L'Observateur Paalga (Ouagadougou)

Burkina Faso: Lotissement de Boulmiougou : le casse-tête de Séraphine

Issa K. Barry

26 Juillet 2004


Le maire de l'arrondissement de Boulmiougou, Mme Séraphine Ouédraogo, a organisé une conférence de presse le vendredi 23 juillet 2004. Objectif : le bilan à mi-parcours des lotissements, les problèmes majeurs qui les ont jalonnés, particulièrement les cas de fraudes constatées et les solutions trouvées ou préconisées.

Les lotissements, dans l'arrondissement de Boulmiougou, ont démarré par la mise en place d'une commission ad'hoc et de sous-commissions dans les différents secteurs concernés. Ce sera d'abord le recensement des habitations, qui a démarré en 1999 pour les secteurs 16, 17 et 19 et en septembre 2002 pour le secteur 18-Zongo. Une troisième phase a consisté au choix des caissiers devant percevoir les souscriptions, dont les montants ont été fixés par ces deux commissions. Enfin, la dernière phase sera l'attribution proprement dite, qui a débuté le 16 juillet 2001 pour le secteur 19, le 2 février 2002 pour le secteur 17, et le 29 avril 2004 pour le secteur 16. Aujourd'hui, dans ces secteurs concernés par le lotissement, des parcelles ont été dégagées et réellement attribuées : 500 parcelles pour le secteur 16, 13 000 pour le 17 et 12 000 pour le 19, les attributions n'ayant pas encore commencé à Zongo. En plus de ces attributions, un millier de parcelles a été rétrocédé au Programme d'aménagement du grand Ouaga, en vue de permettre aux personnes à revenus moyens d'acquérir à coût raisonnable des parcelles viabilisées. De l'argent a été encaissé pendant ce lotissement. Les recettes proviennent entièrement des contributions. Le taux des contributions varie d'une catégorie à l'autre. 35 000 Fcfa pour les résidents, 50 000 F pour les résidents absents et 75 000 F pour les simples demandeurs. A cela, il faudra ajouter 1 000 francs par bâtiment recensé. Ainsi, après les dépenses, se trouvent dans le livret d'épargne de la Caisse populaire la somme de 555 222 895 Fcfa. Précisons que le lotissement n'est pas terminé. Il est toujours en cours.

Komsilga réclame ses terres

On le sait, un lotissement du genre ne se fait pas sans difficultés. D'abord, il y a cette lenteur dans les attributions, qui pousse bien des riverains à faire le pied de grue toute la journée, attendant vainement la commission. Un journaliste n'a pas manqué d'interpeller le maire sur ce désagrément, qui pèse particulièrement sur les femmes, obligées de rester de 8 h à 15 h sous un soleil de plomb, pendant que "les membres de la commission, à l'ombre des parasols, arrivent quand ils veulent et parlent comme ils veulent. Pitié pour les femmes !", implorera-t-il à la fin de son intervention. Il y a également eu ce problème, lié aux lotissements, entre Komsilga et l'arrondissement de Boulmiougou. Le Préfet de Komsilga ayant été approché par les populations de Sonré, au motif que les terres appartenant à leur localité ont été loties par Boulmiougou. Ces populations réclamaient donc une contrepartie de 1603 parcelles. Quant aux populations du secteur 17, elles rétorquent en disant qu'il s'agit de leurs champs de culture, qu'elles ont toujours exploités. Face à cette situation de litige, qui risque aujourd'hui de dégénérer, les autorités locales et celles de Sonré ont multiplié les concertations, procédé à des sorties sur le terrain, mais pour l'instant, le problème de délimitation n'est pas résolu, chaque partie campant sur sa position. Pour le cas spécifique de Zongo, la difficulté majeure est venue du nombre exhorbitant de recensés. Pour 15 000 parcelles prévues, la commission a recensé 52 693 postulants. Chose curieuse, on y a recensé 7 000 résidents seulement. Après des concertations, dira madame Séraphine Ouédraogo, "il a été décidé de la mise en place d'un comité de contrôle". Il y a eu également d'autres imprévus, notamment la bande verte, ceinture d'arbres qui est censée entourer la ville de Ouagadougou. Bien que les plans de lotissement aient été adoptés par la commission provinciale d'aménagement du territoire, cette bande verte n'a pas été prise en compte. Ainsi, il fallait donc supprimer 1109 parcelles au secteur 16, 4004 au 17 et 2000 au 19.

Joël le Terrible

Naturellement, des individus adeptes du gain facile n'ont pas hésité à se faire des "feuilles" durant cette procédure de lotissement. Tous les scénarios ont donc été mis en place pour atteindre cet objectif. Des faux documents (reçus de paiement, cachets, feuilles cartonnées) en passant par l'usurpation de titre et les fausses promesses d'attribution de parcelles. Durant cette conférence de presse, le nom qui était sur toutes les lèvres était celui de Zongo Joël, conseiller municipal. Les journalistes présents n'ont pas manqué de marquer leur étonnement face à sa nomination dans la commission d'attribution vu qu'il n'était pas à son premier forfait. Le maire précisera qu'il n'est pas membre de la commission, mais plutôt observateur. D'ailleurs, précisera-t-elle, ce statut, il le doit à la pression de la population, qui tenait à le voir dans la structure. Pourquoi avoir cédé à la pression ? demanderont certains journalistes. "Vous savez, il est difficile de ne pas céder un peu parfois, d'autant plus que nous travaillons pour la population, et avons été élus par elle. Et d'ailleurs, si nous avions totalement cédé à cette pression, Joël Zongo serait membre de la commission". Toujours est-il qu'aujourd'hui, la plupart des auteurs de malversations sont au frais. Tiisnaba, qui "passait tout le temps à faire des déclarations à l'Observateur paalga", a été arrêté, dira le maire. Joël Zongo et son fils ont été interpellés, ainsi que son épouse, qui a été relaxée. La liste des interpellations, à entendre Mme Ouédraogo, n'est pas close, car les plaintes continuent. "Force doit rester à la loi," assènera-t-elle.

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