Mounirou Fall
24 Juillet 2004
Au Sénégal on assiste de plus en plus à une époque de "désindustrialisation". Ce qui ne fait pas l'affaire d'une sous-région qui, avec ce qui se passe en Côte d'Ivoire doit inverser cette tendance si elle veut jouer un rôle plus actif dans l'économie mondiale.
A l'instar du Sénégal qui a expérimenté, durant la phase des ajustements le concept de "nouvelle politique industrielle" qui a débouché sur la liquidation quasi générale du tissu industriel local, le mot est aujourd'hui à la mise en place d'une nouvelle politique. Les deux termes de celle-ci ont pour nom la mise à niveau et le développement endogène. Après cette levée de contraintes, reste à faciliter l'application effective des règles communautaires.
Différentes approches se côtoient dans la mise en oeuvre de politiques dites de développement industriel. Celle qui est dite à "économie mixte" reconnaît le potentiel offert par les marchés mais en étroite collaboration avec des Etats forts et actifs est mise en orbite par les économistes dits "développementalistes". Ces derniers sont capables de mobiliser des ressources et des investissements et de veiller à assurer une plus grande équité aux Africains ordinaires. Méthode très critique à l'égard de certaines stratégies politiques et économiques adoptées par les gouvernements africains avant les politiques de libéralisation des années 80 et 90, même s'ils considèrent que les programmes d'ajustement structurel promus par la Banque mondiale et le FMI sont "extrêmement défectueux".
La politique industrielle - ou plutôt son absence - est une question qui revient particulièrement d'actualité. Mettant sur le même plan les méthodes précédentes d'industrialisation et les politiques interventionnistes de l'Etat, la Banque mondiale a adopté une position extrêmement opposée aux politiques industrielles. La libéralisation économique et la suppression de la protection de l'Etat en Afrique sont arrivées trop rapidement pour permettre à l'industrie de s'adapter.
Incapables de faire face à la grande compétitivité mondiale, à une époque où les investissements en Afrique de l'ouest étaient également en baisse, un grand nombre des nouvelles industries de l'Afrique ont dû réduire leurs ambitions ou fermer. Les exportations africaines de produits manufacturés ont énormément baissé. Même dans des pays tel le Ghana qui, à la fin des années 80, avaient connu une importante augmentation de la production industrielle et considérés comme modèle, la concurrence mondiale a entraîné un ralentissement régulier de la croissance industrielle. Entre temps, des programmes d'ajustement structurel ont encouragé l'exportation de matières premières et de produits agricoles fondant encore davantage le commerce de l'Afrique sur les produits primaires.
Les auteurs conviennent avec les partisans de politiques axées sur l'exportation que le commerce peut favoriser la croissance économique en Afrique, mais ajoutent que cela sera le cas en particulier quand un pays aura accru la part de produits manufacturés de ses exportations. A cette fin, les pays africains devront adopter des politiques explicites d'industrialisation, en s'inspirant du modèle réussi des Etats de l'Asie de l'Est. Même si l'initiative privée doit jouer un rôle important en faveur d'une industrialisation plus importante de l'Afrique, ces forces doivent être gérées par des politiques d'Etat interventionnistes appropriées afin de résoudre les déficiences d'ensemble du marché. Il faudrait donc "protéger les nouvelles industries en Afrique afin de leur permettre progressivement de mûrir et d'accroître leur compétitivité internationale".
Certes d'importantes réformes de politique économique sont en train d'être réalisées. Un des objectifs de ces réformes est de relancer les incitations pour les entrepreneurs et les compagnies privées afin de promouvoir les investissements, étendre et diversifier les activités de commercialisation et de transformation de produits. La réponse à l'offre n'a pas été remarquable. Alors que certains investissements et des changements structuraux initiaux sont apparu dans certains segments et des sous-secteurs spécifiques, l'émergence attendue dans l'activité agro-industrielle privée doit encore se matérialiser.
Cependant le processus de réforme des politiques n'est certainement pas achevé, on reconnaît de plus en plus qu'à elles seules de telles réformes n'entraîneront pas une réaction importante et efficace des négociants et industriels privés. Ce qui devrait logiquement conduire le gouvernement et les donateurs internationaux à évoluer vers des mesures plus directes pour promouvoir le développement du secteur industriel privé. Pour intervenir avec succès dans ce domaine, une plus grande connaissance du secteur privé au Sénégal est nécessaire - c'est-à-dire connaître les contraintes auxquelles il est confronté, ses modes et stratégies d'opération, et ses réponses variées à la libéralisation de la commercialisation et des marchés. Cette connaissance améliorée devra faciliter la conception des interventions qui soient consistantes avec les stratégies du secteur privé en même temps qu'on retient des objectifs de développement plus étendus.
Mounirou FALL
Existe-t-il une réelle vision de développement industriel ?
A travers les pays de l'Uemoa, il existe une grande inquiétude publique et politique que la libéralisation des marchés et la réduction de l'activité des sociétés parastatales aura comme conséquence soit une nouvelle domination étrangère, ou un rôle disproportionné de certains groupes financiers étrangers. Cette inquiétude est à la base de l'opposition aux programmes de privatisation.
Dans presque tous les pays de l'Uemoa, une grande partie de l'activité de transformation et de commercialisation tournée vers le marché intérieur des produits alimentaires est réalisée par des entreprises autochtones et des particuliers. De tels opérateurs prédominent dans les petites activités informelles qui répondent aux besoins de la majorité des consommateurs locaux. Parmi les entreprises moyennes et plus grandes, les situations sont plus variées. En dépit des réformes macro-économiques et des changements dans les codes des investissements, il y a eu relativement peu de nouveaux investissements étrangers au cours des dernières années. L'investissement qui s'était produit a généralement été le fait des entreprises ayant une longue expérience établie dans de la région et qui envisagent de diversifier ou de réorienter les opérations existantes.
La majorité des engagements additionnels des compagnies étrangères dans des aliments à très haute valeur s'est manifestée à travers la gestion et les contrats de commercialisation, la fourniture d'équipements, et les services de consultation, plutôt que l'investissement direct. Pendant que l'instabilité macro-économique et le contrôle des marchés résiduels ont affaibli les incitations à l'investissement dans l'agro-industrie privée, d'autres dimensions de l'environnement opérationnel - notamment une mauvaise infrastructure physique et un faible développement du marché financier - continuent de réduire la capacité des firmes privées et des entrepreneurs à répondre efficacement aux opportunités du marché qui existent.
L'inefficacité relative des infrastructures de communication et de transport en Afrique de l'ouest pose des problèmes logistiques importants et aggrave les coûts de transaction. Ce qui met aussi en évidence la faiblesse des marchés financiers en Afrique qui se traduit par un accès très limité aux sources formelles de crédit par les petites et moyennes entreprises et des coûts relativement élevés, des exigences de garantie élevées, et des options limitées de financement pour des entreprises plus grandes.
Etant donné l'expérience complexe du secteur privé et la réaction généralement lente aux réformes de politique macro-économique et sectorielle, il importe que les décideurs politiques trouvent les voies et moyens pour stimuler la confiance du secteur privé, particulièrement en augmentant la transparence des procédures d'élaboration et d'exécution des politiques. Les décideurs politiques doivent en même temps voir au-delà des seules réformes de marché et aborder la plupart des contraintes additionnelles auxquelles sont confrontés les opérateurs de l'industrie privée.
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