- Propos Recueillis Par Malick M. Diaw, Mamadou Sy & Felix Nankasse
28 Juillet 2004
interview
L'eau, c'est la vie, a-t-on coutume de dire, tant cette denrée est essentielle à l'existence. Pourtant ! Pour une bonne partie de l'humanité, l'eau, potable en l'occurrence, est un rêve presque impossible. Ils sont plus d'un milliard de personnes à ne pas y accéder et deux fois plus à ne pas disposer d'un système d'assainissement.
Depuis quelques années, la Banque mondiale a très sensiblement augmenté ses investissements dans les secteurs de l'eau et de l'assainissement. M. Jamal Saghir est le directeur du département Eau et Energie de la Banque qui appuie les départements régionaux (Afrique, Asie, Amérique latine etc.) sur ces deux questions. M. Saghir exprime ici les grandes lignes de l'action de la Banque mondiale dans le domaine. Il se prononce aussi sur l'état de la réforme des secteurs de l'eau et de l'énergie au Sénégal et des enjeux du développement liés à l'eau et à l'assainissement.
Quelle est la politique de la Banque mondiale en matière d'eau et d'énergie ?
L'eau est une nécessité, l'eau c'est la vie. C'est un aspect fondamental dans la vie d'un individu. C'est une donnée essentielle. La relation entre la croissance économique et l'eau est claire. Ce que l'on a constaté ces vingt dernières années, c'est que si vous construisez une école et que vous n'y mettez pas les latrines pour les garçons, d'un côté et de l'autre pour les filles, les gens n'iront pas à l'école. Nous avons maintenant des études empiriques qui nous démontrent que dans certains cas, mettre les latrines est aussi important que donner des livres aux enfants, pour rappeler encore une fois que l'eau est fondamentale comme aspect. Elle est fondamentale à l'éducation, elle l'est aussi à la santé. Les études prouvent que le simple fait de se laver les mains réduit de 50 % les risques hygiéniques, que lorsque la mère se lave les seins avant de manipuler son enfant le met à l'abri de beaucoup d'infections.
Il y a donc énormément de choses de base que l'eau peut permettre d'améliorer pour la qualité de la vie, et pour plus de croissance économique. En matière d'énergie, je peux aussi donner l'exemple de ce constat établi au Bengladesh où nous avons constaté qu'en mettant de la lumière dans une maison dans village qui n'en dispose pas, augmente le niveau d'intelligence des enfants de 20 % ; il y a donc une influence directe de l'eau et l'énergie sur l'éducation et la santé et par-delà, la croissance. Dans tous les secteurs liés aux infrastructures, le fait d'investir 1 %, se traduit par une augmentation de la croissance économique d'une égale dimension. L'eau et l'assainissement sont donc des secteurs stratégiques pour la Banque et même au-delà si l'on considère la question hydraulique avec la construction des barrages. Nos politiques en la matière sont donc des politiques pragmatiques avec une vision basée sur une politique de recouvrement des coûts mais pas à tout prix, basée sur l'accessibilité.
Pour nous, il est important de déterminer qui peut livrer l'eau aux pauvres au moindre coût. C'est là que nous confrontons le service public au service privé. Nous avons vu par exemple ici le service privé donner de bons résultats et dans le temps, le service public avoir des résultats mauvais. Donc que ce soit le service public ou le service privé, ce qui importe pour nous, c'est que l'eau soit fournie avec la plus grande qualité possible et au moindre coût aux pauvres. Et s'il y a lieu de mettre en place un système de subvention pour que le coût soit accessible aux plus démunis, il n'y a aucun problème à cela. L'important est que les subventions aillent vers ceux qui en ont réellement besoin. Dans le passé, il est arrivé, dans beaucoup de pays, que le mode de tarification de l'eau, soit une façon de faire supporter aux populations défavorisées des subventions au profit des riches. Il faut donc s'assurer, comme on le fait au Sénégal, que les systèmes de tarification ne génèrent pas des injustices de ce genre.
