Malick Ndaw
26 Juillet 2004
opinion
Telle que vécue en Afrique et au Sénégal en particulier, la retraite obéit à une constante: les difficiles conditions de vie des retraités. Obtenir sa pension ressemble bien souvent à un véritable parcours du combattant. D'où la pertinence de régimes complémentaires.
La modicité de la pension. C'est la caractéristique première de la retraite au Sénégal, du moins pour la plupart des retraités qui vigotent sous le régime par répartition, et dieu sait qu'ils sont nombreux. Pourtant, en dépit de la modicité de la pension, certains retraités s'en sortent plutôt bien, faisant plus envie que pitié. La raison est toute simple. Ils ont préparé leur retraite. Il n'empêche, ici ou ailleurs, surtout ici, la retraite perd chaque jour un peu plus de son caractère noble pour être perçue comme une fatalité, voire une sanction. Aller à la retraite rime alors avec condamnation à mort.
Le régime de retraite tel que connu au Sénégal qui, en 2003, comptait environ 118 000 retraités, secteurs public et privé confondus, entre frustrations et la maltraitance dont sont victimes les retraités, a cessé, depuis longtemps, d'être ce qu'il devrait être. Aussi, la situation des retraités est tout sauf reluisante et les retraités ont de plus en plus de mal à percevoir leurs maigres, très maigres pensions. Dans ces conditions, le retraité boit le calice jusqu'à la lie. Pour entrer en possession de sa pension, c'est à un véritable parcours du combattant qu'il doit se soumettre en dépit parfois d'un état de santé précaire.
La faillite du système
Selon une récente publication du Bureau international du travail (BIT) intitulée « social security pension, developpement and reform », 90% de la population mondiale en âge de travailler ne sont pas couverts par des régimes de retraite de nature à leur garantir un revenu suffisant. La mauvaise gestion d'une grande partie des régimes existants aggrave la situation et expose une large part de la population mondiale à la pauvreté durant la vieillesse. D'une manière générale, les régimes de retraite sont très faibles et en proie à de fortes pressions sur leurs trésoreries. Ce constat s'applique également à l'Afrique de l'Ouest particulièrement au Sénégal, où les différentes structures ont de plus en plus de mal à trouver les ressources pour payer les pensions.
Les causes sont multiples, mais deux retiennent particulièrement l'attention. Il y a d'abord le ratio retraite/fonctionnaire ou retraité/cotisant ensuite le taux de recouvrement. Le ratio retraité/cotisant se détériore de plus en plus et grève largement la trésorerie des structures chargées de gérer les retraités. Cette détérioration s'explique pour sa part par deux raisons essentielles : Le chômage qui est grandissant à cause, entre autres éléments, des licenciements consécutifs à la privatisation tout azimut et à la récession économique. Des centaines de travailleurs du secteur privé se sont retrouvés subitement sans emploi.
Le second facteur c'est la retraite anticipée suggérée ou imposée, c'est selon, par les bailleurs de fonds et destinée à réduire le budget de fonctionnement des Etats africains sous ajustement.
Solidaire oui, individuel aussi
Face à cette situation, il demeure un constat: le régime de retraite classique comme le système par répartition, a atteint ses limites depuis longtemps, alors qu'il existe, au Sénégal notamment, des régimes complémentaires de retraite. Comme de bien entendu, il ne s'agit pas ici de jeter le bébé avec l'eau du bain, mais bien de compléter l'existant avec un autre système.
Le régime complémentaire de retraite permet de compléter le régime de retraite de base pour les salariés du privé. La retraite complémentaire est d'abord un avantage. Elle se vit sur ce mode, mais à condition, pour le bénéficiaire, de connaître ses droits et, surtout, de savoir les faire valoir le moment venu.
Le régime 'par capitalisation', par ailleurs très usité par les compagnies d'assurances au Sénégal, est un parmi d'autres régimes complémentaires. Certes avec ses avantages mais aussi ses inconvénients. Cependant, il est bon de savoir la différence qu'il y a entre un régime " par répartition " et un régime " par capitalisation " , pour se faire une idée plus précise des deux.
Comme son nom l'indique, le premier est collectif et solidaire entre les générations : concrètement, les cotisants paient pour les retraités actuels. Le régime par capitalisation, quant à lui, est personnel. La retraite sera proportionnelle à l'effort d'épargne personnelle réalisé et aux intérêts dégagés sur la période.
En somme, il apparaît encore que l'évolution démographique pèse sur l'équilibre des régimes de retraite par répartition. Les salariés et indépendants cotisent à des régimes obligatoires, mais ils ne peuvent connaître précisément le montant des revenus sur lesquels ils pourront compter lorsqu'ils décideront de cesser leur activité. Les niveaux de prestations de ces régimes ne sont pas garantis et les droits à pension des personnes, dont la retraite n'a pas encore été liquidée, peuvent être modifiés. D'où la pertinence de régimes complémentaires.
La problématique est d'ailleurs partie pour faire l'objet d'une réunion à Dakar, le mercredi 28 juillet prochain, entre différents acteurs du privé sur une initiative de la Fédération sénégalaise des sociétés d'assurances (Fssa).
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2004 Sud Quotidien. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.