Fraternité (Cotonou)

Bénin: Révision de la constitution : le gouvernement étale sa division

Brice Houssou

27 Juillet 2004


«Il n'y a jamais eu de débat officiel au sein du gouvernement par rapport à la révision de la Constitution, ni par rapport à la position à adopter face à la pose des affiches «Touche pas ma Constitution» de l'Association Elan».

Voilà ce qu'a déclaré récemment en privé un des ministres de l'actuel gouvernement qui précise que «la gestion de ces dossiers qui a été faite jusque-là par certains membres du gouvernement n'est que la manifestation de leur position personnelle sur ces sujets, une attitude mue par la sauvegarde de leurs intérêts à ce propos». Tout est dit, et permet d'aboutir à la conclusion suivante: ce n'est pas la cordiale entente au sein du gouvernement en ce qui concerne le sulfureux débat actuel sur la nécessité ou non de réviser la Constitution du 11 décembre 1990. Les avis sont partagés sur le sujet. Tout simplement parce que certains ministres ont intérêts à ce que le Président Kérékou reste au pouvoir après 2006 (car ils n'ont pas d'avenir politique évident sans ce dernier) tandis que les autres souhaitent ardemment son départ, parce qu'ils sont proches d'autres présidentiables dont l'accession à la magistrature suprême pourra leur garantir une meilleure longévité politique.

On comprend donc que des clans se soient formés au sein de l'équipe gouvernementale. Ce qui fait que tous les ministres ne font pas la même lecture de cette affaire des affiches «Touche pas ma Constitution» de l'Association Elan récemment arrachées par les services du ministère de l'intérieur. Il y en a qui sont pour que ces affiches disparaissent parce que gênant fortement l'accomplissement du dessein de révision de la constitution. Les autres, par contre, pensent que le libre jeu démocratique devrait amener à ne pas s'offusquer outre mesure de la pose de ces affiches, du moment où les révisionnistes ont aussi le droit de faire poser des affiches avec des messages invitant à la révision de la loi fondamentale.

Alain Adihou risque-t-il son poste?

On avait pensé que le ministre Alain Adihou faisait partie du camp des ministres révisionnistes. Mais son intervention samedi dernier lors de la conférence publique de l'Association Elan permet aujourd'hui d'avoir une idée plus ou moins claire de sa position: il n'est pas révisionniste. Heureusement! Heureusement pour lui et pour la réputation d'homme relativement intègre qu'il a forgée et montrée en ce qui concerne sa personne. Alain Adihou fait partie en effet de ces «hommes bons» dont regorge encore le pays. D'ailleurs, il l'a toujours revendiqué lui-même. Et c'est justement pour cela que nombre de Béninois comprenaient mal qu'il ait pris depuis un moment le devant de la dynamique mise en place par la mouvance aux fins de réviser la constitution dans le but de maintenir Kérékou au pouvoir après 2006. Bien sûr, il était bien obligé de jouer ce «mauvais rôle» (qui devrait assurément beaucoup l'embêter) à cause de ses attributions de ministre chargé des relations avec les institutions. Voilà pourquoi il y a quelques semaines, il a voulu nuancer un peu en parlant, non pas de révision, mais d'«amélioration» de la constitution, afin de ne pas être traité de révisionniste. Et voici que voyant le vent qui souffle de plus en plus en faveur de la non-révision (en tout cas, c'est ce qui se ressent au sein du peuple), il décide, sinon de tourner casaque, du moins de finir par révéler sa vraie position, en tout cas sa position personnelle: «non pour une révision conjoncturelle, oui pour une révision structurelle».

Oui pour une révision qui corrigera les tares de la constitution pour la postérité; non à une révision dont le but sera de profiter à une minorité au détriment du peuple, a-t-il dit. Du moins, c'est ce qu'il a déclaré publiquement samedi dernier aux côtés de Rekya Madougou, Président de Elan. S'est-il fait piéger en acceptant d'aller à cette conférence publique? Peut-être. En tout cas, cela lui a permis de jeter le masque de «porte-parole malgré lui» des révisionnistes et d'afficher clairement sa position personnelle. Et là, on a vu enfin le vrai Alain Adihou: l'homme intègre, le démocrate. C'est-à-dire que les affiches de Elan seraient toujours en place si c'est lui qui était ministre de l'intérieur. Ceci explique une fois encore les divergences internes au sein du gouvernement à ce propos. Il a d'ailleurs été soutenu à l'occasion par le député Eric Houndété. Or on sait bien que la position de Houndété demeure celle du ministre Lazare Sèhouéto. Alain Adihou en fera-t-il les frais? On attend de voir.

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