Fraternité Matin (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Dr Yao Kouandou Félicien, directeur régional de la Santé : "Nous craignons une percée du sida dans la région"

Interview réalisée par Soumaïla Bakayoko

27 Juillet 2004


interview

Abidjan — Effectivement la direction régionale de la santé du Sud-Bandama est de création récente. Cinq missions lui sont assignées : la représentation technique du ministère de la Santé dans la région, la promotion de la politique nationale de santé publique dans la région, la coordination de la mise en oeuvre de la politique de santé dans la région, le contrôle et la supervision des activités sanitaires dans la région et l'évaluation des activités sanitaires.

-Depuis janvier 2004, vous êtes le premier directeur régional de la santé du Sud-Bandama. Pouvez-vous nous dire les missions qui vous sont assignées ?

Effectivement la direction régionale de la santé du Sud-Bandama est de création récente. Cinq missions lui sont assignées : la représentation technique du ministère de la Santé dans la région, la promotion de la politique nationale de santé publique dans la région, la coordination de la mise en oeuvre de la politique de santé dans la région, le contrôle et la supervision des activités sanitaires dans la région et l'évaluation des activités sanitaires.

-Comment se présente la carte sanitaire de la région tant au niveau des infrastructures que du personnel ?

La région sanitaire du Sud-Bandama compte 60 Etablissements sanitaires publics pour une population de 787113 habitants soit une formation sanitaire pour 13118 habitants. Au nombre de ces formations, il faut noter un CHR, un hôpital général, 11 formations urbaines et 47 formations rurales. Ces formations sont diversement réparties au niveau de la région, si bien quel leur accessibilité géographique est différemment appréciée, mais de façon générale, il faut retenir que seulement 32,6% de la population se situe à 5 km d'un établissement sanitaire.

-Dr., vous venez de boucler une tournée qui vous a conduit dans les différentes formations sanitaires de la région. Qu'avez-vous constaté ?

Pour cette première visite, je peux me féliciter du fait qu'elle m'a permis de constater les réalités du terrain qui, somme toute, ne sont pas nouvelles. J'ai pu me rendre compte des quelles conditions dans lesquelles travaillent mes collaborateurs. Des problèmes pouvant conduire à des dysfonctionnements de certains services ont été identifiés. Entre autres, il faut relever le manque de matériel de travail dans certaines formations, la vétusté des installations et des bâtiments, l'insuffisance de supervision des agents de santé, des comités de gestion des formations rurales (COGES) qui ne sont pas fonctionnels.

-L'un des constats que l'on fait dans les formations sanitaires de la région est l'insalubrité, la mauvaise gestion des déchets hospitaliers, les espaces verts mal entretenus et l'absence de panneaux d'identification et d'orientation. Que comptez-vous faire dans ce sens ?

Nous comptons d'abord impliquer effectivement et efficacement les COGES dans la gestion des structures. Ce qui suppose au préalable une redynamisation de ces comités en révisant leur composition et en expliquant clairement les rôles et les responsabilités des membres. Ensuite, sensibiliser les usagers par des réunions avec les différents groupes que constitue la population. Il faudra aussi renforcer les activités de suivie et de supervision entreprises par les équipes-cadres des districts. A propos de la gestion des déchets médicaux en attendant de trouver une solution idoine, nous recommandons la conscientisation des personnels et l'utilisation des fosses d'enfouillissement et d'incinération.

-La surfacturation des médicaments et le non affichage des prix de vente aux patients sont des problèmes qui minent les formations sanitaires de la région. Quelles solutions préconisez-vous pour résoudre ces problèmes ?

Des solutions sont déjà envisagées. Il s'agit, entre autres, de l'application des consignes strictes données aux responsables des formations sanitaires. Celles-ci ont trait à l'affichage des prix des médicaments au grand public, à l'utilisation effective des ordonnances factures et à la délivrance obligatoire de reçu à chaque acte pris en compte dans les prestations de soins.