- A partir de cette philosophie que vous venez de définir, quelle stratégie avez-vous mise en place ?
Nos équipes travaillent dans tous les pays. Comme vous le savez, les problèmes d'eau sont à la fois des problèmes urbains, les problèmes des grandes villes, des communautés rurales mais également les problèmes de petites localités. Est-ce que maintenant la Banque a beaucoup travaillé dans les secteurs urbains dans le secteur de l'eau et de l'assainissement ? On a travaillé beaucoup dans l'eau. Je pense que ces dix dernières années, nous avons fait pas mal d'investissements dans le domaine de l'eau. Par contre, je pense que la Banque n'a pas fait assez d'investissements dans l'assainissement. Si vous me demandez quelles sont les priorités des villes pour les cinq ou dix prochaines années, je vous répondrais que c'est l'assainissement. Il y a des villes entières qui n'ont pas de systèmes d'assainissement. Il y a aussi des villes entières en Afrique du Nord ou au Moyen Orient où l'eau est une rareté et où encore l'eau usée n'est pas reconvertie pour l'irrigation.
Fondamentalement, je pense que l'assainissement c'est le défi des grands investissements.
Cela ne veut pas dire que l'on ne va pas faire d'investissement dans le domaine de l'eau. Si vous avez l'eau pour la population, il faut la reprendre, une fois qu'elle est usée, pour la rendre beaucoup plus utilisable et mettre en place un système de connexion dans les différents centres urbains et communautaires.
Au niveau de la Banque mondiale en particulier, si on regarde l'eau, cette année, nos investissements en eau partout dans le monde tournent autour de 1,4 milliards de dollars. Ce qui est trois fois que ce qu'on faisait, il y a de cela trois ans. Il y a trois ans, on avait juste 500 millions de dollars d'investissements. L'Afrique est un continent l'investissement en eau est une priorité et c'est un peu plus de 30 % des dépenses qui ont été consacrées à l'Afrique. Lorsqu'on parle de 1,4 milliards de dollars, il faut savoir que le total d'investissements de la Banque tourne autour de 18 milliards de dollars par année. Donc c'est un secteur qui avance quand même. Si on regarde les besoins liés à l'eau dans la planète, le volume des investissements nécessaires à la réalisation des objectifs du millénaire d'ici 2015, nécessitent entre 15 et 30 milliards de dollars d'investissement par année. Pour la région Afrique, il faut entre 4 et 5 milliards de dollars à peu près par année
- Vous évoquiez le coût de l'eau dans votre discours mais est ce qu'il n'est pas trop élevé pour le pauvre qui veut accéder à l'eau ?
Vous savez la question du coût est toujours trop simple. Quelqu'un doit payer l'eau, soit le service public, soit le consommateur, soit l'Etat. Je crois qu'en matière de tarification, il faut d'abord voir combien on peut se permettre de payer en regardant le pourcentage de la facture par rapport au revenu moyen des pauvres qui représente un taux inférieur à 1 % du Pib qui est la norme maximale à ne pas dépasser. En considérant cette norme de 1 % du Pib en dépenses eau et assainissement, on peut dire que le Sénégal est en dessous de cette limite. Les tarifs qui y sont en vigueur sont de l'ordre de 415 Fcfa hors taxes et les plus démunis bénéficient de la tranche sociale qui est inférieure à 200 Fcfa.
- Est-ce que pour tous ceux qui n'ont même pas accès à l'eau ou y accèdent difficilement, vous ne donnez pas l'impression de mettre la charrue avant les boeufs en mettant autant l'accent sur le volet assainissement ?
