Par DR Issidor Noumba
29 Juillet 2004
opinion
Depuis un certain temps, les blanchisseurs du parti-Etat Rdpc qui peuplent particulièrement la Rdpc, ne cessent de nous rabâcher les oreilles avec les acquis de l'unité nationale et de la paix au Cameroun.
Les deux éléments ont constitué des slogans majeurs pendant la fête du 20 mai 2004, et continuent d'ailleurs de faire l'objet d'intenses débats dans la presse tant privée que publique (presse écrite et parlée). Nous avons retenu de ces débats une seule chose : l'unité nationale et la paix sont deux conditions sine qua non de la cohésion nationale et du développement humain. Sans la paix, aucun projet économique, social, politique ou culturel ne peut se réaliser. Sans l'unité nationale, les risques d'implosion sociale sont très élevés, ce qui autorise des anticipations pessimistes sur l'avenir et décourage les investissements privés Notre propos dans cet article est de montrer en quoi le Rdpc constitue une menace permanente, un danger pour la construction de l'unité nationale et pour la paix au Cameroun.
Des promesses fallacieuses
La promotion d'"une société tolérante, dans laquelle dirigeants et gouvernements existent non pas pour exploiter la population ou abuser d'elle, mais pour lui fournir liberté et perspectives", devrait guider le comportement de ceux qui tiennent les rennes du pouvoir politique dans un pays démocratique. Pourtant des exemples abondent qui démontrent le contraire dans notre pays. Qui ne se souvient des espoirs provoqués par l'arrivée au pouvoir en novembre 1982 du Président actuel, éternel et naturel du Rdpc ? "Les caisses de l'État sont pleines. Mon prédécesseur n'a jamais failli, je ne faillirai point..." Ces phrases restent encore fraîches dans nos mémoires. Cet espoir s'était renforcé avec la publication en janvier 1987 de son ouvrage "Pour le libéralisme communautaire" dans lequel le Président Biya expose sa vision de l'unité nationale, un déterminant significatif de la paix. En effet, M. Biya écrit à la page 137 :
"Le brassage des populations étant un facteur de fraternité et d'union, le Rdpc entend oeuvrer à la fois pour une circulation plus accrue des Camerounais à l'intérieur de leur pays, et pour la promotion des unions inter-ethniques. Cette double action implique la mise en place d'une infrastructure routière qui désenclave les villes et les villages du pays profond et facilite les contacts entre Camerounais..."
Plus de quinze ans après la déclaration de cette intention, les populations de Ntuisson par Okola, Etoug Ebé à Yaoundé la capitale, Mbalam, Moya, Jakiri, Bassamba, Olamze, Fontem, Bakassi, Upper Wum, Mansén, Malantoueng, etc., continuent d'attendre le désenclavement de leurs villages ; certains Camerounais sont appelés Bosniaques, Anglo-bami, autochtones, allogènes ; il existe des régions réservées exclusivement au Rdpc ; etc. Division des tribus pour mieux régner et corruption généralisée sont les armes redoutables de la gestion politique dont raffole le régime Rdpc. L'inertie délibérée et entretenue par son chef enfonce chaque jour davantage une frange croissante de la population dans la pauvreté et la misère. Comment dans ces conditions parler de paix et d'unité nationale ? Les responsables du Rdpc doivent savoir que l'unité nationale ne peut pas se réaliser sans l'intégration nationale.
"Le devoir de solidarité" que le Président Biya prescrit dans cet ouvrage se traduit dans les faits aujourd'hui par la solidarité des riches contre les pauvres7 les deux principales tribus du Cameroun.
En effet, comment peut-on parler de lutte contre la pauvreté, de solidarité des riches avec les pauvres, lorsque chaque jour, les petits Camerounais qui se débrouillent dans les ventes à emporter, les petites échoppes du quartier, dans la rue ? ces braves dames qui se battent sur les routes d'Okola, Obala, Monatélé, etc., sont confrontés à un harcèlement fiscal systématique. Lutte-t-on vraiment contre la pauvreté avec la hausse vertigineuse du prix des biens et services essentiels, l'électricité, le gaz, les carburants, le téléphone... Un litre de pétrole lampant devenu la principale source d'énergie aujourd'hui, coûte plus de 350 F Cfa dans plusieurs localités reculées qui abritent pourtant la plus grande proportion des populations pauvres ! La seule solidarité que nous observons de nos jours est celle des fonctionnaires véreux qui pillent sans honte les caisses de l'État. "La Nouvelle Presse", dans son édition du 05 septembre 2004, a publié une liste de 712 personnels de 1'État qui sont de véritables faussaires au Minfib. "Radio Venus" a longuement parlé d'une autre liste où figurent les militants bien connus du Rdpc originaires des dix provinces du pays.
Solidarité des prédateurs
Nous pensons que ces fossoyeurs de la République sont protégés par le Président du Rdpc. En effet, le problème lui avait été posé par un journaliste de la Crtv dès 1987 et, au lieu de prendre des mesures énergiques pour étouffer le mal dans l'oeuf, il les couvrit en demandant à ce journaliste d'apporter les preuves de sa déclaration. Se sentant ainsi protégés, ces prédateurs, ces "brouteurs de la République" ont mis à sac de nombreuses sociétés d'État, envoyant des milliers de Camerounais au chômage. M. Ie Président, vous voulez des preuves aujourd'hui ? Alors visitez les quartiers dits Santa Barbara, Denver, Mfandena, et bien d'autres à Yaoundé et Douala, vous les aurez. De même, la constitution de janvier 1996 pose le principe de la déclaration de leurs biens par une certaine catégorie d'agents au service de l'État du Cameroun. Si le Président du Rdpc lui-même ne respecte pas ces dispositions constitutionnelles, les autres personnalités publiques soumises à la même obligation ne peuvent que suivre son exemple. M. Garga Haman Adji avait été poussé à la démission dit-il parce qu'en son temps, il avait fait parvenir au Président du Rdpc une liste d'individus ayant détourné les fonds publics sans aucune réaction de la part de ce dernier.
On peut ici parler d'une véritable solidarité des membres de gangs et de clans où la loi du silence est d'or (Pierre Désiré Engo et Titus Edzoa ne l'avaient pas compris et ce qui devait leur arriver est arrivé). L'autre face de cette forme de solidarité, tout autant hideuse, est apparue depuis la renaissance du multipartisme (à ne pas confondre avec démocratie). Il s'agit de la connivence des autorités administratives avec le régime Rdpc au pouvoir. Ces fonctionnaires carriéristes que l'on nomme en langage colonial, personnels du commandement, ont verrouillé le processus électoral au profit du Rdpc et enlevé tout sens au vote. Ledit processus dont le Président du Rdpc, dans son message de fin d'année 2003, a reconnu cyniquement les dysfonctionnements, reste hélas en place pour les prochains scrutins.
Pourtant, on sait que lorsqu'un pays est aux mains des gangs ou des clans, lorsqu'il n'y a aucun espoir d'alternance politique par les urnes, la voie vers la guerre civile et la désintégration nationale est largement ouverte. Par conséquent, le Rdpc, par les actes odieux, ignobles, antipatriotiques, antidémocratiques, impunis que posent ses dirigeants et ses militants, constitue une sérieuse menace pour l'unité nationale et la paix au Cameroun.
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