseils généraux situés en zone gouvernementale ont reçu en octobre le leur mais qui sont également restés intacts, sans être utilisé. Mais curieusement, leur budget n'est pas concerné par la mesure.
Le cas des Conseils généraux des zones ex-assiégées suscite beaucoup d'interrogations. Comment peut-on entrer en possession d'un budget seulement en décembre 2003 et exiger qu'il soit utilisé au cours de la même année quand on sait que les procédures d'appels d'offre prennent entre deux et trois mois à partir de l'acquisition du budget ? A qui est imputable le retard ? Aux Conseils généraux ou à l'Etat qui octroie les crédits ? Sur les cinquante-huit Départements que compte la Côte d'Ivoire, dix-huit sont frappés par la mesure. Et parmi ces Conseils, le RDR vient en tête et totalise dix (tous en zone assiégées), le PDCI, quatre, l'UDPCI, trois et le FPI, un. Ces dix-huit zones ont chacune 500 millions comme crédit d'investissement. Soit au total 9 milliards que le ministre de l'Economie entend geler.
La Côte d'Ivoire connaît, on le sait tous, une crise économique aiguë qui a même engendré en déficit budgétaire de 54 milliards. C'est-à-dire que les dépenses engagées dépassent de 54 milliards les ressources recouvrées. Le gel des 9 milliards leur permettra donc d'alléger ce déficit. Pourquoi sacrifier une seule zone pour chercher à combler ce déficit ? Outre cet aspect, le régime veut complètement étouffer à travers ces mesures, les populations vivant dans ces zones. Car déjà, les mairies ont vu leurs salaires et subventions coupés. Qui sont estimés à environ 20 milliards de nos francs. Depuis deux ans donc, ni maires, ni agents, ni populations ne sont assistés. Toute chose qui vient aggraver la paupérisation des administrés. Et c'étaient les Conseils généraux, à travers dons et autres subventions, qui permettaient à ces populations de survivre. En les privant de fonds, le régime entend obtenir ainsi un soulèvement populaire dans ces zones. En vue de faciliter le départ des hommes de Guillaume Soro. Ceci porte à croire que malgré les énormes sacrifices consentis par les Ivoiriens et la communauté internationale pour régler politiquement la crise, le régime ne pense qu'à la solution militaire. La communauté internationale présente chez nous par le biais de l'ONUCI restera-t-elle indifférente face à ce «génocide humanitaire» qui se dessine à l'horizon ?
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