Altervision (Abidjan)
28 Juillet 2004
Abidjan — A la suite du décès par empoisonnement dans la nuit du 15 au 16 Juin dernier, du Secrétaire Exécutif du Comité de Régulation de l'Eau et de l'Electricité (CREE) qui est l'auteur des baisses des tarifs de l'eau et de l'électricité, les soupçons se sont tournés vers les Responsables de l'Electricité Du Mali, EDM.
Le Directeur général d'EDM-SA, Michel-Olivier Louis a été entendu le 5 Juillet dernier, par la Brigade de recherche du Camp I de la Gendarmerie nationale, chargée de l'enquête. Avant lui, certains de ses collaborateurs et les collègues du défunt ont été interpellé et interrogé sur cette affaire qui défraie aujourd'hui la chronique à Bamako, la capitale malienne.
Depuis plus de trois mois, l'Etat malien et EDM-SA sont à couteaux tirés ; ils se disputent à propos de la baisse des prix de l'eau et de l'électricité ; ceux-ci sont jugés trop élevés par le Président Amadou Toumani Touré Le 8 Juin dernier, le Président de la République en personne est monté au créneau pour dénoncer la mauvaise volonté d'EDM-SA de réduire de manière substantielle les tarifs d'eau et d'électricité.
Suivant ses instructions, le Secrétaire Exécutif de la CREE Alkali Keïta (qui vient d'être assassiné), avait estimé qu'une baisse de 8% pour l'électricité et de 7% pour l'eau était possible ; ce qui a entraîné des menaces par correspondances interposées entre les deux protagonistes.
C'est ainsi que dans une correspondance datée du 21 Mai 2004, le Directeur Général d'EDM-SA, Michel Olivier Louis, est entré en grande colère contre le Président de la CREE qui lui avait adressé deux jours plus tôt (19 Mai) une note décidant de la baisse des tarifs d'électricité et d'eau ; il lui écrit ceci " Nous prenons acte de votre courrier 04-0172 CREE du 19 Mai 2004, et des Décisions 04-0003 et 04-0004 portant fixation des tarifs d'électricité et d'eau potable. Compte tenu de leur immédiate publication, nous réservons l'intégralité de nos droits à contester légitimement, tant sur la forme que sur le fond, les dites Décisions CREE.
En premier lieu, nous ne pouvons en effet comprendre que, malgré toutes les informations transmises et nos diverses correspondances (courriers EDM-SA 04/022 du 31 Mars 2004, courrier PCA du 21 Avril 2004, courrier EDM-SA 04/025 du 29 Avril 2004, courrier EDM-SA 04/041 du 13 Mai 2004 entre autres), la Commission que vous présidez ait pu décider de manière unilatérale, non concertée et qui plus est rétroactive, une baisse moyenne des tarifs électricité de -8,6% et une baisse moyenne des tarifs d'eau de -1,1%, sans considération pour l'équilibre économique et financier, sans lequel la continuité du service public et la viabilité d'EDM-SA seront mis en péril.
Vous reconnaissez pourtant dans votre courrier 04-172 le principe de couverture des dépenses et charges d'exploitation ainsi que la nécessité de verser à EDM-SA l'intégralité de la compensation qui s'est élevée à 7,2 milliards de FCFA suite à une première baisse tarifaire en 2003.
Selon ce principe, vous avez été dûment informé qu'en l'absence de décision sur la compensation 200, et sur la base des tarifs 2003 alors en vigueur, EDM-SA enregistrait une perte nette de plus de 2 milliards de F CFA sur la période du premier trimestre 2004, et était à nouveau en difficulté de trésorerie.
Il nous impossible de comprendre la méthodologie, ni même la logique ayant conduit aux décision CREE 04-0003 et 04-0003, qui vont encore aggraver la situation économique et financière d'EDM-SA et provoquer des conséquences graves sur l'ensemble des secteurs.
En rappelant les principes auxquels vous faites référence dans votre courrier, et tout particulièrement les règles de précaution et de prudence en matière régulatoire , nous attirons votre attention sur l'énorme responsabilité que prend la CREE, sur la fixation unilatérale des tarifs ; elle est manifestement arbitraire en ce qu'elle ignore les dispositions contractuelles et en ce qu'elle met en péril les secteurs et l'énergie et de l'hydraulique au Mali.
Ce qui a pour conséquences : La suspension des investissements productifs, faute de ressources financières suffisantes ; d'où la dégradation de la continuité et de la qualité de service sur le réseau interconnecté et l'absence de moyens pour préparer nos missions dans la perspective de la saison sèche 2005 ; Le retour probable à la fourniture discontinue d'électricité sur l'intégralité des centres isolés ; Les menaces sur l'emploi ; La nouvelle perte de confiance des partenaires financiers et des bailleurs de fonds ; L' atteinte aux intérêts des investisseurs privés ; La mise à mal de la Démarche Partenariale Public Privé, orientée vers la recherche de solutions conjointes et durables, permettant une réduction progressive et réaliste des tarifs et des coûts de l'énergie au Mali.
En conséquence, nous vous demandons de bien vouloir retirer les décisions CREE 04-003 et 04-004 en attendant : la consultation des parties, notamment pour fixer la compensation ; les résultats de la Démarche Partenariale."
Malgré ces menaces, la CREE a maintenu sa décision, par lettre en date du 26 Mai ; quelques jours plus tard, le 8 Juin 2004, le Président Amadou Toumani Touré dénonçait l'entêtement de la Direction d'EDM-SA de ne pas vouloir appliquer ces baisses.
Le Président malien était d'autant plus "fâché", d'autant plus qu'en arrivant au pouvoir, il avait informé le peuple malien de la baisse des tarifs de l'électricité et de l'eau.
Alors que EDM-SA se réfugie derrière ce qu'il considère comme son droit de "faire ce qu'il veut" en tant que repreneur d'EDM-SA, l'Etat considère toujours le société d'électricité et d'eau comme un "outil politique".
Les repreneurs d'EDM, à savoir SAUR de Martin Bouygues et IPS du Prince Karim Aga Khan exigent que l'Etat ne se "mêle pas de sa gestion", eux qui ont repris la société pour en faire un centre de profit et la rentabiliser.
Selon les dernières informations recueillies auprès des Cadres d'EDM par Altercom EDM-SA a fini par appliquer dans ses dernières factures les tarifs d'eau et d'électricité tels que fixés par le CREE.
Mais la hache de guerre est loin d'être enterrée entre l'Etat et le partenaire stratégique SAUR/IPS en effet, l'Etat aurait commis des juristes pour parer à toute éventualité.
Le bras de fer continue donc de plus belle et les observateurs prévoient une possible dénonciation par l'Etat malien du contrat de concession ; ce qui serait une déconvenue de plus dans les privatisations dans ce pays et en Afrique de l'Ouest, où ces "injonctions" des Institutions Financières Internationales ont, dans la plupart des cas, tourné court.
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