Fraternité Matin (Abidjan)
Soungalo Kone
26 Juillet 2004
analyse
Abidjan — Le jour s'est levé sur Lomé la capitale togolaise. Il fait plutôt frais mais les zemidjan, c'est-à-dire les taxis motos ont déjà pris en otage les rues. Le premier contact avec le siège de la CICARE, cette compagnie panafricaine dirigée depuis trois mandats par un Ivoirien, M Kipré Digbeu, laisse quelque perplexe.
Difficile de croire que cette compagnie qui se porte plutôt bien et c'est peu dire, soit si à l'étroit dans un tout petit immeuble d'un seul niveau. Difficile aussi de croire que les zemidjan et autres chauffeurs de taxi ne connaissent pas la localisation exacte de la CICARE. " Il fallait dire que tu vas au centre culturel français ", fait remarquer un chauffeur de taxi. CICARE ou réassurance ne sont pas pour lui des indications précises. Ils sont légion à ne pas savoir grand-chose de la réassurance.
C'est une activité très peu connue du grand public qui prend pourtant de plus en plus forme en Afrique. Deux compagnies, AFRICARE et CICARE, essaient de rivaliser avec les grands groupes mondiaux représentés sur le continent. Le résultat d'exploitation de la CICARE pour l'année 2003 traduit la bonne santé financière de cette compagnie portée sur les fonts baptismaux il y a environ 13 ans. En effet, c'est le 24 septembre 1981 à Paris que les plénipotentiaires des douze Etats membres signaient l'accord portant création de la Compagnie Commune de Réassurance des Etats Membres de la CICA (CICA- RE). Cette naissance s'inscrivait en droite ligne du processus engagé au lendemain des indépendances et dont l'un des objectifs essentiels était d'instaurer une large coopération dans le domaine de l'assurance en Afrique. Bénin, Burkina, Cameroun, Centrafrique, Congo, Côte d'Ivoire, Gabon, Mali, Niger, Sénégal, Tchad, Togo, sont les douze Etats qui se sont regroupés depuis 1962 au sein de la CICA aujourd'hui devenue CIMA. Cette dernière demeure l'institution qui a lancé tous les grands projets dont les structures animent aujourd'hui tous les secteurs concourant au développement de l'industrie des assurances.
C'est d'abord l'Institut international des Assurances de Yaoundé qui a été créé afin de former des hommes capables d'animer les industries d'assurances nationales à même de tenir la dragée haute aux sociétés étrangères opérant en Afrique. " Mais en raison de l'étroitesse des marchés et de l'importance des risques assurés, une grande partie des primes acquises fuyait vers les pays développés par le biais de la réassurance ", confie une source proche de la Direction générale de la CICA-RE à Lomé. Dans le but de freiner cette sortie préjudiciable de capitaux, la Banque africaine de développement (BAD) a amené les Etats africains à créer la Société Africaine de Réassurance (AFRICA RE) dont le siège est à Lagos. " Les Etats membres de la Conférence internationale de contrôle d'assurance (CICA) ont néanmoins jugé opportun de compléter cette action par la création de leur compagnie de réassurance ", précise le Directeur général de la CICA-RE. Ainsi naissait la CICA-RE, créée donc pour maintenir dans la zone les flux financiers qui pouvaient s'échapper par le biais de la réassurance. En dépit d'obstacles divers liés à la nature même de l'activité et des actions de concurrents de premier plan niveau mondial, elle a tout de même pu jouer pleinement sa partition. Son chiffre d'affaires est passé d'environ 696 millions de FCFA en 1984 (année marquant le démarrage officiel des opérations) à près de 3,5 milliards l'année suivante, puis à un peu plus de sept milliards de F CFA en 1994 pour enfin culminer à environ 16 milliards de F CFA en 2003.
Cette société dont la première assemblée générale constitutive a eu lieu le 26 novembre 1982 a pour objectifs principaux de souscrire les opérations de réassurance conventionnelle ou facultative pour toutes les catégories d'assurances ; aider à la création et au fonctionnement d'institutions nationales et sous-régionales d'assurances et de réassurance et fournir une assistance technique à ces institutions ; investir des fonds dans les pays membres afin de favoriser leur développement ; fournir une assistance technique aux pays membres toutes les fois qu'il est possible de le faire, en matière d'assurance et de réassurance ; favoriser les échanges et la coopération commerciale entre les institutions nationales, sous-régionales et régionales africaines d'assurances et réassurance.
Lomé, Brazaville, Cotonou, Niamey, Yaoundé, Yamoussoukro, Bamako, N'djamena, Dakar, Libreville, Ouagadougou sont autant de villes qui ont abrité les assemblées générales successives de la CICA- RE. Réélu en juillet denier, l'actuel Directeur général compte profiter de cet autre mandat de cinq ans pour doter la CICA-RE dont le capital social est passé de 600 millions à six milliards de F CFA, d'un siège à la dimension de ses ambitions. Un chantier qui est du reste déjà bien avancé au moment où les comptes de l'entreprise affichent un bénéfice net de près de 916 millions de F CFA contre 668 millions en 2002. Les dividendes correspondant ne seront pas pour autant repartis entre les Etats membres puisque certains n'ont pas entièrement libérés leurs parts.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2004 Fraternité Matin. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.