Fraternité Matin (Abidjan)
Par Rémi Coulibaly
28 Juillet 2004
Abidjan — Elle aurait pu, dans un groupe vocal, chanter alti. Mais la chanson, ce n'est pas son hobby.! Pour elle, hobby et passion se conjuguent avec études
A 11 ans et demi, miss Soumagnin Nanan Jocelyne, élève l'année dernière au CM1 à l'école "Les anges noirs" d'Abobo, parachutée en classe de 3ème cette année au Collège moderne Saint Joseph d'Abobo vient de décrocher le BEPC".
Le déclic de toute cette histoire, ce conte de fées? Jocelyne, ingénue mais pas niaise, explique : "Un soir, pendant que mon père expliquait vainement en ma présence, une équation de 4ème, je pris la résolution de la traiter". Puis, son professeur de Mathématique de père au Lycée moderne d'Abobo, surpassant son heureux étonnement, fit jouer sa verve d'éducateur. Mettant la main à la poche, M. Soumagnin Firmin achète des bouquins d'anglais, de sciences physiques En un mois, le programme officiel de la classe de 6ème est assimilé par Jocelyne. C'est le temps des vacances. La marelle n'est plus au centre des préoccupations de l'écolière, qui se plait à papoter. Son père entre dans la danse et, lui ouvre les portes du Bois sacré. Une année de préparation intense en 2002-2003, après que, au bout d'un trimestre de vacances, le "couple" de bosseurs a compulsé les programmes de 5ème et 4ème, et ébauché celui de la 3ème. Pendant ce temps, les copines "en carreaux", comme le rappelle Jocelyne, ne sont pas mises dans le "secret" du plan concocté par Papa et sa fille.
Faisant fi des complexes d'infériorité nourris tant par ses congénères du cycle primaire que ceux de sa nouvelle classe de 3ème, où son père a pu l'inscrire après un test, Jocelyne obtient des résultats progressifs par trimestre : 10,53 / 20; 11,53 / 20; 12,93 / 20.
D'Odienné où son père fut affecté par l'Etat après avoir épousé la carrière d'enseignant, la petite Jocelyne avait déjà des dispositions pour les choses de l'esprit. En 1998, quand son père est affecté à Abidjan, elle doit cependant se résoudre à être une année durant, à 5 ans, sur la touche. "Je ne pouvais pas toute seule, traverser l'autoroute d'Abobo". C'est ainsi que papa et maman Sika Sophie Agathe (agent de la SCODI en zone portuaire), décident d'aménager à Abobo "4 étages". Tout près des "Anges noirs". Signe prémonitoire? Le résultat peut s'apprécier aujourd'hui. A peine, le brevet du premier cycle obtenu, que Jocelyne a déjà enregistré les programmes de 2nd C et 1ère C. La fondatrice de son école, Mme Suzanne Koffi et sa directrice Mme Soum Junior, fondent déjà, sur elle beaucoup d'espoir.
Jocelyne, quant à elle, se permet de rêver la tête sur les épaules. "Je veux être pilote. Je ne sais pas trop pourquoi, mais je reste convaincue que j'y arriverai", clame-t-elle. Toutefois, elle rêve d'être une femme normale. Si, pour l'instant, seul le riz, les omelettes et quelques broutilles sont les mets qu'elle arrive à concocter, Jocelyne pense qu'elle a le don de faire des merveilles culinaires!
Après, les premières hésitations Mlle Avi Kouadio (18ans), son amie de classe et du quartier, explique que Jocelyne demeure comme les fillettes de son âge, avec une différence : "elle ne sait pas qu'elle en sait plus qu'elle ne le devrait".
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