Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Les rébelles leçons à tirer du Pdis 1

Fara Diaw

27 Juillet 2004


Les travaux de la réunion annuelle conjointe (RAC) ont débuté hier matin au Méridien Président de Dakar, sous la présidence du ministre de la Santé, le Dr Issa Mbaye Samb, en présence du ministre de l'Economie et des Finances, M. Abdoulaye Diop, de tous les partenaires au développement, des collectivités locales et de la société civile, mais surtout des acteurs étatiques oeuvrant dans le secteur de la santé, notamment dans les directions et services nationaux, les régions médicales et les districts sanitaires.

Cette réunion annuelle, la septième depuis le lancement du programme de développement intégré de la Santé (PDIS) en 1998, a débuté sur l'énumération des acquis et surtout des contraintes dont certaines surviennent, à chaque édition, sur les tablettes du suivi et de l'évaluation comme un disque rayé. Il semble toutefois, et cela est ressorti dans les différentes interventions lors de la cérémonie d'ouverture, que les responsabilités dans cette réminiscence des contraintes incombent aussi bien aux partenaires bailleurs de fonds, avec leurs nombreuses et complexes procédures financières lestées des retards récurrents dans la mobilisation des ressources, qu'aux services de l'Etat chargés de mener à bien au niveau central et décentralisé ce vaste programme. Pourtant, le PDIS, première phase du plan national de développement sanitaire (1998-2008), est reconnu comme un exercice de planification apte à pouvoir (enfin) sortir durablement le secteur de la santé des profondes «ornières» qu'il traverse. En d'autres termes, le PDIS avait comme vocation de permettre d'atteindre, dans les cinq premières années du PNDS, une amélioration de la couverture sanitaire nationale, de réduire la mortalité maternelle et infanto-juvénile, ainsi que l'indice de fécondité.

Au bout du compte, l'on se rend compte qu'il reste beaucoup à faire. Cela a été reconnu par les représentants de la Banque Mondiale, M. Bangoura et de l'UNICEF, M. Ian Hoopwood.

«Le Sénégal regorge de compétences en «Santé» à la tête des divers programmes et projets, des instances de décision et de supervision au niveau national et décentralisé», ont-ils admis. Qu'est-ce qui se passe donc ?

Le représentant de l'OMS, le Dr Yankalbé, dont l'organisation est le chef de file des bailleurs de fonds, a indiqué à juste titre «la nécessité d'apporter un certain nombre d'améliorations à différents niveaux».

Il a cité en détail : «les questions récurrentes relatives à la disponibilité, la qualité et la gestion des ressources humaines». Pourtant, une des conditions essentielles, selon lui, pour la réalisation des objectifs d'augmentation de la couverture sanitaire est la fonctionnalité effective des structures sanitaires.

Dysfonctionnements récurrents

Il s'est penché également sur la non-fonctionnalité des comités de gestion, où, à vrai dire, règne une espèce d'anarchie sur la gestion des ressources, les dépenses et la tarification sur les médicaments ainsi que les soins, ce qui perturbe sérieusement le système de santé.

Le Dr Yankalbé, parlant toujours au nom de tous les bailleurs de fonds (en tout près de 23), a également insisté sur le problème crucial qui existe entre l'adéquation des ressources et les besoins des structures à parfaire. Sur ce point, il a demandé une remise en ordre, voire une reprise en main décisive des sources de financement en s'assurant de leur complémentarité, mais aussi de leur transparence dans leur mobilisation et leur utilisation.

«Il faut donc que l'on agisse maintenant en termes d'objectifs ciblés et de performances à atteindre pour la population couverte», a dit le représentant de l'OMS, qui a aussi épinglé les mécanismes de fonctionnement de la référence et de la contre référence à tous les niveaux de la pyramide sanitaire, le retard dans le démarrage du système d'information et de gestion chargé de collecter en temps réels les données en vue d'établir les indicateurs d'impact. La liste des contraintes n'est pas exhaustive.