Pour les personnes qui n'ont pas accès à l'eau potable, la priorité est évidemment de leur permettre d'y accéder. C'est pourquoi les branchements sociaux sont très importants et peuvent se révéler très efficaces lorsqu'il s'agit de faciliter l'accès des pauvres à l'eau. Mais une fois que l'accès à l'eau est réalisé, il ne faut pas attendre trop longtemps pour mettre à la disposition des populations l'assainissement. Malheureusement, il y a souvent un décalage trop important entre l'accès à l'eau et la mise à disposition d'un système d'assainissement. J'ai vu beaucoup de villages auxquels on a donné l'accès à l'eau sans l'assainissement et cela a généré beaucoup de problèmes aussi. Je suis donc d'accord avec vous qu'il ne faut pas mettre la charrue avant les boeufs mais en raison de l'intérêt sanitaire de l'assainissement, il faut ne pas le négliger. Malheureusement encore, l'assainissement semble avoir un intérêt politique ou public peu important. Avez-vous déjà vu une station d'épuration porter le nom d'un maire ou d'un président ? Non. Cet intérêt est peu réel. Par contre, dans certains pays comme au Brésil, le président Lula a carrément déclaré une politique nationale d'assainissement et a signifié toute l'importance qu'il accordait à la politique d'assainissement en tant que priorité de son mandat.
- Quelles sont les évolutions qui ont marqué votre démarche dans le secteur de l'eau et de l'assainissement ces dernières années ?
La première action de la Banque en faveur d'un projet de l'eau, c'était en 1958 pour la ville de Tokyo au Japon pour la reconstruction du système de distribution d'eau. C'était intéressant, ce projet nous a pris trois ans au moins de négociations à cause de la question de la tarification. Les mêmes problèmes qui existaient en 1958 se posent encore maintenant. La Banque en tant qu'institution s'est toujours intéressée à l'eau, les secteurs d'infrastructures, l'électricité, les transports urbains sont parmi les premiers domaines après la Deuxième Guerre mondiale dans lesquels la Banque a investi. Du reste, la présence de la Banque à Paris n'est pas gratuite. Elle était impliquée dans la reconstruction et le développement de l'Europe après la Deuxième Guerre dans le cadre du Plan Marshall.
Depuis nos politiques ont changé. Au début, c'était la construction de grands ouvrages ; mais dans les années 90, nous nous sommes rendu compte que la construction des ouvrages quand elle n'est pas accompagnée du renforcement des capacités, de la formation, surtout de celle des cadres locaux, ne pouvait pas être durable. Le problème était fondamental. Nous ne pouvions pas nous permettre d'ignorer l'existence de toutes ces entreprises publiques et qu'on vienne les faire gérer par des compagnies internationales, alors qu'il y a, sur place, des gens capables de les gérer. Et dans les années 80, c'était la construction et vers la moitié des années 80, les ajustements structurels ont débuté à travers le monde. C'est dans le cadre de ces programmes d'ajustement structurel que les réformes ont commencé. C'est là que l'Amérique Latine et l'Asie ont été les précurseurs en matière de réforme de politiques liées à l'eau
- Lors du Forum mondial sur l'eau qui s'est tenu en 2003 à Kyoto, la Banque mondiale, a pris l'engagement de soutenir les pays en développement dans la mise en oeuvre de programmes destinés spécifiquement à leur permettre d'atteindre leurs objectifs du Millénaire fixés en matière d'eau et d'assainissement. Où en êtes-vous avec cet engagement?
J'étais effectivement à Tokyo au moment où ces engagements se prenaient. L'une des choses fondamentales, c'est qu'on s'est rendu compte que dans les documents de stratégie de réduction de la pauvreté, l'eau n'était pas considérée comme un secteur prioritaire. Pourquoi ? Parce que pour le ministre des Finances qui alloue les fonds l'eau, l'énergie, l'assainissement ou l'éducation sont tous des secteurs que l'on peut considérer comme prioritaires. En Afrique, par exemple, parmi 12 documents de stratégie de réduction de la pauvreté que nous avons passé en revue, seul celui de l'Ouganda avait mentionné l'eau comme secteur prioritaire. A part ce pays, il n'y a que la Mauritanie. Donc, on s'est rendu compte que l'eau n'était pas au nombre des priorités des gouvernements. Nous avons donc commencé la sensibilisation à ce niveau et je pense que le défi de la famille de l'eau, c'est d'intéresser les ministres chargés des finances. La deuxième chose à faire c'est de travailler à partir des plans d'action clairement établis et dans ce cadre-là nous avons déjà une équipe pour aider à développer les actions au Sénégal. Nous avons 14 plans d'action pour le reste de l'Afrique.
