Le Patriote (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Horreur à Anyama, hier : les hommes en armes tuent, blessent et pillent

Ferdinand Yao (Stagiaire)

29 Juillet 2004


Les habitants du quartier "Palmeraie" dans la commune d'Anyama ont eu un réveil brutal, hier mercredi 28 juillet.

Le bataillon de corps habillés qui ont fait le siège de ce quartier dès 04 heures du matin ont fait subir aux populations un véritable calvaire. Selon des témoins, c'est la veille, le mardi vers 22 heures, que vingt-six cargos des forces de l'ordre dont quatre chars ont fait irruption dans la ville d'Anyama. Officiellement, pour assurer la sécurité des habitants de la "cité de la cola". Mais, peu avant l'aube, ce mercredi, les protecteurs se sont transformés en bourreaux.

Leur descente musclée dans le quartier "Palmeraie" a causé de nombreuses pertes à ses habitants et la mort d'une personne tuée par balles. L'infortuné Diallo Mamadou, de nationalité guinéenne et boutiquier de profession, a été réveillé vers 05 heures du matin par les nombreuses détonations d'armes à feu suivies de violents coups portés contre le portail de la cour où il habite. Avant que les occupants de la concession ne réalisent ce qui se passe, les forces de l'ordre avaient déjà fracturé la porte d'entrée et se sont mises à tirer dans tous les sens. Diallo Mamadou et deux autres occupants cherchent à se sauver. Ils montent sur la dalle de la cour. La mort rattrape Diallo là où il croyait trouver le salut. Car pendant que les forces de l'ordre qui sont entrées dans la cour tiraient, d'autres qui se trouvaient sur la route juste en face en faisaient autant. Diallo est atteint d'une balle au ventre. Il s'effondre sur la dalle. Et rend l'âme. Pendant ce temps, un groupe d'hommes en arme écume le quartier, fracture les portes, entre dans les concessions, bastonne les occupants et les dépouille de leurs biens.

Non loin de l'endroit où Diallo a été assassiné, réside la vieille Tako Sidibé. Les forces de l'ordre font irruption chez elle, font sortir les enfants de sa grande soeur et exigent de fortes sommes d'argent avant de les libérer, raconte-t-elle. Les supplications de la vieille femme n'attendrissent pas le coeur des assassins. Elle leur remet donc la somme de 7 500 F CFA. Mais ils ne relâchent qu'un seul garçon sur les huit qu'ils ont arrêtés. Ensuite, ils se livrent à de véritables scènes de pillage ponctuées de menaces de mort.

Toutes les concessions du quartier reçoivent la visite de ces éléments des forces de défense et de sécurité. Deux policiers de la Brigade anti-émeutes fracturent la porte de la maison du jeune Koné A, le battent et exigent de lui la somme de 50 000 F CFA. Koné leur répond qu'il n'a pas d'argent. Un des policiers prend un couteau dans la maison et la lui plante dans le pied. Puis s'éloigne. L'ami de Koné va retirer le couteau après le départ des policiers qui ne se privent pas de mettre la chambre sens dessus-dessous et tirent dans le toit.

Chez les Kamagaté, quatre policiers se présentent au chef de famille et menacent : "Donnez-nous 50 000 F CFA sinon pour vous est fini". Le chef de famille leur remet 40 000 F CFA. N'empêche, les policiers menottent son fils Kamagaté Karim et l'embarquent dans leur véhicule.

Deux autres policiers font irruption dans la cour où habite Sanogo. Ils lui portent de violents coups au ventre avec leurs chaussures avant de lui soutirer la somme de 5000 F CFA et déchirent son passeport.

M. Doumbia Ibrahim se réveille en sursaut et voit trois kalachnikovs pointés sur lui.

Au total, dans sa cour, raconte-t-il, il y a cinq hommes en treillis qui ont cassé son placard, sa bibliothèque et ont emporté une importante somme d'argent qu'il n'arrive pas lui-même à évaluer. Sans oublier deux téléphones portables et trois montres. Ses petits frères qui refusent de débourser de l'argent sont violemment battus.

Avant de s'en aller, les hommes en treillis lancent au chef de famille : "C'est vous qui savez tuer les policiers. On va vous abattre un à un ici".

Au domicile de Sy Mamadou, chauffeur de gros camions, les forces de l'ordre emportent la somme de 500 000 F CFA.

Selon les différents témoignages recueillis dans le quartier "Palmeraie" après le passage des hommes en armes, ce sont au moins 1 088 500 F CFA, dix téléphones portables et trois montres qui ont été arrachés à leurs propriétaires. Sans compter le mort.

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