Le Journal de l'Economie (Dakar)
Abibou Mbaye
19 Juillet 2004
Voilà plus d'une semaine que notre confrère Madiambal Diagne séjourne en prison. La presse sénégalaise, dans une quasi unanimité, et une large opinion publique demandent sa libération immédiate sans condition. Les autorités font la sourde oreille en multipliant les campagnes d'intoxication. Une marche et une deuxième journée sans presse en perspective.
Trois chefs d'accusation auront suffi au procureur pour inculper M. Madiambal Diagne, directeur de publication du journal Le Quotidien, avant que le doyen des juges ne le place sous mandat de dépôt :' Diffusion de fausses nouvelles, publication de rapports et de correspondances strictement confidentiels du ministère de l'Economie et des Finances et actes et manouvres de nature à compromettre la sécurité publique ou à occasionner des troubles politiques graves. » Nous sommes le vendredi 9 juillet 2004. Madiambal a été entendu par les éléments de la gendarmerie de Thiong avant d'être transféré au tribunal régional de Dakar sis au Bloc des Madeleines.
La presse sénégalaise vient de recevoir un coup dur et la liberté de la presse reçue une douche froide. La démocratie sénégalaise chantée sur tous les toits du monde vient de dégringoler. Les patrons de presse qui étaient venus le soutenir n'en revenaient pas. Un responsable politique qui avait élevé la voix pour dénoncer l'arrestation de Madiambal Diagne, Mahmout Saleh, est rudoyé par les forces de l'ordre avant de rejoindre lui-même notre confrère dans la cellule pour le motif ' outrage à agent dans l'exercice de ses fonctions ».
La riposte de la presse s'est sentie dès le lendemain de l'arrestation de Madiambal avec la publication par l'ensemble des quotidiens d'un éditorial intitulé ' Tous contre le Monstre ».
Madiambal passera un week-end à la prison centrale de Rebeuss dans des conditions vite décriées par son avocat Me Boucounta Diallo ' une cellule avec 108 autres détenus ». Le week-end sera long certes pour notre confrère, mais il le sera davantage car la presse a choisi de le prolonger en décidant le lundi 12 juillet, une journée sans presse. Une journée que suivront tous les quotidiens de la place sauf le Soleil, Scoop et Wal Fadjri. Les autres périodiques hebdomadaires pour la plupart vont tous différer leur parution c'est le cas du Journal de l'Economie, du Témoin, de Nouvel Horizon et de Safari Hebdo. Les radios quant à elles distilleront de la musique révolutionnaire d'Alpha Blondy qui fait référence aux ' journalistes incarcérés, assassinés », en hommage au journaliste burkinabè Norbert Zongo. Une journée sans presse qui a causé des manques à gagner énormes dans la presse. Mais la liberté n'a pas de prix. La solidarité confraternelle ne se mesure pas à l'aune du nombre de journaux vendus. Si c'est à refaire, la presse n'hésiterait pas à remettre ça.
Les jours suivants seront consacrées aux médiations avec les éditeurs de presse qui ont rencontré le Premier ministre Macky Sall. Plus de promesses que d'assurances, sinon une première mesure qui est de transférer Madiambal de la cellule 1 à la cellule 44. Du fond de cette cellule, Madiambal est certes privé de liberté, mais sa plume ne s'est pas brisée, tel ' un envoyé spécial » il va faire ses confidences. Une réponse de l'accusé ' qui trouble l'ordre public » et pourtant c'est cet accusé qui, à ce qu'il révèle, ' il y a juste trois mois, jour pour jour, j'ai eu à prendre l'initiative d'informer les plus hautes autorités de l'Etat sur des menaces à la sécurité de l'Etat ».
C'est ce même accusé qui ' avait entre les mains des informations sur un projet de guet-apens mûri en Casamance par des rebelles contre le général Abdoulaye Fall et l'abbé Diamacoune Senghor, entre autres ». C'est enfin ce même Madiambal qui déclare que ' des proches du président de la République m'ont réveillé, il y a moins de dix jours pour me supplier de changer une édition de notre journal qui devait paraître le lendemain ».
Ce même Madiambal a sa place dans sa rédaction et non en prison parce qu'au septième jour de sa détention, le Collectif des journalistes pour sa libération et pour la liberté de la presse qui tenait une conférence de presse exige ' sa libération immédiate sans condition » parce qu'injustement incarcérée incarcéré. Le Collectif compte mener une série d'actions immédiates, le plus légalement possible, qui a commencé par la marche organisée avec succès le samedi 17 juillet 2004 par le Comité d'initiative des intellectuels du Sénégal dirigé par Malick Ndiaye. Les actions continueront par le sit-in de la Convention des jeunes reporters su Sénégal (CJRS), prévu aujourd'hui-même, 19 juillet 2004, devant le ministère de la Communication. D'autres formes d'actions sont aussi prévues en rapport avec les organisations de la société civile, de défense des droits de l'Homme et les syndicats.
Le mouvement pour la libération de Madiambal Diagne semble avoir franchi les frontières du Sénégal avec la marche des journalistes Maliens devant l'ambassade du Sénégal à Bamako. Les confrères sont tous décidés à extirper Madiambal du fond de sa geôle.
C'est le cas de Mame Less Camara, journaliste, directeur de la radio Environnement FM, qui assimile cet incident à ' des errements juridico-politiques du gouvernement qui s'est engagé dans une impasse et qui s'est rendu compte qu'il ne peut pas sortir du labyrinthe juridique dans lequel il s'est emmêlé ». Et de poursuivre que ' le pouvoir libéral gère avec un arsenal juridique quasi stalinien et c'est cela la grosse distorsion qui fait que la boussole du gouvernement ne marche plus ». Le directeur de Envi FM dit ne pas comprendre ' comment on peut mettre quelqu'un en prison parce qu'il dit la vérité ».
Les journalistes sont plus que jamais décidés à passer à la vitesse supérieure, car ils sont unanimes tant que Madiambal n'est pas libéré, le Collectif de défense sera toujours sur le pied de guerre, la mobilisation sera maintenue sans relâche.
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