Donc pour atteindre les objectifs du millénaire, il faut d'abord mettre de l'ordre dans la maison en se demandant ce que nous pouvons faire pour venir en aide aux gouvernements en sachant qui fait quoi, qui est responsable de quoi, car il faut que ces plans soient acceptés par les gouvernements avant leur mise en application. Cela est fondamental pour la Banque mondiale parce que s'il n'y a pas appropriation des réformes et du plan d'action, il n'y aura pas la réussite escomptée. C'est pourquoi, l'une des priorités de la Banque c'est d'aider les gouvernements pour leur donner des moyens et des idées pour qu'ils puissent avoir des informations.
- Le Sénégal a mis en oeuvre depuis 1996 un projet sectoriel Eau, qu'est ce qu'il faut penser de cette initiative et de ses acquis ?
Nous sommes des partenaires du Sénégal depuis pas mal d'années et nous avons des projets dans l'eau et dans l'assainissement. Le projet sectoriel Eau d'un coût de 290 millions de dollars va finir bientôt. Nous y avons injecté directement, via l'Ida, 100 millions de dollars et nos partenaires que sont la Kfw, l'Agence française de développement (Afd), la Banque européenne d'investissements, la Boad et la Badea y ont également beaucoup contribué. Le deuxième projet, appelé Projet Eau Long Terme, qui va suivre immédiatement après la clôture du premier est d'un montant de 250 millions de dollars. La Banque mondiale va le financer à hauteur de 125 millions de dollars pour s'assurer que les réformes qui ont été entreprises dans le premier débuté en 1996 vont être consolidées pour assurer sa durabilité.
Au nom de la Banque mondiale, je suis content d'exprimer ma satisfaction sur les réformes que le gouvernement du Sénégal a entreprises depuis quelques années. Je crois que le Sénégal a su mettre en place des politiques sectorielles qui sont claires ; ce qui est très important pour les investisseurs. Mais on a surtout réussi à atteindre un équilibre financier, ce qui est très important car il n'y a plus de subvention comme par le passé. l'Etat paie ses factures et c'est déjà une grande avancée. Je connais pas mal d'Etats où le ministère de l'Eau et l'Armée ne paient pas leurs factures d'eau. Au Sénégal, ce n'est pas le cas et cela est très important car les consommations publiques atteignent 25 à 30 % du chiffre d'affaires du secteur.
Au Sénégal aussi, nous avons également réussi à faire 90.000 branchements sociaux, 400 bornes-fontaines permettant à un million de personnes de pouvoir être alimentées. Le Sénégal a réalisé, à mon avis, pendant ces dix dernières années beaucoup de choses et nous voyons que ces réformes ont commencé à donner des fruits. Ce qui reste à faire, c'est de résorber le déficit sanitaire en améliorant l'assainissement que nous allons attaquer dans ce second projet et le déficit Eau du périurbain. Il faut encore aller plus loin vers les pauvres même si dans l'assainissement on a réussi à effectuer 13.000 branchements sociaux qui permettent à 130.000 nouvelles personnes de se connecter au réseau. Ce n'est pas assez au regard des énormes besoins. Pour répondre à votre question de manière bien précise, nous sommes ici pour exprimer notre totale satisfaction vis-à-vis de l'Etat.
