Le Patriote (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Après avoir violemment attaqué Bédié : Laurent Bbagbo crée ses clubs de soutien

Charles Sanga

26 Juillet 2004


C'est une tare originelle que traîne le Président Gbagbo depuis son accession «calamiteuse» au pouvoir. Son régime est nettement impopulaire. Son incapacité à gérer la situation de guerre dans laquelle il a plongé le pays pour ne pas l'avoir vu venir en rajoute au rejet dont ils sont l'objet.

De plus, les conditions de son élection tronquée du fait de l'élimination arbitraire de deux candidats sérieux (Konan Bédié et Alassane Ouattara) ne parlent pas en sa faveur. Elu seulement avec 59,36 % des suffrages exprimés, avec un taux de participation de 37,42 %, Gbagbo est conscient de la faiblesse du soutien populaire qui doit être le sien dans cette période de turbulence politico-militaire. Alors qu'en pareilles circonstances, un Chef d'Etat doit chercher à rallier autour de son programme de gouvernement une majorité sociologique et politique qualifiée. L'étroitesse de son assise politique oblige l'ex-Président du FPI à se retrancher derrière une pratique qui a court sous les tropiques, mais aussi, et surtout, sous les dictatures : la création de clubs de soutien. Nous en avons dénombré au moins une quarantaine qui vivotent autour de Laurent Gbagbo. Cette situation de guerre ne peut pas tout expliquer. Gbagbo doit, non seulement affronter les Forces armées de l'ex-rébellion, mais aussi son opposition politique qui a formé un bloc contre la forfaiture. Il a recruté des jeunes désoeuvrés pour former ce qu'on appelle «le gouvernement de la rue». Aujourd'hui, en plus de l'»Alliance des jeunes patriotes pour le sursaut national» de Blé Goudé Charles, plusieurs ONG, des syndicats et des responsables de partis politiques ont succombé au charme des espèces sonnantes et trébuchantes. En deux ans, Gbagbo et son entourage ont fait pousser comme des champignons plus de clubs de soutien qu'en a fait le PDCI-RDA pendant près de cinquante ans de gouvernance. La société civile du moins ce qu'elle en donnait l'air retourne casaque. Gomé Hilaire, Koudou Evariste, Bro Grébé Geneviève qui ont été manipulés pendant un certain temps ont jeté le masque. Il en est de même pour Mahan Gahé (Dignité) et Niamien Messou (SYNARES). Sous prétexte de «sauver la République», ces derniers ont aliéné les syndicats qu'ils dirigent derrière le parti au pouvoir.

L'opposition a même été secouée. S'il lui a été difficile de débaucher de grosses têtes, Gbagbo a fait avec de seconds couteaux. Au PDCI, Laurent Dona Fologo a créé le RPP. Au RDR, Roger Gnohité a créé l'UPR. Au PIT, Kabran Appiah est à pied d'oeuvre. Cette manière de faire du patron de la Refondation répond à un seul souci : instrumentaliser la rue et museler l'opposition. Ces traits sont caractéristiques d'un despotisme et d'une dictature.

Parlant de dictature, il y a longtemps que le Président Gbagbo a déçu une large partie de l'opinion internationale. Même parmi ceux qui l'ont aidé à évincer le Général Guéi. Celui qui, bien avant 2000, lançait l'idée de «l'alternative démocratique en Côte d'Ivoire» et de la «Refondation» a vraiment déçu. Ses amis de la Gauche politique en France ne le reconnaissent plus.

De 1990 à 2004, Gbagbo a changé. Un langage nouveau a fait place aux anciennes pratiques sous le régime du parti unique. Le culte de la personnalité, le train de vie de l'Etat va à une vitesse vertigineuse. Le copinage et le clientélisme ont refait surface. Un rapport d'une mission dans le premier trimestre de l'année 2003 commandité par le Parti socialiste français diagnostique que le Président Laurent Gbagbo s'est installé dans des conditions «très imparfaites» et se révèle être incapable de «se placer au-dessus des forces qui poussent à la radicalisation». Selon le rédacteur du rapport, le député Régis Passerieux qui a désormais en charge le dossier ivoirien au PS français, Gbagbo ne répond plus aux exigences de l'Internationale socialiste. Pour Eric Blesson, député socialiste de la Drôme, «Laurent Gbagbo est peut-être membre de l'Internationale socialiste mais, c'est un dictateur». Car, selon lui, il s'est rendu coupable de «dérapes évidents».

On le voit donc, le régime de la Refondation ne scintille plus à l'image de l'immense espoir qu'il a apporté chez nombre d'observateurs avec son discours novateur en terme de gouvernance et de démocratie.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2004 Le Patriote. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Côte d'Ivoire

Rubriques