Fraternité Matin (Abidjan)

Afrique: La réassurance en Afrique : un marché porteur, mais à risque

Soungalo Kone

26 Juillet 2004


Abidjan — La réassurance, à l'instar de l'assurance classique, prend de plus en plus de l'importance en Afrique.

Mais la dimension des sinistres couverts en fait toutefois un secteur beaucoup trop sélectif. Tous les pays africains ou presque comptent aujourd'hui au moins une compagnie de réassurance qui fonctionne avec plus ou moins de bonheur même si cette activité est pour des raisons diverse méconnue. La réassurance est l'activité par laquelle un réassureur prend en charge moyennant rémunération, tout ou partie des risques souscrits par un autre assureur. L'assureur initial répond seul et intégralement des engagements qu'il a pris à l'égard de ses propres assurés, mais le réassureur s'engage à lui rembourser tout ou partie des sommes dues ou versées aux assurés pour les sinistres. La réassurance permet ainsi d'apporter une solution au problème posé à l'assureur par le conflit entre les exigences commerciales et les impératifs techniques. Elle permet une véritable multiplication des possibilités de souscription d'une société d'assurance et le réassureur lui-même peut y avoir recours pour se décharger de la portion d'acceptation qui dépasse ses propres moyens.

" Un sinistre très important, même s'il ne met pas en péril l'équilibre annuel de l'entreprise d'assurance, peut provoquer une crise de trésorerie qui peut aboutir sur la cessation de paiement " apprend-t-on de source proche de la CICA-RE. En Afrique cette activité est pourtant d'apparition récente même si elle constitue un important élément de stabilité pour les assurés car elle offre l'avantage de repartir entre plusieurs sociétés les risques qu'elles garantissent. Au-delà des compagnies nationales, deux sociétés panafricaines sont désormais devenues incontournables. Il s'agit de AFRICA-RE et de la CICA-RE qui bénéficient toutes les deux de certains avantages qui leur ont été concédés par les Etats.

C'est en 1962 au Cameroun, sur recommandation de la Banque Africaine de Développement (BAD) que 36 Etats membres de l'Organisation de l'Unité africaine (OUA) signaient avec ladite institution l'accord portant création de la compagnie africaine de réassurance (l'AFRICA-RE) dont le siège se trouve à Lagos au Nigéria. Elle compte aujourd'hui 42 Etats membres et la BAD en est l'actionnaire le plus important. Afin de permettre aux sociétés cédantes, c'est-à-dire les compagnies d'assurances, de participer davantage à la vie de la société et d'être associés à sa gestion, un tiers du capital a été ouvert en 1992. L'AFRCA-RE a pour objectif de promouvoir le développement des activités nationales d'assurance et de réassurance dans les pays africains, favoriser la croissance des capacités de souscription et de rétention nationale, régionales et sous régionales et soutenir le développement économique en Afrique. Pour ce faire, elle entreprend un certain nombre d'activités dont la souscription d'affaires de réassurance conventionnelles ou facultatives, la création et la gestion de pools, la contribution à la création d'institutions d'assurances et de réassurance à tous les niveaux, l'investissement de fonds en Afrique pour aider au développement du continent etc. Trois bureaux régionaux sont ouverts à Casablanca au Maroc pour l'Afrique du nord, Nairobi au Kenya pour l'Afrique Orientale et Australe, et Abidjan pour les pays francophones. Cette société s'est développée dans un environnement économique difficile caractérisé par une récession persistante et des dévaluations successives des monnaies locales qui ont provoqué la contraction du volume des primes en termes réels ainsi que des pertes de change.

Conformément aux termes de l'accord portant création de l'AFRICA-RE, la société reçoit une cession légale de 5% sur tous les traités de réassurance des compagnies opérant dans les Etats membres.

A l'instar de l'AFRICA RE, la CICA- RE bénéficie de quelques avantages concédés par les Etats membres afin de lui permettre de conforter sa surface financière. Ainsi toutes les sociétés de droit national opérant sur leur sol cèdent 15% de tous leurs traités de réassurances à la CICA-RE . Quant aux autres sociétés c'est-à-dire les sociétés étrangères, elles sont tenues de céder 5% des primes directes afférentes à toutes les branches d'assurances à l'exception de la branche automobile.

" l'octroi de privilège aux marchés locaux, notamment aux réassureurs, était une mesure essentielle destinée à assurer la réussite initiale te la croissance de l'industrie. Nombre de compagnies ont su tirer profit de cette situation. Et sont à l'heure actuelle suffisamment fortes pour soutenir la concurrence " confiait récemment M. Joseph ASEFFA, secrétaire général de l'Organisation des assurances africaines (OAA).

Ces deux figures de proue de la réassurance en Afrique demeurent néanmoins pratiquement confinées en Afrique malgré le contexte de globalisation économique actuelle. L'une des raisons majeures de cette situation c'est que dans des zones tel que l'Europe ou les Etats-Unis, les sinistres de responsabilité sont hors de prix. Du moins selon le directeur général de la CICA-RE. Cela a permis néanmoins aux compagnies panafricaines de ne pas trop faire les frais de l'attentat du onze septembre 2001 aux Etats-Unis au moment ou la réassurance globale était durement impactée. En effet, ce sinistre a constitué un choc pour la profession, compte tenu de l'ampleur des sommes à payer au titre des différentes polices d'assurances qui ont été touchées. La saignée financière qu'il a induite a entraîné un réajustement tarifaire qui s'est traduit par une hausse des taux au renouvellement des affaires pour l'exercice 2002.