Nous allons aussi visiter les équipes de la Banque, renforcer le dialogue avec le gouvernement sénégalais pour un partenariat idéal et les donateurs ; parce que je pense que c'est un des rares pays où l'Etat, les bailleurs de fonds aussi bien multilatéraux que bilatéraux et les entreprises travaillent la main dans la main. J'ai discuté avec les entreprises pour voir comment ils font leurs projets et je dois dire que je suis très impressionné parce que quand je compare le Sénégal par rapport à d'autres, je constate qu'il est très en avance. L'accès à l'eau en milieu urbain est passé de 85 % en l'an 2000 à 87 % en 2004. Quant aux pertes d'eau qui sont aussi des indicateurs de performance, elles étaient autour de 30 % alors que dans bon nombre de pays en voie de développement elles sont à autour de 50 %. Aujourd'hui, elles se situent au Sénégal à 20 % et se rapprochent des normes des pays développés. C'est un bon niveau quand on sait que dans une ville comme New York, les pertes sont estimées à 15 %. Je pense que le Sénégal est un champion en matière de gestion d'eau. En Afrique, il n'y a que quelques rares pays qui peuvent être rangés dans cette catégorie. Je citerais la Tunisie, la Côte d'Ivoire, le Niger, et certaines villes au Maroc. Dans d'autres pays que je connais bien, comme l'Ethiopie ou la Tanzanie, on parle de 50 à 60 % de pertes d'eau.
- Un syndicat du Btp s'est plaint du mode d'exécution du Projet sectoriel Eau en disant que les importants volumes financiers générés par les marchés de travaux ont plus ou moins échappé aux entreprises locales. Que répondez-vous ?
J'ai été surpris par une telle remarque parce que c'est tout à fait contraire à la réalité. Peut-être qu'ils en veulent davantage mais nous avons pris sur nous d'ailleurs, au risque de tordre un peu le coût aux procédures de passation de marchés, de pouvoir réserver certains lots d'extension de tuyaux parce qu'on ne va pas faire des appels internationaux pour une extension de 4 kilomètres de fils 800. Quand on rentrait dans ce secteur en 1996, il n'y avait que deux entreprises étrangères qui travaillaient dans la pose des tuyaux et qui remportaient tous les appels d'offres.
Les cahiers de charge de la Sonees étaient la copie conforme de la situation technique des fiches d'un fournisseur et quand nous sommes arrivés parce que la Banque est financée par plusieurs bailleurs de fonds qui ont des intérêts, on s'est dit que ce projet de plus de 200 millions de dollars et celui de 150 millions devait être beaucoup plus ouvert et élargi à la compétition. C'est là que nous sommes arrivés pour les petits contrats à intéresser les sociétés locales qui n'avaient pas les références mais qui ont accepté de se mettre en joint-ventures avec d'autres sociétés européennes de manière à pouvoir avoir les références et nous sommes fiers aujourd'hui, à la clôture du Projet sectoriel Eau, de constater que quatre entreprises sénégalaises qui n'avaient aucune référence en matière de pose de fonte se sont créées aujourd'hui et sont les leaders du marché du Pvc diamètre 63 jusqu'à tuyau en fonte de huit. C'est ça le rôle de la Banque qui est non seulement d'investir et d'accroître la qualité du service mais aussi de développer l'expertise locale et les entreprises locales de manière à contribuer au développement économique et sociale durable du pays.
Peut-être que leur frustration résulte du fait que quand il s'est agi de faire des marchés de pose de diamètre 1200, elles n'y ont été pas été associées. 70 kilomètres de diamètre fonte 1200, comme celui qui est en train de se faire vers Guéoul, ça ce sont des types de marchés qui arrivent une fois tous les 5 ou 10 ans en Afrique au Sud du Sahara. Ce sont des choses exceptionnelles et malheureusement pour prétendre compétir dans ce genre de gros travaux, il faut avoir des références ou il faut accepter de s'associer avec les grosses sociétés multinationales qui ont des références. Donc c'est le seul marché où en l'occurrence ils n'ont pas pu être mises à contribution, parce que aucune société de la sous-région n'a de référence, mais il y en d'autres qui se sont associées avec les sociétés étrangères et qui ont eu à travailler dans ces bouts de tuyaux qui ont été doublés entre l'usine de Nguith et Dakar.