-M. le Directeur régional, la population se plaint du coût des prestations dans les formations sanitaires. Notamment dans les services de chirurgie et les maternités. Conséquence : les hôpitaux sont peu fréquentés. Avez-vous des remèdes pour guérir ces maux ?

Je pense que les meilleurs remèdes, nous devons les trouver avec les usagers eux-mêmes. Sinon, comment comprendre qu'au CHR ou à l'hôpital général, les prix des actes sont affichés conformément à la réglementation en vigueur et que des personnes acceptent d'outrepasser ces mesures dans les deux sens. Certains ne font que racketter. Les plaignants ne veulent pas dénoncer officiellement leurs racketteurs pour des motifs que nous ignorons. Pour donc guérir ce que vous qualifiez de maux, il faudra que chacun à son niveau accepte de jouer son rôle et assumer ses responsabilités. Ce qui conduira à la prise de sanctions exemplaires à l'encontre des agents véreux qui seront jugés coupables de mauvais agissements une fois que ceux-ci sont dénoncés.

-Vos formations souffrent d'un manque d'ambulances. Trois seulement pour soixante. Avez-vous des solutions en vue pour satisfaire les populations ?

Les autorités compétentes en sont officiellement informées. Nous pensons qu'elles apporteront des solutions idoines. Néanmoins, nous comptons sur les conseils généraux pour nous aider à résoudre un tant soit peu cette situation.

-Dr, quelles sont les principales maladies qui sévissent dans la région ?

S'agissant du profil épidémiologique et à l'examen des rapports d'activités des directeurs départementaux, il faut retenir que le paludisme, les infections respiratoires aiguës, les diarrhées, les anémies, les infections sexuellement transmissibles, la malnutrition constituent les pathologies prédominantes dans la région.

-Selon certaines sources, le taux de prévalence du VIH/SIDA serait de 12% dans votre direction. Que comptez-vous faire pour diminuer ce taux ?

Nous n'avons pas pour l'heure du recul nécessaire pour faire la situation exacte de cette pandémie dans la région. Néanmoins, au regard des données épidémiologiques au plan national et vu le nombre sans cesse croissant des infections sexuellement transmissibles (IST) dépistées par nos services, il faut craindre une percée du VIH/SIDA. En effet, selon les rapports d'activités des directeurs départementaux de Divo et Lakota au titre de l'année 2003, l'on note 3665 cas d'IST dont 3407 sont des personnes âgées de plus de 15 ans. Ce qui représente un taux de 93%.

-M. le Directeur régional, au moment où tout le monde se mobilise pour l'éradication de la poliomyélite à travers des campagnes de vaccination, il vient d'être découvert dans votre région sanitaire, un cas de polio virus sauvage. Quelle stratégie comptez-vous adopter pour freiner pareil cas ?

A ce niveau, nous comptons en plus des journées nationales de vaccination contre la polio, redynamiser nos activités de vaccination de routine. Les stratégies dites avancées couplées aux activités des équipes mobiles pourraient être reprises et renforcées avec des moyens conséquents qui seront mis à la disposition des structures sanitaires de la région. Le constat que nous faisons en général est que les populations se mobilisent de façon spontanée lorsqu'il y a des cas de maladies, voire de décès. Et fort malheureusement ces mêmes personnes s'intéressent moins aux activités de prévention comme la vaccination. Nous pensons donc organiser davantage de séances de sensibilisation et de mobilisation en faveur de toutes les couches sociales.

-Il ressort des statistiques de la région en matière de santé que les infrastructures sanitaires sont insuffisantes et mal réparties. Existe-t-il une politique de planification à court ou à long terme pour remédier à cela ?

Evidemment, il faut absolument et conformément au Plan national de développement sanitaire (PNDS) élaboré depuis 1997 que sa mise en oeuvre soit poursuivie de telle sorte qu'il existe une adéquation entre la création des structures sanitaires et la répartition des ressources nécessaires (humaines, financières, logistiques).

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