TOURE Moussa
26 Juillet 2004
Avant Accra III, il y a déjà eu Accra III. La diplomatie africaine, drivée par Omar Bongo Ondimba et placée sous la férule française, s'est déjà mise à l'oeuvre pour dessiner les contours de l'accord politique qui sortira du conclave d'été en pays ashanti.
Après avoir écouté tous les animateurs du G7 et reçu les émissaires de la mouvance présidentielle, les chefs d'Etat africains et la France sont tombés d'accord sur un pacte politique articulé autour de deux points : les élections de 2005 et le désarmement des combattants.
Selon des personnalités commises à la rédaction de ce pacte, l'on est arrivé à la conclusion qu'il sera malaisé d'arracher à Gbagbo la signature d'une délégation de pouvoirs pleine et entière au profit du Premier ministre. Gbagbo se sent assez amoindri et rejette toute idée de se dépouiller au profit de Seydou Diarra, qu'il considère comme le poulain que la communauté internationale prépare pour prendre son fauteuil, au cas où. Donc il n'y aura pas de forcing autour de la délégation de pouvoirs. En revanche, sur le premier point focal, celui des élections, il n'y aura aucune concession. Tous les chefs d'Etat sont unanimes à dire qu'il faut en 2005, des élections ouvertes et transparentes. Décrypté, cela donne : tous les leaders politiques qui veulent se présenter aux prochaines élections doivent absolument pouvoir le faire. Autour de cette idée force, l'unanimité a été faite que la charge reviendrait à l'ONU d'annoncer officiellement que tous les leaders politiques ivoiriens qui voudraient affronter le suffrage universel, seront autorisés à le faire. Et, corollaire de ceci, l'organisation de ces élections sera confiée à l'ONU qui s'appuiera pour cela sur les structures existantes. Dans la foulée, une résolution sera adoptée qui demandera aux différents groupes parlementaires de voter les lois concernant ces élections. Il s'agit des lois sur la Commission Electorale Indépendante (CEI), la nouvelle loi sur l'Identification des personnes, la loi portant réforme du code de nationalité, la réforme de l'article 35 de la Constitution. Toutes les autres lois de Marcoussis (les lois sur le financement des partis politiques, sur l'enrichissement illicite, sur la presse, sur l'état de santé du Président ) ne feront pas partie des priorités. On estime que n'importe quel pouvoir élu après 2005 peut s'en charger, sans problèmes majeurs. On demandera également à Gbagbo de céder sur le cas des trois ministres radiés du gouvernement. Le principe est acquis, il reste que le chef de l'Etat manifeste quelques réticences à reprendre Soro Guillaume. Mais ces réticences, nous dit-on, ne sont pas insurmontables.
Marcoussis, nous affirme une de nos sources haut placées, sera réorienté à Accra, vers une plus grande efficacité politique. «C'est un accord politique, et c'est politiquement seulement qu'il peut être appliqué. Donc nous sommes allés directement au coeur des blocages majeurs, en laissant de côté toutes les contradictions qui ne nous semblent pas les plus prégnantes» di-elle pour expliquer que certains pans de l'accord ont été abandonnés. En principe, selon le deal, l'ONU annoncera dès le mois de janvier que tous les acteurs politiques ivoiriens qui le veulent, peuvent être candidats. En contrepartie, s'active automatiquement le deuxième volet de l'accord : le désarmement. Dès que l'ONU annonce les candidatures, elle engage le désarmement. Les Casques Bleus devront se déployer principalement dans les zones tenues par les Forces Nouvelles, en jonction avec la force Licorne, pour commencer la collecte et le contrôle des armements. De telle sorte que le jour des élections, il n'y ait aucune faction portant des armes, exceptées des brigades régulières de gendarmerie et de police.
Les médiateurs estiment que cet accord a des chances de tenir s'il est parrainé par l'ONU, notamment son Conseil de sécurité. Lequel Conseil, en principe, sera représenté à Accra pour bien indiquer, aux uns et aux autres, les risques qui pèsent sur eux. L'engagement très fort des médiateurs africains tient au fait que tous sont convaincus, qu'au-delà de 2005, il n'est plus possible de contenir le risque de dévaluation que fait peser la crise ivoirienne sur l'ensemble de la zone franc. Pour eux donc, Accra passe ou bien l'empêcheur de faire la paix se casse.
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