- Le contrat qui lie la Sde à l'Etat du Sénégal n'a pas encore été renouvelé. Est ce que la Banque mondiale a un avis sur la question ?
Nous sommes satisfaits de la mise en oeuvre de ce contrat et si j'ai bien compris le contrat a une clause qui permet une extension de 5 ans si jamais l'Etat du Sénégal et l'entreprise privée se mettent d'accord. La Banque n'est pas partie prenante au contrat et en ce qui nous concerne nous n'avons pas un avis à donner là-dessus mais certainement si cette clause de 5 ans est exercée, nous n'avons pas d'objection dans ce genre d'entente. Pour le gouvernement, la société a amorti son compte mais puisque nous ne faisons pas partie du contrat nous n'avons pas un point de vue particulier, mais il est certain que s'il y a une extension du contrat, nous sommes partants
- Le Projet sectoriel Eau était destiné à l'alimentation urbaine. Qu'est ce que la Banque mondiale compte faire pour les campagnes au Sénégal ?
Je pense que c'est une question importante maintenant que nous nous sommes attelés à la résolution des problèmes en milieu urbain et que le Projet Eau à long terme a permis d'attaquer et de consolider l'assainissement, maintenant le nouvel agenda de la Banque sera un agenda de plus en plus rural. Effectivement, on ne peut pas continuer à travailler au niveau urbain, il faut aller vers les villages ainsi le nouveau défit de la Banque, en accord avec le gouvernement, c'est d'attaquer le problème de l'eau en milieu rural. Contribuer à l'implantation des différentes méthodes pour que l'eau arrive aux villageois pour qu'ils restent chez eux de manière à pouvoir continuer à être des éléments productifs de la société et annihiler ainsi les velléités de l'exode est fondamental dans la nouvelle démarche de la Banque. Je pense que nous serons d'un apport positif pour le gouvernement avec l'expérience que nous avons sur les problèmes du monde rural.
- Le maintien des infrastructures d'hydraulique rurale pose souvent problème, une fois les réalisations mises en service. La Banque a-t-elle une vision différente dans ce domaine ?
La question de la maintenance est une question fondamentale qu'on a souvent négligée. On réalise de très belles choses en pensant qu'elles vont se maintenir d'elles-mêmes. Parmi les conditionnalités que nous posons au moment de négocier les projets, nous nous assurons que la formation des cadres pour le maintien des outils sur les technologies utilisées sur le site même est prévue. Si pendant cinq ans un projet fonctionne sans les hommes chargés de la maintenance, il faut plaider pour qu'un budget soit réservé à ce service qui est fondamental à sa survie.
- Concernant le secteur de l'énergie, le Sénégal a initié des réformes qui n'ont pas toujours été menées jusqu'à leur terme. Qu'est ce que la Banque fait principalement pour accompagner l'Etat dans sa mise en oeuvre des réformes entamées ?
C'est vrai que nous sommes des partenaires dans le secteur de l'énergie au Sénégal et il y a plusieurs tentatives dans ce qui est en train de se faire. Cette semaine, il y a eu une négociation sur le projet d'énergie rurale qui vient d'avoir lieu et dont l'investissement tournera autour de 50 millions de dollars. Je pense que le secteur de l'énergie a beaucoup à apprendre du secteur eau et une réflexion stratégique est amorcée, comme il y a quelques années pour l'eau. L'une des conditions de redynamisation du volet énergie urbaine, c'est-à-dire la Senelec, c'était qu'il y ait cet appel d'offres en B.O.T pour les capacités additionnelles.
Cet appel d'offres a été adjugé ; donc c'est un privé qui va s'en occuper. Cette question est donc réglée. La deuxième condition, c'était la réforme de la Senelec qui a été mise à plat de manière à avoir une formule de réforme acceptable qui va être accompagnée d'un plan d'investissement important comme celui qui s'est fait dans le secteur rural et qui sera négocié cette semaine.
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