Fraternité Matin (Abidjan)
Jean-Baptiste Akrou
26 Juillet 2004
Abidjan — Malgré un échange de courrier en décembre dernier, il semble toujours exister un conflit de compétence entre Gbagbo et Diarra.
Dans notre édition du jeudi 18 décembre 2003, nous avions proposé à nos lecteurs (en exclusivité) deux lettres qui semblaient indiquer qu'une solution définitive avait été trouvée à la question de la délégation de pouvoirs. Dans une correspondance en date du 12 décembre 2003, en effet, le Président de la République, M. Laurent Gbagbo, écrivait ceci au Premier ministre : " Je souhaite vous confirmer que la délégation de pouvoirs dont vous disposez, conformément à l'article 53 de la constitution, vous permet de mettre en oeuvre, d'ici les échéances électorales d'octobre 2005, l'ensemble des dispositions du programme de Paris ". Dans sa réponse en date du 15 décembre 2003, le Premier ministre Seydou Diarra a écrit ceci : " J'accuse réception de votre lettre en date du 12 décembre 2003 dans laquelle vous me confirmez la délégation de pouvoir dont je dispose d'ici aux échéances électorales d'octobre 2005, conformément à la constitution, pour la mise en oeuvre de l'ensemble des dispositions du programme de l'accord de Linas-Marcoussis ".
Adama Dahico, le plus sage des humoristes nous enseigne ceci " quand vous voyez deux personnes se battre pour un billet de 1000 F c'est qu'il y en a une qui veut s'approprier 600 F ". A la faveur du dialogue avec le G7, l'on a vu une nouvelle proposition de délégation de pouvoir qui équivaut à un transfert total des compétences du Président au Premier ministre. Avec le pouvoir de signer les décrets. C'est que Marcoussis a des formulations qui prêtent à confusion. Bien évidemment, chaque camp met à contribution ses juristes pour exploiter les failles décelées ici et là dans la rédaction de ce texte dont voici l'intitulé exact : " Il (le gouvernement) disposera, pour l'accomplissement de sa mission, des prérogatives de l'exécutif en application des délégations prévues par la constitution ". Le camp du Premier ministre invoque la phrase qui stipule que le gouvernement de réconciliation aura besoin pour son fonctionnement des prérogatives de l'exécutif. Déduction facile: le Premier ministre prend la place du Président de la République, appelé à inaugurer les chrysanthèmes. Le camp présidentiel exploite en sa faveur la restriction subordonnant la délégation de pouvoir à ce qui est prévu par la constitution : il assimile les pleins pouvoirs exigés en faveur du Premier ministre à un coup d'Etat constitutionnel. En définitive, on tourne en rond. C'est bien dommage car les priorités s'entassent les unes sur les autres.
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