M. Fall
28 Juillet 2004
La retraite en Afrique renvoie à des réalités différentes selon le pays considéré.
Toutefois, une constante demeure d'une contrée à l'autre. Il s'agit des difficiles conditions de vie des retraités. Obtenir sa pension ressemble bien souvent à un véritable parcours du combattant. La fédération sénégalaise des sociétés d'assurances (Fssa), dans le cadre de l'accompagnement des politiques mises en oeuvre par le Sénégal en matière d'organisation de retraite complémentaire pour les travailleurs des secteurs privés et publics, tente de sensibiliser depuis le lundi 26 juillet les retraités de demain sur les enjeux de la retraite complémentaire.
Faire que la retraite ne perde chaque jour un peu plus de son caractère noble pour être perçue comme une fatalité, voire une sanction reste l'un des objectifs affichés par le président de la fédération sénégalaise des sociétés d'assurances (Fssa) Mamadou Racine Bathily qui souhaite "permettre aux générations de Sénégalais de pouvoir mieux jouir de leur vieillesse". Pour qu'aller à la retraite rime dès lors plus avec condamnation à la détresse financière. « Alors que la retraite est l'aboutissement logique de décennies de travail. Il faut pouvoir céder la place sans pour autant perdre le goût de la vie » milite le président de la fédération sénégalaise des sociétés d'assurances (Fssa), pour une retraite active et réussie.
Au Sénégal qui compte environ 118.000 retraités, secteurs public et privé confondus, la situation n'est cependant pas reluisante. Les retraités ont de plus en plus de mal à percevoir leurs pensions. Le Fonds national de retraite (FNR) qui s'occupe des fonctionnaires à la retraite est au bord de la banqueroute et avec un déficit cumulé de six milliards FCFA, il est en cessation de paiement. L'Institut national de la prévoyance sociale (Ipres) qui gère pour sa part les retraités du secteur privé, avec 122 800 cotisants pour 83 251 retraités connaît également des difficultés dans l'accomplissement de sa mission.
Proposer des systèmes complémentaires
Selon une récente publication du Bureau international du travail (BIT) intitulée « social security pension, developpement and reform », 90% de la population mondiale en âge de travailler ne sont pas couverts par des régimes de retraite de nature à leur garantir un revenu suffisant. La mauvaise gestion d'une grande partie des régimes existants aggrave la situation et expose une large part de la population mondiale à la pauvreté durant la vieillesse. D'une manière générale, les régimes de retraite sont très faibles et en proie à de fortes pressions sur leurs trésoreries. Ce constat s'applique également à l'Afrique de l'Ouest. La Côte d'Ivoire mais aussi le Sénégal sont des exemples patents du dysfonctionnement du système de retraite en Afrique. La caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) et la Caisse générale de retraite des agents de l'Etat (CGRAE) en Côte d'Ivoire connaissent certes des fortunes diverses mais ont en commun des problèmes de trésorerie même s'ils sont plus perceptibles à la CNPS. L'IPRES et le FNR au Sénégal sont dans la même situation. Ces différentes structures ont de plus en plus de mal à trouver les ressources pour payer les pensions.
Les causes sont multiples mais deux retiennent particulièrement l'attention. Il y a d'abord le ratio retraité / fonctionnaire ou retraité/cotisant ensuite le taux de recouvrement. Le ratio retraité / cotisant se détériore de plus en plus et grève largement la trésorerie des structures chargées de gérer les retraités. Cette détérioration s'explique pour sa part par deux raisons essentielles , Le chômage qui est grandissant à cause, entre autres éléments, des licenciements consécutifs à la privatisation tout azimut et à la récession économique. Des centaines de travailleurs du secteur privé se sont retrouvés subitement sans emploi. Le second facteur c'est la retraite anticipée suggérée ou imposée, "pudiquement appelé départ (in) volontaire" c'est selon, par les bailleurs de fonds et destinée à réduire le budget de fonctionnement des Etats africains sous ajustement.
Les choses ne se présentent donc pas toujours sous de bons auspices tant pour les travailleurs que pour les retraités du secteur privé ou les sociétés parapubliques. Au Sénégal l'Ipres totalise des arriérés de cotisation énormes par le biais des sociétés parapubliques dont certaines sont du reste liquidées. Les arriérés dus par ces sociétés s'élevaient à près de milliards F Cfa. Le secteur privé quant à lui, cumulerait environ neuf milliards F Cfa à l'Ipres. Dans ces conditions pour entrer en possession de sa pension, c'est à un véritable parcours du combattant qu'il doit se soumettre en dépit parfois d'un état de santé précaire. La situation des retraités est toutefois différente selon qu'il s'agit d'un ex-fonctionnaire ou d'ex-travailleur du secteur privé.
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