Inter Press Service (Johannesburg)

Gabon: La FAO aide les pêcheurs artisanaux à améliorer leurs productions

Antoine Lawson

28 Juillet 2004


Libreville — Les pêcheurs artisanaux du Gabon viennent de bénéficier d'une aide de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) d'un montant de 270.000 dollars visant à améliorer leurs productions et à réduire les importations de poissons congelés.

L'autre grand espoir découlant de l'aide de la FAO est de voir le gouvernement gabonais initier enfin une politique de développement de la pêche à long terme, et de poursuivre la réglementation des pêches pour les espèces menacées de disparition.

L'aide de la FAO permettra, selon la direction des pêches, d'améliorer les équipements des pêcheurs (moteurs hors bord, gilets de sauvetage, embarcations) et de développer les infrastructures portuaires qui n'existent pas dans l'unique port de pêche de Libreville, la capitale gabonaise. Cette assistance permettra également aux pêcheurs de mettre en place des organisations professionnelles représentatives.

Les pêcheurs sont confrontés à une baisse de rentabilité de leurs activités à cause du manque de matériels performants et de la rareté du poisson dans certaines zones, expliquent-t-ils à IPS. Leur revenu moyen mensuel varie selon les marées entre 500.000 et 900.000 francs CFA (entre 961,5 et 1.731 dollars environ) sans les charges, et ils souhaiteraient augmenter les produits de leur pêche.

Actuellement, les pêcheurs artisanaux n'assurent que 70 pour cent des besoins locaux en produits halieutiques. "Notre premier souci est l'équipement en pirogues, en moteurs hors bord et en filets appropriés. Le prix élevé du gasoil nous pénalise aussi", déclare à IPS Sylvain Mondjo, occupé à préparer ses filets pour la prochaine sortie en mer.

Mondjo déplore que plusieurs pêcheurs utilisent des filets à petites mailles qui ramassent tout, empêchant le petit poisson d'arriver à maturité. "Du coup, nous n'arrivons plus à faire des captures près des côtes et il nous faut aller plus loin en mer, ce qui entraîne une augmentation de la consommation de carburant et des risques également", ajoute-t-il.

Un jeune pêcheur, Mathieu Koffi, indique à IPS qu'il "est difficile d'obtenir un crédit pour acquérir du nouveau matériel et les pêcheurs s'associent difficilement pour limiter leurs charges. Nous espérons que l'aide de la FAO nous permettra d'acquérir un équipement moderne".

Le conseiller chargé de la coopération à la Direction générale des pêches et de l'aquaculture, Georges Mba Asseko, a expliqué à IPS la portée de l'aide de la FAO qui, selon lui, "permettra aux pêcheurs d'organiser leurs activités, et surtout à la direction générale des pêches d'évaluer les données sur la biomasse, le potentiel qu'on trouve dans l'eau, ce qu'on peut pêcher".

"On estime que les espèces pélagiques, comme le thon, représentent un potentiel présent dans le milieu marin de 430.000 tonnes dans toute la sous-région. Pour les poissons de fond, le Gabon dispose de 280.000 tonnes..., 25.000 tonnes de mollusques et 4.200 tonnes de crustacés", a précisé Mba Asseko.

Le Gabon dispose de 800 kilomètres de côtes. Pour Mba Asseko, "bien qu'il y ait de la ressource, il faut relativiser les choses car la ressource n'est pas inépuisable sur les 800 km. La réalité c'est qu'il existe des zones de production de poissons où des eaux froides rencontrent des eaux chaudes. Et le Gabon se trouve à cheval sur l'Equateur et non dans des zones des tropiques, plus poissonneuses, comme en Mauritanie, au Sénégal, au Maroc...".

Interrogée par IPS au débarcadère du marché du Pont Nomba de Libreville, une mère de famille, qui a requis l'anonymat, se plaint de l'augmentation périodique du kilogramme de poisson.

"Le kilo de poisson coûte entre 1.500 et 1.800 FCFA (entre 2,8 et 3,4 dollars environ) chez les revendeurs dans les marchés et autour de 1.200 FCFA (environ 2,3 dollars) en moyenne, selon le type, à la sortie de la pirogue. Il faut donc attendre l'arrivée des pêcheurs pour bénéficier d'un prix avantageux", ajoute-t-elle.

Un autre pêcheur se défend des prix pratiqués, expliquant que "le poisson congelé qui est importé atteint parfois 1.200 FCFA le kilo, alors que les poisons pêchés localement sont frais et de meilleure qualité. Nous les vendons dans les pirogues entre 1.200 et 1.400 FCFA (entre 2,3 et 2,6 dollars environ) le kilo, pratiquement le même prix que celui qui est importé. C'est une concurrence qui ne nous avantage pas".

Selon des entretiens menés par IPS dans huit débarcadères de Libreville et sa banlieue, les pêcheurs se plaignent du prix trop bas des poissons importés d'Asie, du Sénégal et des pays environnants.

Pour la direction des pêches, la pêche artisanale est la plus dynamique et elle concerne 1.595 pêcheurs dont 192 Gabonais (12,04 pour cent) et 1.403 étrangers africains (87,96 pour cent), avec une majorité de 971 Nigérians (60,88 pour cent), 304 Béninois (19,06 pour cent)...

Malgré ses potentialités, le secteur de la pêche artisanale n'attire pas trop les nationaux. Elle est pratiquée, depuis les années 1960, par des pêcheurs étrangers originaires d'Afrique de l'ouest.

Le ministère de la Pêche confirme que le parc piroguier est constitué de 696 pirogues dont 543 à moteur, soit 78,01 pour cent. Les pêcheurs utilisent différends types d'engins de pêche dont les plus répandus sont les filets de sardine au nombre de 2.258 (35,97 pour cent); 2.237 filets maillant de fond (35,64 pour cent); 1.108 filets maillant de surface (17,65 pour cent)...

Toujours selon la direction des pêches, la production nationale des produits de pêche est de 35.000 tonnes par an et rapporte 35 milliards de FCFA (environ 67,3 millions de dollars), soit environ 1,2 pour cent au Produit intérieur brut (PIB).

Les besoins de la consommation nationale en produits de mer (40.000 à 50.000 tonnes) doivent être complétés chaque année par des importations de 7.000 à 8.000 tonnes de poissons congelés évaluées à quelque 7 milliards de FCFA (environ 13,4 millions de dollars), précise la direction des pêches..

Le chiffre d'affaires global du secteur pêche-aquaculture (pêche industrielle comprise) est estimé à 40 milliards FCFA (environ 76,9 millions de dollars). Les exportations atteignaient 7,3 milliards FCFA (environ 14 millions de dollars) en 2002, dont 5,7 milliards (environ 10,9 millions de dollars) pour les seules crevettes, très largement expédiées (88 pour cent) vers l'Espagne.

La direction des pêches estime la production de la pêche industrielle à 20,5 milliards de FCFA (environ 39,4 millions de dollars), ce qui représente 10.963 tonnes de poissons par an, alors que la pêche artisanale maritime représente 12,4 milliards (environ 23,8 millions de dollars), soit 20.508 tonnes de poissons.

L'espace maritime gabonais (265.000 km2), qui comprend un plateau continental de 46.000 km2 et une zone économique exclusive de 213.600 km2, est presque aussi vaste que tout le territoire (267.667 km2). Il est complété par un système fluvial, lacustre et lagunaire qui couvre 10.750 km2 et regorge d'importantes ressources halieutiques, selon la direction des pêches.

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