Fraternité Matin (Abidjan)
Par Rémi Coulibaly
28 Juillet 2004
Abidjan — L'histoire nous apprend qu'en l'espace de 12 ans, trois navigateurs portugais ont contribué à percer le mystère des routes secrètes d' Afrique en découvrant le chemin qui mène aux Indes en passant par le Cape de Bonne Espérance.
A la troisième tentative en 1498, VASCO DE GAMA a finalement atteint les Indes en partant de Lisboa au Portugal une année avant. Le voyage a duré environ douze mois. Ce succès historique a été rendu possible grâce à la rencontre de VASCO DE GAMA avec un navigateur arabe, IBN MAJIB au cours de son périple. MAJIB l'a orienté depuis la côte OUEST africaine à la côte EST indienne. Cette découverte donna alors aux commerçants portugais une route alternative pour leur commerce d'épices dont ils auront le monopole des siècles durant.
Aujourd'hui, en l'espace de dix ans, les câbles sous-marins à fibre optique sont devenus le transport moderne pour le commerce et les communications entre le continent africain et le marché international.
Cinq cents ans après VASCO DE GAMA, le nouveau système de câble sous-marin dénommé SAT3/WASC/SAFE a été construit en suivant approximativement le même chemin emprunté par les navigateurs portugais du 15ème siècle en descendant la côte Ouest africaine, contournant le Cape de Bonne Espérance en Afrique du Sud, avant d'atterrir à Cochin en Inde et à Penang en Malaisie.
L'ensemble de la communauté maritime est informée depuis quelques années de l'existence d'un câble sous-marin de transport des télécommunications dénommé SOUTH ATLANTIC TELECOMMUNICATIONS CABLE N°3/WEST AFRICAN SUBMARINE CABLE (SAT3/WASC) pour la partie du câble de 14350 Km, reliant la petite contrée de Sésimba au Portugal à celle de Melkbosstrand en Afrique du Sud en traversant l'océan Atlantique avec des points d'escale sur terre dans les villes de Chipiona (Espagne), Altavista (Espagne), Dakar (Sénégal), Abidjan (Côte d'Ivoire), Accra (Ghana), Cotonou (Bénin), Lagos (Nigeria), Douala (Cameroun), Libreville (Gabon) et Cacuaco (Angola). La partie du câble dénommée SAFE (SOUTH AFRICA FAR EAST) fait 13500 km et relie la ville de Melkbosstrand à la celle de Penang en Malaisie en traversant l'Océan indien avec des ancrages dans les villes de Mtunzini (Afrique du Sud), St. PAUL (Île de la Réunion), Baie Jacotet (Île Maurice) et Cochin (Inde).
Le Câble SAT3, d'une capacité maximale de 120Gb/s à terme permettra le transport de plus de 5.8 millions d'appels téléphoniques simultanés, a été construit par la Société française ALCATEL SUBMARINE NETWORKS alors que le Câble SAFE a été bâti par la société de droit américain TYCOM SUBMARINE CABLE SYSTEMS et est d'une capacité maximale à terme de 130 Gb/s. Pour donner une idée du volume des télécommunications supportés par le SAFE, disons que le SAFE permet le transport de plus de 6.3 millions d'appels téléphoniques simultanés.
Ce système de câble sous marin SAT3/WASC/SAFE est vraiment une technologie nouvelle de commercialisation à nul autre pareil pour l'Afrique offrant une chaîne d'échanges à haut débit plus efficace entre l'Afrique et les marchés Internationaux.
SAT3/WASC/SAFE est une oeuvre historique rendue possible grâce à la participation de 36 nations qui accueillent le câble sur leurs côtes parmi lesquels l'on peut compter une majorité de pays africains. Ensemble, ils ont mis en place un système de câble sous-marin au coût approximatif de 600 millions de dollars US. Les revenus engendrés par la gestion de ce câble seront donc réinvestis dans les économies africaines car la gestion dans chaque pays est confiée à des opérateurs locaux. Pour la Côte d'Ivoire, la société privée COTE D'IVOIRE TELECOM en est le dépositaire alors que le Bureau National d'Etudes Techniques et de Développement (BNETD) est agrée de façon exclusive, par l'ATCI en qualité de fournisseur d'accès au câble SAT3 pour les administrations publiques et les sociétés d'Etat et para-étatiques. C'est un début majeur vers l'autonomie des opérateurs africains de transport de signaux qui jusqu'alors s'en remettaient aux opérateurs étrangers de transport de signaux quand il s'agissait de gérer leur trafic international. Toute chose qui avait pour résultat d'encourager un exode massif des revenus dans ce secteur à fort taux de rentabilité.
En permettant aux entreprises du secteur public et aux institutions ivoiriennes de se doter d'un accès Internet à haut débit via le câble SAT3 dont il s'est offert une passerelle, le Bureau National d'Etudes Techniques et de Développement (BNETD) offre à l'administration ivoirienne l'opportunité de commercer avec le reste du monde en temps réel et à débit réel.
Ce projet aidera à bâtir un pont digital entre la Côte d'Ivoire et le reste du monde. Tous les acteurs de l'administration publique et du secteur des nouvelles technologies dans notre pays apprécieront à coup sûr la facilité d'accès à l'information que permet la bande passante disponible du câble sous-marin SAT3. L'aisance de la navigation à haut débit sur Internet au sein du BNETD nous permet d'affirmer que le système de transmission par câble sous-marin SAT3 apportera aux populations africaines l'opportunité d'une communication rapide, efficace et au faible coût dont elles ont besoin pour soutenir le développement durable et le progrès du continent. C'est aussi et surtout un chemin alternatif fiable et sécurisé offert pour le trafic de communication entre l'Afrique, l'Europe, les Amériques et l'Asie.
Par Michel Koffi
En ligne
Pont digital vers le monde...
Il est évident que le 3e millénaire est celui de la communication sous toutes ses coutures : communication d'entreprise, journalisme, multimédia, publicité, télécommunications Et, en intégrant le projet SAT 3 de transport des télécommunications par câble sous-marin, la Côte d'Ivoire emprunte le " pont digital " pour être en phase avec le monde entier, ce " village planétaire ". Aussi, le nec plus ultra de la communication mondialisée qu'est Internet, sera disponible à haut débit pour les administrations ivoiriennes via le BNETD, le fournisseur d'accès institutionnel au câble SAT 3. S'il est reconnu au BNETD des compétences multiples dans les domaines de l'innovation technologique et de la conception-suivi des projets de développements infrastructurels, il est à espérer que celui-ci ne soit " un pont digital de fortune ". Car, à regarder de près les lourdeurs et autres dysfonctionnements bureaucratiques de l'administration ivoirienne, la fourniture aux entités publiques et para publiques des applications des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication, s'avère être une entreprise titanesque, une révolution copernicienne.
Car, à la lumière de la téléphonie mobile et d'accès à Internet, où les opérateurs locaux sont les démembrements de filiales internationales et de multinationales, l'Etat et les institutions sous-tutelles apparaissent dans le microcosme national comme les parents pauvres, il devient légitime de s'interroger sur les moyens qui seront dévolus au BNETD pour pérenniser ce " pont " vers le monde ?
Espérons. Espérons que les puissances publiques comprennent et soutiennent ce secteur potentiellement porteur, pour la relance et la reconstruction de la Côte d'Ivoire.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2004 Fraternité Matin. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.