Eugène Dipanda
28 Juillet 2004
André Jules Ndouga, le président du Syndicat des exploitants, transformateurs, industriels et exportateurs des produits forestiers spéciaux du Cameroun (Stiepfs), a l'air particulièrement ulcéré par la situation.
" Comment peut-on payer d'avance les taxes sur une activité aussi aléatoire que la nôtre, alors que, dans le même temps, la taxe d'abattage n'est pas réglée à priori en ce qui concerne les assiettes de vente de coupe ? ", s'interroge t-il. Il en était d'ailleurs ainsi pour la plupart des participants à la dernière assemblée générale du Stiepfs tenue le 16 juillet 2004 à Yaoundé. Des assises au cours desquelles a été posée la sempiternelle problématique de la promotion des produits forestiers spéciaux au Cameroun ; ainsi que leur commercialisation, leur industrialisation et, surtout, le cadre juridique qui entoure l'activité. Par produits forestiers spéciaux, il faut entendre principalement des essences non ligneuses dont l'utilité a été démontrée dans les domaines de la chimie, de la pharmacie, de l'énergie, de la cosmétique, de l'ameublement ou, simplement, de l'alimentation.
En ce qui concerne la promotion de la filière au Cameroun, il se trouve en effet que les opérateurs économiques potentiels sont soumis au paiement préalable, c'est-à-dire avant même l'exploitation, des taxes diverses sur les quantités sollicitées. L'acquisition d'un permis d'exploitation, dont la validité n'est que d'un an renouvelable, est soumise à d'atroces lenteurs administratives. Conséquences de cette incontournable barrière, ils sont de moins en moins nombreux à s'intéresser à ce secteur pourtant " porteur ", avec une cinquantaine de produits forestiers spéciaux officiellement recensés. L'industrialisation locale se trouve ainsi hypothéquée, et les investissements dangereusement précaires. Et, même les acteurs de la filière qui résistent à toutes ces pressions restent confrontés à un problème majeur concernant la fraude et l'harmonisation des prix sur le marché. Les tracasseries des forces de l'ordre sont décriées en vain. De l'avis de certains syndicalistes, la délimitation des zones d'exploitation constitue également un frein. En plus, il n'existe aucune synergie entre différents exploitants. Les quotas sur les quantités ne sont pas respectés
Croisade
Pour ne pas laisser mourir la filière comme cela semble profiler à l'horizon, les membres du Stiepfs ont donc décidé de saisir le taureau par les cornes. La plupart de leurs permis d'exploitation, dénoncent-ils, n'ont pas été délivrés à temps par le Ministère de l'Environnement et des Forêts (Minef). Pis, l'effondrement récent du pont sur le Moungo qui relie les provinces du Littoral et du Sud-ouest a considérablement freiné les activités des forestiers. Les syndicalistes disent en plus être sujets à des saisies intempestives de leurs produits, vendus aux enchères comme l'autorise une circulaire du Minef datant du 28 juin 2004. Ils sollicitent à cet effet l'arbitrage du Premier ministre, Peter Mafany Musonge, dans la programmation du paiement de la seconde tranche des taxes de reforestation qu'ils auraient dû honorer depuis la fin du mois de mai 2004. " Le syndicat suggère au Minef de voir le problème de la suspension de permis au cas par cas afin de permettre aux opérateurs de négocier auprès du Minfib des moratoires de paiement qui s'apparentent aux réalités de terrain ", écrivent-ils. " La révision des textes s'impose d'urgence ", poursuivent-ils, d'autant plus que certaines grandes sociétés comme Plantecam, une filiale du groupe français Fournier, a récemment fermé ses portes à Mutengene.
Les sociétés Unalor, Crelicam, Afrimed ou Cexpro, qui exploitent respectivement le Funtumia (fabrication des allumettes), l'Ebène, le Pygeum (traitement de la prostate) et le Yohimbé (aphrodisiaque très demandé au Etats-Unis) et emploient de centaines de Camerounais, pourraient bien choisir la même option. Si rien ne change. A l'observation générale, il faudrait cependant nuancer les revendications des exploitants des produits forestiers spéciaux. Le Minef se plaint par exemple du non respect du cahier de charge de leur part, qui leur exige des investissements divers dans le périmètre d'exploitation de leurs produits. Sans oublier le respect scrupuleux de la loi, en attendant son amendement éventuel. Malgré tout, les responsables du Stiepfs se veulent formels. Ils revendiquent deux ans renouvelables pour la validité du permis d'exploitation ; trois ans renouvelables pour celui des transformateurs et industriels ; le paiement des taxes sur les quantités effectivement exploitées ; la participation des syndicalistes à l'élaboration et à la vulgarisation de la loi forestière Autant de réformes proposées à la tutelle. Des voeux par ailleurs soutenus par des statistiques sur l'exportation de l'ensemble des essences forestières du pays, qui indiquent une baisse drastique des exploitations, par rapport à la forte demande enregistrée sur le marché international.
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