Akilesh Roopun
28 Juillet 2004
analyse
Port Louis — Le Bureau central des statistiques (BCS) annonce un taux de chômage de 8,7 % pour le premier trimestre de l'année.
Moyennant un changement apporté dans la méthode de calcul, le BCS a enlevé du pool des sans-emploi, quelque 5 900 personnes qui ne correspondent plus à la définition de chômeur ; elles ne sont pas activement à la recherche d'un emploi.
Ce nouveau postulat risque fort de relancer la polémique autour du nombre de chômeurs dans le pays. Toujours est-il que le gouvernement n'a aucune raison, non plus, de se réjouir d'un taux de chômage de 8,7 %. Ce chiffre traduit l'incapacité de l'économie, de créer de manière substantielle, des opportunités d'embauche et en même temps d'arrêter les pertes d'emplois.
Pour arriver à créer des jobs en quantité voulue, il faut que les restructurations en cours commencent à porter leurs fruits. Il reste encore du chemin à parcourir. Le climat d'affaires n'attire pas les investisseurs en grand nombre. Certes, il y a une volonté politique très nette à promouvoir de nouvelles sources de croissance. L'encadrement se met en place mais les initiatives privées n'emboîtent pas vraiment le pas.
Il y a certainement des retouches à apporter à la machinerie administrative. Le gouvernement vient d'annoncer que le Board of Investment va traiter les dossiers des opérateurs, dans un délai de 24 heures seulement. Mais cela n'est qu'une partie de la bataille. Tout le système de permis reste à revoir pour vraiment inciter l'investisseur et non le décourager.
Il y a, d'autre part, des réformes plus fondamentales qui n'ont pas encore été entamées. Le marché du travail, par exemple, est mûr pour un changement en profondeur. Le dernier Article IV du Fonds monétaire international (FMI) sur Maurice préconise la révision de nos lois du travail, comme une des solutions au taux élevé de chômage. Il faut entreprendre, selon le FMI, des mesures afin d'éliminer les rigidités structurelles du marché de travail, afin d'accorder aux opérateurs la possibilité de mieux utiliser les ressources humaines à leur disposition.
A ce chapitre, la révision des "Remuneration Orders" émis par le National Remuneration Board s'avère très utile. Les opérateurs se plaignent de la nature restrictive de ces décrets, à un moment où la polyvalence est de mise. D'autre part, un marché de l'emploi flexible est plus à même de mieux redistribuer les compétences au sein des différents secteurs d'activité.
Mais la redistribution des ressources ne se résume pas uniquement à avoir des lois plus souples. Le pays fait face aussi à un chômage structurel, c'est-à-dire que les nouvelles activités ne trouvent pas les compétences qu'il leur faut. Cela explique, en partie, le fait que des vacances dans des entreprises ne puissent être remplies même en temps de "high unemployment". Il y a un temps d'ajustement que les autorités doivent gérer moyennant des politiques de formation et de transfert de technologie. L'objectif est de pouvoir produire dans un temps raisonnable, une main-d'œuvre capable de répondre aux besoins des activités nouvelles.
Le déséquilibre entre l'offre et la demande est aussi une fonction de la qualité de l'information disponible sur le marché. Les agences concernées, à savoir les bureaux de l'emploi, ont un rôle plus important à jouer, surtout au niveau d'une main-d'œuvre peu formée. Leur but est de mettre les demandeurs d'emploi en contact avec les offres disponibles dans les différents secteurs et dans les différentes localités.
Tout en s'attaquant au problème du chômage, le pays doit aussi gagner la bataille de la productivité. Nos exportations perdent de plus en plus leur compétitivité, en raison d'un coût de la main-d'œuvre jugé trop élevé par rapport à sa capacité de produire dans un temps donné. La solution durable, c'est d'avoir des hommes et des femmes plus productifs, travaillant avec des outils de production plus performants.
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