27 Juillet 2004
interview
La carte de la pauvreté montre que c'est dans le monde rural que se concentre la pauvreté. Pourquoi?
Avant de répondre à votre question, je crois qu'il faut nuancer le jugement. Il y a tout un programme de développement rural intégré dans plusieurs régions, notamment dans celle du Haouz que j'ai sillonnée récemment de long en large. Quand on voit ce qui est en train de se réaliser grâce à la participation de la Banque mondiale, du PNUD et d'une partie du budget de l'Etat, on sort des sentiers battus qui conjuguent pauvreté et misère avec le rural. J'ai beaucoup discuté avec la population et j'ai remarqué avec plaisir que l'on parle d'autre chose que de la sécheresse. Ce n'est pas le cas, bien sûr, dans d'autres régions qui sont touchées par la sinistrose.
Quand on a mal travaillé, on parle d'échec, de sécheresse et de crédit au CNCA. Ce n'est pas le cas à Amizmiz et à Asni où les choses vont relativement bien. Comment expliquer cela?
Est-ce un comportement sociologique. Est-ce les effets du programme? Mais il faut ajouter qu'avec ce programme de développement rural, les gens n'étaient pas laissés à eux-mêmes. Ils étaient encadrés pour ne pas aller dépenser tout leur argent dans la fête. On leur a fait comprendre les effets positifs de l'investissement Le programme lui-même a eu l'effet d'un «agent de changement». Il a eu des effets perturbateurs mais très bénéfiques en termes d'investissement, de participation, de modernisation. On assiste à l'introduction de toute une culture.
L'expérience vient de démarrer,on fera un suivi et une évaluation.. Si l'on doit dupliquer ces programmes,il faudra voir dans quelle mesure il faudra réajuster, préciser. On doit comprendre en effet pourquoi ces programmes n'ont pas donné 100% de résultats. Il faudra améliorer davantage avant de relancer ces expériences.
Vous êtes un homme de terrain. Qu'est-ce qui vous a frappé?
Beaucoup pensent que le monde rural est un monde figé, replié sur sa pauvreté. J'observe le terrain et ce qui m'a le plus frappé, c'est le dynamisme des associations et de la société civile notamment à travers les activités génératrices de revenus. A Asni, une ONG a créé un hamman, d'autres des fours traditionnels. Cela rend service mais surtout allège le travail très dur de la femme. Celle-ci dispose de plus de temps et peut participer à des programmes d'alphabétisation ou de formation.
Les activités génératrices de revenus surtout chez les femmes aident à l'introduction de changement.
C'est la même chose à Errachidia, le micro-crédit introduit par le biais de la CNCA a provoqué des changements très bénéfiques surtout chez les femmes qui sont très actives, très courageuses et extrêmement dynamiques.
Mettons-nous au travail très vite, car les effets des accords de libre-échange vont avoir un impact qui touchera les populations rurales?
Dans le dernier conseil de gouvernement, M. Driss Jettou a annoncé qu'il y aura une équipe de réflexion qui doit réfléchir sur la problématique suivante : comment utiliser ces accords de libre-échange comme des leviers de développement? Comment devenir plus agressifs dans des zones de libre-échange? Le monde rural sera à coup sûr touché et je pense aux céréaliers qui ont déjà des problèmes avec des «frontières» fermées. 1/3 de la population est performant, il n'a pas besoin d'être aidé. Le deuxième tiers peut affronter la concurrence si on l'aide à se mettre à niveau. Le dernier risque d'être condamné. Il faut donc trouver des activités de reconversion.
L'agriculture ne peut pas absorber tous les problèmes. Il faut créer des activités génératrices de revenus dans le monde rural, car l'agriculture ne suffira plus à nourrir une partie de la population.
Vous avez animé la première séance du séminaire national «Pour une politique sociale intégrée», preuve s'il en est de l'intérêt que l'on accorde au monde rural qui nous interpelle tous. Un mot sur ce séminaire.
Il y a eu d'excellentes interventions qui ont fait les bilans des politiques de différents départements mais aussi de l'ONP, de l'ONEP. L'accent a été mis sur la nécessité d'avoir des indicateurs et des statistiques fiables.
Notre outil statistique a tout à gagner, à s'améliorer car c'est une aide à la décision. Il faut moderniser ce secteur, donner plus de moyens matériels aux statisticiens. On a beaucoup parlé de coordination et de cohérence de l'action. Elle est vitale, car sur le terrain, cela ne fonctionne pas très bien. Il faut réfléchir à se demander pourquoi.
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