Entretien réalisé par Boga Sivori
24 Juillet 2004
interview
"Bohoun Bouabré casse des édifices publics : la population déçue du FPI". Telle est le titre qui barrait la première page du quotidien "Le Nouveau Réveil" n°789 du mercredi 7 juillet 2004.
Dans un article, le ministre d'Etat a été accusé d'avoir manipulé le maire de Saïoua, docteur Solou Gnoleba, afin de détruire les murs en construction de l'inspection primaire que M. Tétialy Fructueux se proposait d'offrir à Saïoua. "Notre Voie" a approché le maire pour en savoir plus sur cette affaire.
Monsieur le maire, l'on vous accuse d'avoir détruit les murs de l'inspection primaire en construction que l'un de vos administrés, en l'occurrence M. Tétialy Fructueux, se proposait d'offrir à votre commune. Est-ce vrai ?
Merci de nous donner l'occasion d'éclairer l'opinion sur cette affaire dont on voudrait se servir pour salir le ministre d'Etat Bouhoun Bouabré. Alors qu'il n'y est nullement impliqué. Il s'agit de l'utilisation de l'îlot 96 qui est une réserve administrative. Une réserve administrative, c'est, par définition, un espace réservé pour recevoir la construction d'édifices publics. Et il se trouve qu'un de nos frères, en dehors de toute procédure légale et réglementaire, a commencé à exploiter cet îlot à des fins personnelles. Evidemment, sans qu'il ait les documents administratifs qui lui permettent d'effectuer des travaux sur cet espace. Malgré plusieurs interpellations par courrier, de la part de la mairie, par personnes interposées et même par des contacts avec le maire, il n'a pas voulu arrêter les travaux. Dans ce genre de situation, il relève de la compétence et même du devoir du maire de faire démolir les locaux construits en dehors de toute procédure légale en la matière. C'est la raison pour laquelle après plus d'un mois de tractations infructueuses, nous avons ordonné la démolition du mur du bâtiment.
Comment est-ce possible que M. Fructueux exploite sans aucune autorisation une réserve administrative ?
Le comportement de M. Fructueux a été malheureusement initié et encouragé par le sous-préfet de la localité, M. Ohouochi. Qui est le président de la commission d'attribution des terrains urbains dans laquelle siège toutes les parties. Normalement dans les communes, c'est la mairie qui procède au lotissement des terrains, fait leur mise en valeur par l'ouverture de rues, l'adduction d'eau et l'électrification. C'est seulement après cette opération que la mairie met à la disposition de la commission les terrains susceptibles d'être attribués.
Dans le cas d'espèce, en dehors de cette procédure et de toute autre procédure légale, Monsieur le sous-préfet a verbalement attribué l'espace en question à M. Tétialy. Celui-ci a aussitôt commencé sa mise en valeur sans en référer à la mairie. Donc, nous l'avons aussitôt interpellé pour lui dire qu'il n'avait pas le droit de construire sur cet espace. Pendant que la mairie était en discussion avec M. Fructueux, le sous-préfet engageait une procédure d'attribution frauduleuse. Il remet à cet effet une lettre d'attribution fait sur du faux à M. Tétialy.
Selon les informations en notre possession, M. Tétialy a bel et bien payé les frais de bornage. Comment cela a pu être possible ?
C'est à ce niveau-là que le faux est plus pernicieux. Car le sous-préfet a remis à M. Tétialy un avis de versement avec l'entête de la sous-préfecture alors cela doit être fait avec les documents de la mairie. La conséquence est que cet avis de versement ne comporte ni le code de la mairie, ni sa ligne de crédit sur laquelle les frais de bornage doivent être versés. Donc s'il est vrai que M. Tétialy a effectivement payé les frais de bornage, ce n'est sûrement pas à la mairie qu'il les a payée.
Monsieur le maire, vous dites bien qu'il s'agit d'une réserve administrative destinée à recevoir un édifice public. Mais il semble que M. Fructueux voulait justement bâtir sur l'espace en question l'inspection primaire qui est un édifice public
On ne se lève pas comme ça pour construire un édifice public qui par essence doit être une propriété de l'Etat. Ce genre d'édifice répond à un plan type. La vérité est que M. Tétialy voulait construire un bâtiment lui appartenant qu'il se proposait de louer à l'Etat pour y loger l'inspection primaire selon le plan arrêté avec le sous-préfet. Dans ce cas, l'intéressé fait une demande en bonne et due forme pour obtenir un terrain sur lequel il bâtit son bâtiment muni d'une autorisation de construire. Après quoi, au moyen d'un contrat de bail, on peut le mettre à la disposition de l'Etat.
M. Tétialy est de la même région que vous. Alors est-ce que vous avez épuisé toutes les voies de règlement à l'amiable avant de prendre les mesures que vous avez prises ?
Nous avons épuisé toutes les voies possibles valables en pareilles circonstances. Les faits remontent à 2003. J'ai dans un premier temps envoyé en vain vers mon jeune frère nos parents, c'est-à-dire les chefs traditionnels. Ensuite, au mois de juillet 2003, au cours d'une réunion des cadres qui s'est tenue chez le ministre Désiré Tagro, il avait été demandé à Tétialy de laisser l'espace en question afin que le maire lui trouve un autre terrain dans une procédure accélérée. Ce à quoi nous avions accédé sans problème. Mais là aussi, il n'a pas voulu entendre raison. Enfin, récemment, j'ai voulu le rencontrer personnellement dans son bureau, mais il a refusé de me recevoir. Il ne nous restait donc plus que la procédure administrative. Mais je voudrais dire que la mairie demeure disposée à aider M. Tétialy à obtenir un autre terrain s'il le désire.
Certains individus racontent que vous voulez attribuer ce terrain au ministre d'Etat Bohoun Bouabré et que vous agissez sur ses instructions
C'est tout cela qui nous surprend et nous intrigue. Le fait qu'on veut à tous les coups associer le nom du ministre d'Etat Bohoun Bouabré à une affaire qui ne le concerne nullement. Cet espace était bien là quand Monsieur le ministre d'Etat a fait la demande d'un terrain en bonne et due forme qui lui a été accordé. Cet espace qui, rappelons-le, est une réserve administrative est destinée à recevoir la construction des locaux de la recette municipale. D'ailleurs, les travaux de ce bâtiment avaient commencé quand profitant de mon voyage en France, M. Tétialy et le sous-préfet ont chassé l'entreprise qui en avait la charge pour s'installer. Il a ensuite utilisé les matériaux de l'entreprise pour monter son mur. Jusqu'à ce jour, les entrepreneurs ne sont pas encore revenus. Ce qui retarde les travaux de la construction de la recette municipale depuis deux mois.
Comment expliquer l'entêtement de M. Tétialy?
Je n'arrive pas à comprendre pourquoi il s'entête à vouloir exploiter cet espace et pourquoi il refuse toute discussion. Et pourtant c'est un jeune frère qui m'avait toujours laissé une bonne impression et pour qui j'ai beaucoup d'estime. Mais quand on voit l'activisme du sous-préfet, on se dit que cette affaire doit en cacher bien de choses. Le temps nous le dira.
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