Le Journal de l'Economie (Dakar)

Sénégal: Objectifs du millénaire : la solution par le Développement industriel

Pierre Diam (stagiaire)

26 Juillet 2004


opinion

Dakar — La lutte contre la pauvreté dans le cadre des objectifs du millénaire en vue de mettre fin au sous-développement qui sévit en Afrique devra sans nul doute passer par un accroissement du potentiel industriel du continent. Pour réaliser la croissance économique durable, les pays de l'Afrique subsaharienne devront procéder à des changements structurels favorisés par une transition démographique et appuyés par des politiques idoines. Selon les estimations de l'Organisation des Nations-Unies pour le développement industriel (Onudi), il faut pour 30 des pays de l'Afrique subsaharienne ayant fait l'objet d'une enquête un taux de croissance annuelle du produit intérieur brut de 2 à 6 % par habitant pour atteindre, en 2015, l'objectif du Millénaire relatif à la réduction de la pauvreté monétaire.

Le taux de croissance économique moyen pondéré requis pour tous les pays de la région disposant de données est de 3,2 %, alors que la moyenne non pondérée est de 4,2 %. Au cours des 20 dernières années, la valeur ajoutée dans le secteur manufacturier (VAM) des pays d'Afrique subsaharienne a enregistré une tendance inégale à la hausse, essentiellement tirée par les petits pays dont la production est destinée à l'exportation, faisant évoluer du coup la situation de milliers de personnes rattachées à ce domaine.

Par ailleurs parmi les pays nouvellement entrés dans la base de données sur les indices de performance compétitive de l'industrie, les pays à économie en transition et les pays d'Afrique subsaharienne présentent un intérêt particulier.

En effet, au début des années 80, c'est au niveau des pays en développement que les exportations ont augmenté plus rapidement que celles des pays industrialisés. Mieux même, les 45 pays les moins avancés représentés dans la base de données ont légèrement amélioré leurs taux de croissance industrielle depuis le milieu des années 80, même s'il est vrai qu'ils partaient d'un niveau très bas.

Cependant, face l'Asie de l'Est qui représente en dehors de la Chine la région la plus industrialisée du monde de tels résultats restent dérisoires. A elle seule cette région a permis le passage de 14 % à 24 % de la part de la valeur ajoutée dans le secteur manufacturier générée par le monde en développement. Sa part dans la VAM du monde en développement a doublé, passant de 29 % en 1980 à 54 % en 2000. La répartition de la production manufacturière marque le fossé entre les pays les plus riches et les plus pauvres industriellement. Un fossé qui s'est creusé dans la deuxième moitié des années 1990 au niveau mondial et ces 20 dernières années parmi les pays en développement.

Les pays d'Afrique subsaharienne sont pour la plupart regroupés vers le bas du classement, puisqu'ils occupent 19 des 30 derniers rangs. Une nette rupture peut être observée après le mieux classé d'entre eux l'Afrique du Sud, puisque le suivant, l'île Maurice se situe 21 places plus loin. Seuls quelques pays ont amélioré leur position à l'image du Cap-Vert qui reste un des rares pays d'Afrique subsaharienne à avoir amélioré sa position.

Comment ? « Il semble que l'un des nombreux facteurs à l'origine d'un succès pérenne soit la capacité à faire progresser les exportations en tirant parti des chaînes de valeur mondiales » explique le rapport. Pour ce faire, il faut soit mettre en place de solides capacités au niveau local ou attirer des investissements directs étrangers. La faible performance industrielle de l'Afrique subsaharienne reflète des problèmes profondément ancrés de structure économique et de gouvernance.

Par ailleurs la communauté internationale n'a pas aidé comme il convient les entreprises africaines à créer des capacités compétitives. Une nouvelle stratégie s'impose donc pour catalyser la croissance industrielle sur le continent. Seule l'industrialisation a un rôle clef à jouer pour aider le continent à relever ses taux de croissance.

Une industrialisation réussie aide à créer les emplois dont les économies pauvres ont besoin à mesure qu'elles libèrent la main-d'?uvre agricole directement ou en stimulant le développement des services modernes. La région doit se départir du pessimisme croissant concernant sa capacité réelle de s'industrialiser et de créer un climat plus propice aux investissements, tout en s'employant à surmonter ses problèmes structurels.

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