D'autre part dans un contexte de globalisation et de coopération à tous les niveaux il est incompréhensible que ces deux assureurs ne collaborent pas plus étroitement. " je concède que nous devons avoir plus de contact direct avec AFRICA-RE pour pouvoir discuter de certaines stratégies. Nous l'avons fait par le passé. Nous continuons de le faire mais je suis d'avis qu'il convient maintenant de passer à une vitesse au dessus en intensifiant la coopération pour le bien-être des marchés francophones d'Afrique sur lesquels nous sommes considérés comme les leaders " reconnaissait il y a à peine un an M Digbeu Kipré.

Tendances :Récurrence

C'est une lapalissade d'affirmer qu'en général les Etats africains ne se pressent pas pour libérer leurs participations financières dans les différentes organisations sous régionales ou panafricaines. Le fonctionnement de bien des structures ou encore l'exécution de nombre d'opérations ont été ainsi maintes fois hypothéqués faute d'argent. Qu'il s'agisse de maintien de la paix dans un pays en conflit ou de simple coopération économique sous-régionale, il y a constamment des pesanteurs financières dues à la difficile mobilisation des ressources. Les Etats traînent en général les pieds quand il s'agit de délier la bourse. Une situation imputable pour partie aux fortes pressions qui pèsent en général sur les finances publiques.

Air Afrique ou plutôt la nouvelle Air Afrique n'a jusque-là pas pu voir le jour. L'une des raisons principales est encore d'ordre financier.

Le respect par chacun des engagements contractés ne semble pas toujours la chose la mieux partagée. Un autre exemple patent de cet état de fait est donné par la constitution du capital social de deux principaux réassureurs africains: AFRICA-RE et CICA-RE. Selon nos sources, à la création de l'AFRICA-RE le montant libéré sur le capital autorisé représentait la moitié de la valeur des actions souscrites par la BAD et les Etats membres fondateurs dont la prise de participation était déterminée en fonction de la taille des marchés d'assurance respectifs.

De sorte qu'au lieu de distribuer des dividendes on procède plutôt régulièrement à la constitution de réserves techniques et au report des bénéfices afin de renforcer la base financière de la société

Il en est de même au niveau de la CICA-RE. Du moins selon le Directeur général de cette institution qui a réalisé au cours de l'exercice 2003 un bénéfice de près d'un milliard F CFA.

Selon nos sources cette manne a fait l'objet d'intenses discussions au cours de la dernière assemblée générale. Les douze Etats membres n'ont pas tous libéré les parts souscrites lors de la recapitalisation de la compagnie panafricaine. Faut-il distribuer des dividendes à ceux qui ont libéré entièrement leurs parts en ignorant les actionnaires qui ne sont pas à jour de leurs cotisations. Peut-être que cela aurait été un bon début. Peut-être que cela aurait incité désormais les uns et les autres à faire davantage d'efforts pour honorer leurs engagements.

Repères

ZIMBABWE: l'incendie qui a ravagé les locaux de United Bottlers/Anglo-American le 4 avril 2002, a occasionné un sinistre estimé à 553,63 millions.

Un autre sinistre incendie survenu à Modzone le 28 novembre 2002 a été évalué à 884,8 millions de dollars US.

MAROC: l'incendie de la raffinerie de SAMIR le 25 novembre 2002 a donné lieu à un sinistre estimé à 150 millions de dollars US .

ALGERIE: le 23 octobre 2002, le sinistre incendie survenu à l'usine TAPIDOR pourrait coûter 5,89 millions de dollars US.

BENIN: trois incendies d'entrepôt de coton affectant les compagnies ci-après se sont produits.

Compagnie cotonnière du Bénin le 4 juillet et le 1er août 2002 pour des montants estimés à 715 millions FCFA et 180 millions CFA respectivement.

SAGA- Bénin le 5 août 2002 pour un coût de 8000 millions FCFA.

BURKINA FASO: le sinistre incendie de SITARAIL survenu le 12 février 2002 a été évalué à 1 milliard FCFA.

CÔTE D'IVOIRE: le coût prévu du sinistre incendie de CIPREL le 12 décembre 2002 est de 4 milliards FCFA.

GABON: l'explosion qui a eu lieu à SUCAF le 14 septembre 2002 a occasionné un sinistre estimé à 4 milliards FCFA.

LIBYE: Le sinistre incendie survenu le 19 mars 2002 à la station de stockage de la National Oil Corporation n'a pas encore été estimé.

SENEGAL: les incendies qui ont eu lieu les 21 mars et 21 novembre 2002 à la SONACOS ont occasionné des sinistres qui devraient coûter 4,44 milliards et 1,75 milliard FCFA respectivement.

TUNISIE: Le sinistre incendie qui a frappé la fabrique de chaussure EVOL/JALPOS le 6 août 2002 a été estimé à 10,2 millions de dollars US .

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