Le Patriote (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Les génériques peuvent-ils sauver la mutuelle ?

Kesy B. Jacob

27 Juillet 2004


Sitôt rendu public, le Guide thérapeutique 2004 de la MUGEFCI (Mutuelle générale des fonctionnaires de Côte d'Ivoire) a suscité une levée de boucliers.

Les médecins se sont élevés contre une décision unilatérale qui tend à limiter leur liberté de prescription. Pour certains mutualistes, ce Guide célèbre les médicaments génériques qui suscitent encore des interrogations sur leur efficacité. "Avant, les fonctionnaires avaient droit à tous les médicaments. La MUGEFCI acceptait même les vitamines, refusées par les Assurances privées. A partir de 1999, on a commencé à réduire la liste des médicaments remboursables. Aujourd'hui, on tend vers la consommation exclusive des génériques", charge Holland N'Da Joseph, président de la CONASYFOP (Coordination des syndicats de la Fonction publique). Qui se fait l'échos de ceux qui se méfient de cette politique des médicaments "moins chers".

Mais, le Directoire de la Mutuelle semble bien décidé à faire accepter son Guide 2004, après une campagne de sensibilisation sur la question. Et il ne manque pas d'arguments. Au plan strictement médical, les génériques sont loin d'être les médicaments de seconde zone, peu efficaces, que l'opinion publque retient d'eux. Le générique est une spécialité pharmaceutique constituée par référence à une autre spécialité pharmaceutique existante sur le marché, dont le brevet est échu (20 ans). Ils ont le même principe actif de référence et qu'ils délivrent dans l'organisme de la même manière. Selon l'article L 601.6 du Code français de la Santé publique, "on entend par spécialité générique d'une autre spécialité, une spécialité qui a la même composition qualitative et quantitative en principes actifs, la même forme pharmaceutique et dont la bioéquivalence, avec l'autre spécialité, a été démontrée par des études appropriées de biodisponibilité". De fait, le recours à un générique s'opère par rapport à la molécule qui le compose. Le nouveau Guide de la MUGEFCI privilégie la prescription par la molécule ou principe actif, c'est-à-dire la DCI (Dénomination commune internationale). Ainsi, le Dafalgan, le Di Antalvic, Le Dolko, le Dolitabs renvoient tous à la DCI, le Paracetamol, utilisé contre la douleur et la fièvre. Lorsque le générique a franchi toutes les étapes légales de son agrément, il ne présente donc pas de risque de dépréciation de la qualité des soins.

Affaire de gros sous !

Les génériques représentent un enjeu financier important pour la Mutuelle. Selon ses responsables, la MUGEFCI accuse un déficit mensuel de 250 millions de francs. Elle dépense 750 millions pour des recettes de 500 millions de FCFA. Un plus grand recours au générique devrait permettre de réduire ce gap, espère l'actuelle Direction. Un exemple permet de comprendre le problème. Le Triflucan (spécialité des laboratoires Pfizer) et le Zocon-200 (générique d'origine indienne) ont tous les deux pour DCI le Fluconazole et sont utilisées pour combattre les mycoses. Mais, alors que le premier médicament coûte 18425 F, le second vaut 2500 F sur le marché. Dans le premier cas, le Guide 2004 indique un prix de référence de 5000 F, donc la MUGEFCI ne rembourse que 3500 F (70%). L'adhérent étant obligé de payer sa quote-part, soit 1500 F et un surcoût de 13 425 F par rapport au prix de référence. En définitive il paie 14 925 F.

Si c'est le Zocom-200 qui est prescrit, le prix de référence devient 2500 F et l'adhérant paie 750 F. Cette fois, la Mutuelle ne rembourse que 1 750 F. Par rapport au prix du Triflucan (18 425 F), elle gagne 11 147,5 F sur le remboursement. Une belle affaire ! Mais, les choix de la caisse ne semblent pas satisfaire beaucoup de monde. Certaines critiques indexent la gestion approximative de l'actuelle Direction. "L'argument du déficit est faux", s'insurge M. N'Da. "Par le Trésor, la Mutuelle reçoit des cotisations de 600 millions. Les EPN et les structures autonomes cotisent 250 millions. Cela fait un total de recettes de 850 millions par mois dans les caisses de la Mutuelle. Donc, 350 millions ne sont pas déclarés", accuse le président de la CONASYFOP. Au-delà de ce manque de transparence sur les fonds cotisés par les fonctionnaires, N'Da Holland regrette le silence des responsables actuels de la Mutuelle sur la question des subventions d'équilibre que l'Etat s'est engagé à verser à la caisse. "En 1999, le gouvernement Duncan a versé 2,8 milliards au titre de cette subvention avec la promesse de régulariser le paiement à partir de 2001. Pourquoi ne vont-ils pas réclamer aujourd'hui cette subvention à l'Etat", s'interroge-t-il ?

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