Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Nguèkokh : les éleveurs cherchent leurs marques

26 Juillet 2004


Le bataillon de vendeuses de lait qui déferle chaque jour sur Dakar vient, pour une bonne part, de Nguékhokh. Mais si les Ngékhokhois produisent tant de lait, l'élevage n'y est pas pour autant développé. Un vide que des initiatives tendent à combler.

- Loin du Ferlo qui en est le paradis au Sénégal, l'élevage vivote dans la commune de Nguékokh. Loin d'une exploitation à large échelle, on est plutôt face à une pratique traditionnelle qui voit les éleveurs lâcher leurs animaux le matin pour qu'ils aillent en quête de nourriture et rentrer le soir pour être parqués. Un élevage familial qui rapporte 1 à 3 litres de lait par jour et par vache, souligne Didier Flambeau, un vétérinaire volontaire français basé à Nguékokh.

Il sont pourtant deux cent cinquante à vivre de ce petit élevage. Et d'un éleveur à un autre, la litanie de difficultés qu'on sort sonne comme une ritournelle. On parle d'insuffisance de l'alimentation animale, du pâturage naturel rongé par les surfaces agricoles et la pression démographique, de manque d'abreuvoirs. Il en existe un seul pour la commune et l'accès à une eau de bonne qualité reste difficile, les puits n'offrant qu'un liquide saumâtre. A cela s'ajoute le casse-tête de l'accès aux soins pour le bétail. A Nguékokh, la plupart des propriétaires de troupeaux sont obligés de les envoyer en transhumance vers l'est. Du 15 juin au 15 octobre, les animaux vont ainsi à la quête des verts pâturages. Ne restent alors sur place que quelques vaches laitières pour assurer la dépense quotidienne avec la vente de lait. La plupart des vendeuses de lait à Dakar viennent d'ailleurs de Nguékokh. Estimées à deux cents, suivant un recensement local, elles font le trajet quotidien dans les transports en commun pour rallier la capitale. Quand la production locale fait défaut, on ne manque pas de se rabattre sur le lait en poudre importé d'Europe ou de Nouvelle Zélande. Recevant récemment la visite du ministre délégué chargé de l'Elevage, les vendeuses de lait ont souhaité voir implanter à Nguékokh un endroit aménagé pour leur permettre d'écouler leur produit dans les meilleures conditions.

Mais une telle gestion de l'élevage ne permet pas de développer le secteur. Raison pour laquelle les éleveurs ont voulu prendre le taureau par les cornes. En septembre 2002, ils avaient ainsi mis sur pied un Groupement d'intérêt économique. Appuyé par l'Ong Chênes et Baobabs, il tend à faciliter l'accès aux moyens de production, à intensifier les relations agriculture-élevage (culture fourragère et stockage), etc. Avec cette nouvelle orientation, «la complémentation alimentaire ne doit pas être celle de la survie mais celle de la production. Donc, elle doit être nécessairement rentable. J'achète de l'aliment pour produire du lait», explique Didier Flambeau.

Sans bouleverser les habitudes établies, les éleveurs veulent évoluer vers un élevage plus intensif, plus productif. Mais «il convient de ne pas mettre la charrue avant les boeufs ; il faut avant tout former les éleveurs et maîtriser l'alimentation», prévient Didier Flambeau. Les éleveurs de Nguékokh, qui ont déjà acquis un capital d'expérience, ont mis en place un magasin de stockage d'aliments et une pharmacie vétérinaire villageoise. Cette année va voir aussi le démarrage de la ferme pilote gérée par le Gie des éleveurs et qui aura une vocation pédagogique. Elle permettra de vulgariser la pratique de l'élevage, de la culture de stockage, entre autres. Des objectifs développés devant le ministre de l'Elevage qui a inauguré, mardi dernier, l'unité de transformation laitière des éleveurs de Nguékokh. Elle est située au Centre international d'accueil et de formation de l'association Chênes et Baobabs de Nguékokh.

Le ministre Oumoul Khaïry Guèye Seck, qui a pris bonne note des doléances posées par les éleveurs, a promis de faire de son mieux pour tenter de leur trouver des solutions adéquates. Pour l'alimentation du bétail, le ministre a annoncé un programme dans le cadre de la campagne agricole, visant à mettre à la disposition des éleveurs de l'aliment de bétail. Déjà 50 tonnes ont été mises en place à Mbour, où la distribution devrait démarrer. Quant au problème d'espace, sa solution devrait être trouvée dans la loi d'orientation agro-sylvo pastorale votée par l'Assemblée nationale. L'un de ses articles reconnaît l'élevage comme une forme de mise en valeur de terre en même temps que l'agriculture. «Je pense que c'est une avancée importante pour le secteur de l'élevage», explique le ministre. Mieux, souligne-t-elle, une concertation en cours sur une possible réforme foncière et le problème de l'élevage sera bien pris en charge, ajoute Oumoul Khaïry Guèye Seck.

Mais le ministre sait sans doute qu'il en faut plus pour développer l'élevage dans cette zone. A Mbour, où elle a visité le Service départemental de l'élevage, la vétusté des lieux est illustratif du délabrement du secteurs. Les bâtiments construits en 1937 n'ont jamais été réhabilités depuis lors. Le ministre a promis de faire un geste pour améliorer les conditions de travail du service confronté aussi à une insuffisance du personnel et un manque de moyens logistiques et matériels. L'inspection ne dispose même pas d'un véhicule de service.

LEGENDE Jour de marché traditionnel : boeufs et vaches sont souvent bradés, faute de cadre adéquat pour développer un élevage productif.

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