Notre Voie (Abidjan)

Côte d'Ivoire:Satellite : un club en crise - Diaby "le gourou" se défend

Ephrem Touboui et Choilio Diomandé

27 Juillet 2004


interview

Le président du Satellite football du Plateau, Diaby Souleymane dit "le Gorou", est semble-t-il au centre de la crise qui secoue son club. Il se défend.

Comment êtes-vous parvenu à entrer en contact avec Lockeren ?

Nous sommes entré en contact avec Lockeren grâce à René Talman que nous avons connu à l'Africa en tant qu'entraîneur. Ce Monsieur nous a permis d'approcher les dirigeants de Kamsar afin de recruter les deux joueurs que sont Loula Souleymane et Alassane Koivogui. Le premier cité a favorisé notre partenariat avec Lockeren. Ensuite, nous avons eu des entraîneurs, franco Cucinota et Valère Bilen, qui nous ont apporté beaucoup au niveau du jeu.

Quel était le contenu du partenariat que vous aviez avec Lockeren?

Le partenariat a duré trois ans. Nous leur donnions des joueurs transférables. En retour chaque année il nous versait la somme de 150 millions. Dans cet argent, il y avait le traitement de l'entraîneur européen c'est-à-dire le logement, son salaire et celui des joueurs. Nous avions l'obligation à cette époque-là de sortir deux ou trois bons joueurs à envoyer à Lockeren. C'était une très belle expérience. Si c'était à refaire, on l'aurait fait, mais en rectifiant le tir.

Pourquoi ce partenariat a été interrompu ?

Le partenariat était un mariage d'intérêt. On ne se connaissait pas. Nous étions à la recherche d'un partenaire qui pouvait nous soutenir financièrement parce qu'on avait de bonnes idées que nous voulions concrétiser. Et nous sommes tombé sur Lockeren qui avait la même vision des choses que nous. Le partenariat a beaucoup profité à Lockeren avec le contrat de Loula Souleymane. C'est d'ailleurs le meilleur contrat que ce club ait eu en Europe depuis son existence. Mais au fil du temps, Lockeren a signé d'autres partenariats avec des clubs au Cameroun, Guinée et au Congo. Elle a vu qu'elle ne pouvait plus soutenir d'autres clubsclubs. En fait, ils ont changé de politique.

On vous reproche votre mauvaise gestion

Il ne s'agit pas de mauvaise gestion. Il faut que cela soit compris une fois pour toutes. Lockeren n'avait pas de compte à demander au Satellite. Chaque année elle nous demandait si nous avons un ou deux joueurs à transférer. C'est tout. Elle n'intervenait pas dans notre gestion quotidienne. Ce n'était pas son problème. Lockeren ne regardait pas notre caisse et ne nous dictait pas comment nous devions gérer le Satellite. Voilà la vérité. Aujourd'hui, elle a décidé de suspendre sa collaboration avec quatre clubs africains dont le Satellite et le Canon de Yaoundé. Donc ce n'est pas un problème de gestion.

A propos de votre gestion, on raconte que ce ne sont pas les salaires déclarés à Lockeren que vous payez aux joueurs et que vous utilisez l'argent pour acheter des maisons à Paris. Que répondez-vous ?

Je l'ai dit déjà un peu plus haut. La gestion de notre caisse ne regardait pas Lockeren. Le salaire ne venait pas chaque mois de Lockeren. Que ce soit les salaires, les primes et autres, le tout est viré une ou deux fois dans l'année par Lockeren. Nous fixons nous-mêmes les salaires des joueurs qui varient de 80 à 200 mille francs. Avec le reste nous faisons ce que nous voulons. MM Bakou François et Sam N'Guetta sont les seules personnes à qui je dois rendre compte. Ces gens-là ont fait beaucoup pour l'équipe. Je suis chef d'entreprise. Je travaille depuis longtemps. Je peux m'offrir une maison. Que le club existe ou pas. J'ai des ambitions.

Comment le club vit en ce moment après le retrait de Lockeren?

Ça ne va pas comme vous le constatez. Nous vivons sur nos réserves après le retrait de Lockeren. Mais depuis un moment nous avons l'appui de M. Bakou François qui fait chaque année des efforts. La mairie du Plateau a augmenté notre subvention. D'un million, elle est passée à 8 millions. Pour le reste, nous nous battons tous les jours. Mon entreprise a pris un coup par rapport au club. C'est difficile, mais il faut faire avec.

Avec la situation actuelle de votre club, que pouvez-vous espérer?

Je crois qu'il faut continuer à se battre. Le championnat est loin d'être terminé. Nous nous battrons pour avoir une place, pourquoi pas une place africaine.

Depuis deux ans, nous participons à notre manière à la recherche de la paix en Côte d'Ivoire. Nous avons décidé au niveau de la conférence des présidents que l'on joue malgré la guerre. Les clubs sont des entreprises. Il faut les aider. Si l'Etat ne regarde pas les clubs, certains d'entre eux vont disparaître dans deux ou trois ans. La préparation d'un match demande au minimum 300 mille francs. Si vous gagnez, vous payez les primes. Alors que le quote- part après un match tourne souvent autour de 4.000FCFA . Il faut que les partenaires s'unissent pour faire quelque chose. L'exemple du Ghana devrait inspirer les autorités. Là-bas, les sponsors prennent spontanément des clubs. Parce que le football apporte beaucoup au pays.

Les Eléphants sont engagés dans les éliminatoires de la CAN et du Mondial 2006. Après 2 victoires, les Eléphants sont tombés au Cameroun. Quelle analyse faites-vous en tant que dirigeant de club?

Je suis obligé de remonter dans le temps. Nous avons fait ensemble beaucoup d'erreurs par le passé. La Fédération étant l'émanation des clubs. J'ai encore l'élimination de notre équipe nationale de la CAN 2002 sur le coeur. Je le dis pour ne pas que ces choses se répètent. Qu'on laisse Tizié Jean Jacques au profit d'un jeune gardien pour aller se faire battre, c'est une grosse erreur. Le président Anouma fait beaucoup en ce moment pour notre football, mais qu'il soit très regardant parce que c'est lui qui est élu. On est en train de laisser un joueur comme Ibrahim Bakayoko. Ce n'est pas bon. Et puis, pour aller jouer un match au Cameroun, on n'a pas besoin d'aller s'entraîner en France. Ce sont des choses qu'il faut revoir dans l'avenir.

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