Toutefois, dans son allocution, le ministre de la Santé, le Dr Issa Mbaye Samb, a indiqué «sa volonté de tout faire dans le sens d'une amélioration très sensible de la capacité d'absorption des fonds alloués au Sénégal par les partenaires et renforcer l'efficacité de la dépense». Il a également insisté sur le diptyque «suivi/évaluation», mais aussi sur la performance et le contrôle dans ce secteur très innervé par l'argent depuis quelques années.

Chevaux de bataille

Il a par ailleurs révélé la nécessité de «fouetter» le partenariat avec les secteurs privé et parapublic qui n'ont pas, jusqu'ici, été mis à contribution dans tout ce que se fait dans le développement sanitaire.

Enfin, le Dr Samb a largement insisté sur les ressources humaines, mais aussi sur leur répartition, leur formation et les conditions de travail des personnels de santé. D'ailleurs, les syndicalistes du secteur de la santé, avec en tête le SUTSAS, en ont fait leurs chevaux de bataille : une menace que suivent d'ailleurs de très près les partenaires au développement, très craintifs devant la menace d'une rétention des informations sanitaires que les partenaires sociaux brandissent. Sans ces informations, le système de santé, il est clair, va progresser à l'aveuglette

Après avoir réitéré l'objectif du programme sectoriel de santé qui est d'améliorer durablement la santé des Sénégalais et de façon équitable pour tous, le ministre de l'Economie et des Finances a réaffirmé la place prioritaire qu'occupe le secteur de la santé dans le processus de développement économique et social.

«C'est ce qui a poussé les partenaires à établir ses relations fortes (ndlr : dans le cadre du plan de développement sanitaire) entre la macroéconomie et la santé». «Le secteur de la santé est aujourd'hui confronté à de nombreux défis qu'il doit résolument affronter pour assurer à la population un accès durable et équitable aux soins de santé», a dit M. Diop. Il a insisté pour que le financement équitable de la santé contribue à la réduction de la pauvreté. «Il convient donc, selon le ministre des Finances, d'intégrer toutes les contraintes qui ont affecté la mise en oeuvre du PDIS et des programmes de lutte contre les maladies endémiques». «Nous devons tirer les leçons qui s'imposent», a souligné le ministre des Finances. Il a énuméré à ce sujet «les problèmes dus aux changements institutionnels, les lenteurs observées dans l'exécution des plans de passation des marchés, les problèmes de procédures, la forte concentration des fonds au niveau central, la lenteur dans la remontée des pièces justificatives et l'insuffisance des ressources humaines».

D'ailleurs, depuis hier matin, au moment de la présentation des réalisations, la coordination des interventions et la décentralisation effective des ressources au niveau opérationnel du secteur de la santé, en l'occurrence les districts sanitaires, mais aussi l'approche budgétaire ont été au centre des débats. L'approche budgétaire qui doit regrouper tous les financements extérieurs au niveau du budget de l'Etat devrait en principe permettre de réduire considérablement les retards dans les décaissements qui étaient entravés par la multiplicité des procédures chez les bailleurs de fonds parmi lesquels la Banque Mondiale, l'USAID, l'UNICEF, l'Union Européenne, le PNUD, le FNUAP, la Coopération française, la JICA, etc.

On rappelle que lors d'une dernière rencontre d'évaluation des impacts des différents programmes sectoriels financés par la Banque mondiale, le représentant de cette institution multilatérale, M. MacIntyre, et le ministre des Finances, M. Abdoulaye Diop, avaient reconnu des faiblesses relatives aux taux d'absorption des fonds mis à la disposition du Sénégal en ce qui concerne les programmes de la Santé et du Transport.

Cette RAC, rappelait-on dans notre édition d'hier, arrive donc à une étape décisive dans le développement de la santé et c'est comme une dernière ligne droite menant vers 2008, date butoir du PNDS. Sur ce registre, le représentant de la Banque Mondiale, M. Bangoura, a même soulevé le fait qu'il faudra dès maintenant, dans la perspective de l'arrêt des financements de la Banque Mondiale en 2008, penser à consolider le statut du personnel de la direction de l'Administration Générale et de l'Equipement (DAGE), des contractuels en grande majorité, et qui assure l'administration des crédits affectés au secteur.

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